l'horloge de la gare de Chartres

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jeudi 28 janvier 2016

De la ville au Loing #7












Nous garderons sans doute longtemps en tête le souvenir de cette soirée à la bibliothèque de Veneux-les-Sablons, passant avec Olivier Hodasava des Etats-Unis au Mexique, du Canada aux Etats-Unis, découvrant ensuite sa Janine qui sort aujourd'hui ; accompagnant le Farigoule Bastard de Benoît Vincent sur les routes de Haute-Provence ; suivant avec Virginie Gautier le fil des paysages à la vitre des trains ; nous rendant, enfin, à la mer grâce à un inédit de Lucien Suel.

Quand je dis nous je dis nous : je pense que pour nous huit, en photo ci-dessus, comme pour ceux de la salle il y eut ce soir-là une joie évidente d'être ensemble et d'écouter ces textes. Mais je dis je, aussi, un je blagueur de majesté pour exprimer en mon nom cette fierté particulière ressentie, là, du siège où j'étais assise pendant que j'assistais aux lectures, fierté ténue et forte qui redresse, maintient droit.

C'était un jour de grève et pourtant les trains ont roulé, nous ont emporté jusqu'à Veneux Moret. 
Au retour, nous avons couru derrière le TER, qui nous a attendu, parce que le quai annoncé n'était pas le bon (l'air des Vacances de monsieur Hulot a retenti). 
Il y eut, auparavant, ce cadeau apporté par Lucien Suel : 













Et le bel accueil des bibliothécaires.
L'arrivée de Mathilde revenue d'atelier, à Montigny (je leur pique la photo ci-dessous. Celle de nous huit est de Philippe Aigrain).













Et puis, de mon côté, ce sentiment étrange, ressenti chaque fois que je retourne dans un lieu qui m'a permis d'écrire. Comme un supplément de vie, une vie seconde, une vie de plus, une vie entière, je ne sais comment dire. Pendant que je marchais vers la bibliothèque, de jour, en ce début de samedi après-midi, mon personnage de la Ville au Loing, lui, arpentait la même rue de nuit.
Voilà qui est irremplaçable.

lundi 18 janvier 2016

L'aiR Nu fait son festival


















Avis aux parisiens comme aux habitants de Veneux, de Moret, de Montigny et des environs : Olivier Hodasava, Virginie Gautier, Benoît Vincent et Lucien Suel seront les invités de L'aiR Nu samedi prochain, le 23 janvier, de 17h à 19h. Les lectures auront lieu à partir de 17h à la bibliothèque de Veneux-les-Sablons, où nous avions déjà animé un café littéraire début décembre. Celle-ci est située 5 rue Claude Bernard, à Veneux, à 50 minutes de la gare de Lyon par la ligne R (le Navigo suffit).




















Cette même ligne R conduit à Montigny où, juste avant, de 14h à 16h, Mathilde Roux proposera un atelier à la bibliothèque qui, les choses étant bien faites, expose ses collages jusqu'au 30 janvier. 
Autant dire que vous êtes chaleureusement invités à vous joindre à nous, à Montigny d'abord, puis à Veneux. A samedi !

jeudi 23 octobre 2014

LVIR #3

Or donc, c'est le Jour J, celui de la sortie d'Ile ronde, et depuis hier j'ai mille choses à écrire ici, qui sont et ne sont pas liées à cette parution. Je me rends compte, par exemple, que la mise en ligne quotidienne de ce journal pousse à évoquer ce que d'habitude je mets de côté, en particulier ce qui ne fonctionne pas, ne se fait pas, pour me concentrer sur ce qui existe. Mais j'y reviendrai.















(je devrais être un peu comme ça, aujourd'hui, non, à parader sur mon tapis rouge ?!)

