Lyon / Street view

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jeudi 29 septembre 2011

Un livre, ses extensions

Depuis cet "Autour de Franck" de vendredi à Montreuil, il y a donc eu l'article de Pierre Cohen Hadria, puis deux billets de Thierry Beinstingel, l'un sur Franck, l'autre sur la lecture (pour comprendre pourquoi il compare ma façon de lire à la nage, voir ici). Nous préparons, en compagnie de Pierre Ménard, l'édition de notre livre commun pour publie.net, attendons de pouvoir joindre à nos textes l'enregistrement reprenant le montage. 














Parmi les extensions de Franck, il y en a deux autres, ancrées dans ma vie depuis des mois. Côté ville haute, elles surgissent de façon chaotique (quand je peux, quand j'ai envie), prennent de la place, du temps : la lecture audio avec photos d'un côté, le journal de publication de l'autre.
En ce qui concerne la lecture, il faut enregistrer, bien sûr, découper, monter, nommer, sauvegarder, télécharger. Pour les photos, se rendre sur place, en prendre trop (de celles qu'on ne montrera pas mais qu'on gardera en souvenir, par exemple, lieu précis qui n'est que pour soi), revenir, trier, choisir en fonction des fichiers audio (l'étape la plus agréable), renommer en fonction des images précédentes (toutes, au fur et à mesure, forment un nouveau texte, lui-même nouvelle extension), télécharger, insérer, ajouter des mots-clés, programmer ou non l'heure de mise en ligne.
Quant au journal, l'écrire dans le cahier, le relire plusieurs mois plus tard, le censurer, ajouter des explications, le taper, ajouter des liens, des photos parfois, l'envoyer par mail à Dialogues. Tout en