Bref... Hier, donc, sortant de la poste - deux livres et un manuscrit envoyés, je me suis dépêchée pour aller visiter les Ekluz, lieu consacré à la création numérique, ouvert dans mon quartier depuis peu. C'est en effet la Digital week France (eh oui), d'où la possibilité de rencontrer les entreprises et artistes associés. J'y allais, à vrai dire, pour voir le film de 13 minutes consacré au roman d'Olivier Hodasava, Eclats d'Amérique, intitulé Dreamland


film qui, je l'espère, pourra bientôt être diffusé ailleurs.
J'y ai au passage découvert le travail assez fascinant d'Albertine Meunier, qui crée des objets "physiques" représentant ce qui, dans nos vies, tient de l'immatériel. Ainsi a-t-elle publié un livre contenant toutes ses recherches sur Google pendant quatre ans : quel portrait de soi plus intime, plus révélateur, plus impudique peut-être aussi ? Ou encore : si vous envoyez un tweet dans lequel se trouve le mot ange, une ballerine, quelque part, se mettra à tourner sur elle-même... Elle peint également des aquarelles à la manière d'Eugène Boudin mais inspirées par Street view, et invente tant d'autres choses encore (j'en garde pour moi, ne dis pas tout : allez voir !).
Nous a aussi été présenté le Water light d'Antoine Fourneau, mur composé de plusieurs milliers de Led s'illuminant au contact de l'eau (j'avais bien envie de prendre une éponge et d'essayer, n'ai pas osé).

Je suis ressortie de là avec l'impression, une fois de plus, de comprendre davantage la façon de penser des créateurs numériques que de certains du "papier" qui me parlent surtout d'argent, de manque d'argent, plus tellement d'écriture. Pas tous, bien sûr, et tous le déplorent, mais enfin, le fait est : ce qui est de l'ordre du lien, de l'extension, de l'arborescence dans ce que j'écris ils ne m'en parlent pas, ou très peu. 
Je parle écriture avec les numériques, et depuis longtemps déjà, parce que celle qui nous intéresse a tendance à déborder du cadre et que ce n'est plus la peine de vouloir la contenir. Trop tard, me dis-je : nous avons goûté à autre chose... Sur ce blog, dans la marge de droite, se trouvent ainsi des liens vers les auteurs que je suis depuis des années, qui publient parfois papier, parfois autrement, des livres numériques, des blogs, des sites. Dessinent, traduisent, codent, photographient, découpent, copient-collent (il faudrait d'ailleurs que je la mette à jour).

Je suis ressortie de là avec de l'énergie, moi qui n'en avais plus beaucoup, et voici ce que ça a produit : je me suis rendue à la boucherie située entre les Ekluz et chez moi, lieu devant lequel j'étais toujours passée sans entrer. Passionnant, me direz-vous. Oui : c'était l'heure de la fermeture et pourtant le boucher avait envie de faire la conversation. Il m'a demandé mon métier. Je n'ai pas commencé par le dire, mais comme il insistait...
Tout à coup, il a ouvert la bouche et ne l'a plus refermée. A mentionné un peintre, Alexandre Hinkis, également décorateur de cinéma (j'ai dressé l'oreille), à cause d'un livre que les héritiers cherchent à faire paraître. Dans la boutique vide (seul l'apprenti, tout jeune, était présent, écoutait sans rien dire en souriant), le boucher m'a parlé de l'importance du vert émeraude, des maquettes de ce peintre, de Trauner, etc. Tout ça parce que j'avais répondu je suis écrivain et qu'il a embrayé sur les ventes et les pourcentages, la difficulté à trouver un éditeur.
Il s'est enflammé, est parti dans l'arrière-boutique, est revenu avec des catalogues. L'apprenti rangeait tranquillement, souriait toujours. C'était merveilleux. Et il ne va pas s'envoler, le boucher, je peux retourner parler peinture, atelier, décor quand je veux !

Moins merveilleux : à minuit, j'ai découvert fortuitement que ma candidature à la Mission Stendhal, pour partir à Londres, n'avait pas été retenue. Coup dur, forcément. Dans ces cas-là, je réagis tout de suite très mal et ça dure la nuit. Ensuite je me lève...
Ensuite je me lève et c'est le jour J pour Ile ronde. A huit heures, je poste un lien vers le site de l'éditeur. L'information est likée sur Facebook par un élève du collège du Havre rencontré trois fois en atelier il y a quelques mois : voilà mon tapis rouge.

mardi 19 mars 2013

Pecha Kucha jeudi prochain au centre Cerise















Qu'on se le dise : jeudi soir, au café Reflets du centre Cerise, 46 rue Montorgueil, à Paris, pour la seconde soirée de ma résidence j'inviterai cinq auteurs à lire et à projeter des photographies sur le thème du terrain de je/u. La forme ? Le Pecha Kucha : 20 photos projetées 20 secondes chacune, soit 6 minutes 40 par personne pour faire entendre sa voix, nous entraîner ici ou ailleurs...

Ces auteurs, photographes, blogueurs, plasticiens et que sais-je encore sont :
Emmanuel Delabranche http://apeineperdue.blogspot.fr/
Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/
Mathilde Roux http://www.mathilderoux.fr/
Cécile Portier http://petiteracine.net/wordpress/
et Olivier Hodasava http://dreamlands-virtual-tour.blogspot.fr/

Bienvenue !

vendredi 2 novembre 2012

Pour toujours, par Olivier Hodasava
















Il dit : C’est marrant que tu habites un numéro impair. Moi, je n’ai jamais habité que des numéros pairs : 2, 2, 6bis, 86, 302, 52, 46… Je viens de m’en rendre compte en venant chez toi. Le plus étonnant, c’est que je n’y avais jamais pensé jusque-là.

Il dit : Évidemment, on n’a jamais fait le chemin ensemble alors, parfois, je me demande : quand tu viens chez moi est-ce que tu suis le même itinéraire que moi je suis ? je veux dire que moi je suivrais ? Par exemple, boulevard de la Villette sur quel trottoir avances-tu ?… Côté sud ? côté nord ?… Marches-tu sur le terre-plein central ?

Plus tard, il dit : Mais en fait, je ne sais même pas si ce territoire est tien, si tu t’y aventures, régulièrement ou non, je ne sais pas si tu descends de ta butte. En fait, je me rends compte que je ne sais presque rien de toi.















Il dit : Un jour que j’attendais devant chez toi, j’ai aperçu un couple – des gamins. Ils étaient assis à l’arrêt de bus. Ils semblaient seuls au monde. À aucun instant, ils ne m’ont remarqué. Pourtant, Dieu sait que j’ai passé du temps à les observer… Ils avaient l’air si heureux. C’est bête, mais je me suis demandé s’il fallait voir dans leur bonheur un signe – un signe de quoi ? à vrai dire, je ne sais pas.

Il dit : Un soir que je venais chez toi, je ne sais pas si tu t’en souviens, j’ai découvert ce panneau qui semblait d’un autre temps – le genre que l’on s’attend à trouver dans un roman de Modiano. Est-ce que tu vois duquel je parle ? Dessus, il était écrit : Les Hauts des Buttes Chaumont. C’était à l’angle de la rue Henri Turot. J’avais été heureux de te le montrer. Je me demande s’il existe toujours, s’il est toujours là.

Il dit aussi : Une autre fois, je ne suis pas passé par la rue Bichat, par la rue Louvel-Tessier. Non, je suis monté par la rue du Faubourg-du-Temple, par Belleville. C’est là que je suis tombé sur ce type adossé à son cube d’affiches – c’était devant le bâtiment de la CFDT. Des types, dans la rue, il y en a des tas dans le quartier. N’empêche, lui, je ne sais pas pourquoi, il m’a marqué. Je l’ai photographié. Et j’ai passé du temps ensuite à me demander à quoi ressemblaient ses journées ; à quoi ressemblaient ses nuits.















Il dit : C’est dingue. Je ne sais pas si tu as remarqué, c’est un peu comme si on feuilletait un album de famille. Moi, souvent ça me donne le vertige. On voit des images, des bâtiments, des paysages, et on se dit : tout cela a changé – tout cela n’existe plus. Pareil pour les visages : avec le temps, ils finissent par être flous. Un peu comme un souvenir qui s’efface. Ça pourrait être triste, c’est sûr, tous ces traits qui se gomment mais moi je trouve ça assez beau. Assez doux.

Il dit également : D’une façon générale tout a beaucoup changé dans le quartier, tu ne trouves pas ? Ici, un restaurant a fait place à une galerie d’art, là l’échoppe d’un fleuriste est devenue un studio de graphistes. Je ne sais pas si on y gagne. Mais la question est un peu stupide en fait. Tout finit un jour par changer, par disparaître. On ne peut pas lutter.
Sentencieux, il rajoute : C’est le mouvement de la vie.

Quelques secondes passent. Il dit : Mais les plus grands changements, c’est dans la rue Bichat qu’ils ont eu lieu. Une bonne part des immeubles, côté impair, ont été rasés : finis la boucherie, le plombier, le bar… Tu serais étonnée, je crois. À la place maintenant il n’y a plus que des palissades grises de chantier. Et au-delà, un grand vide.















Il dit : À l’époque, l’école Nationale d’architecture n’était pas encore terminée. Et le 9B où se retrouvent, je suppose, aujourd’hui les étudiants n’était qu’un local à louer. On pouvait encore deviner l’ancienne enseigne : ça avait été un magasin de moquette et peintures. De cette façade aussi, j’ai fait une photo. Elle n’est pas terrible. Mais bon, c’est une trace.

Il dit : plus haut dans la rue Burnouf, il y avait un petit chantier tout en profondeur. Je m’arrêtais de temps en temps pour observer l’avancée des travaux. Aujourd’hui, à la place, se dresse un immeuble d’habitation, trois, quatre étages, sans grand intérêt. Je ne suis pas sûr que passant devant on le remarque. Je ne suis pas sûr non plus qu’il soit facile, par exemple, de le dater – il a déjà quelque chose de vieux – de dépassé.

Peu après, il dit : Une autre fois, dans la rue Burnouf, alors que je revenais de chez toi, j’ai aperçu une couette, des sets de tables, un tapis mis à aérer sur le rebord d’une fenêtre. Le lendemain, ils étaient encore là, exactement à la même place. Et le jour suivant encore. Je me suis dit qu’ils étaient peut-être là maintenant pour toujours.


*
De chez toi à chez moi, ou de chez moi à chez toi en utilisant Google Street View, voilà ce que m'a proposé Olivier Hodasava dont, ce n'est pas compliqué, j'adore le carnet de voyages virtuel, Dreamlands. Allez, cliquez et laissez-vous porter : le monde entier est là, sous le regard d'Olivier dont l'utilisation de Street view et la capacité à se renouveler me laisse, chaque fois, admirative. Ainsi se propose-t-il de dresser une carte du monde des chaussures suspendues ; retrouve-t-il à Dallas une croix sur la chaussée qui indique où est mort Kennedy ; s'intéresse-t-il un jour à ce qui entoure les stades de football ; se rend-il à Paris, Texas ; s'imagine-t-il, à Porto Allegre, dans la peau de Britney Spears... Je n'indique pas ici les liens exacts et c'est intentionnel : mieux vaut s'y perdre.

Mon trajet jusqu'à chez lui se trouve... chez lui, ici.

*

Les vases communicants, dont on doit la recension à Brigitte Célérier et à Pierre Ménard (merci à eux), ne vont pas, bien sûr, en ce mois de novembre sans une pensée pour Maryse Hache.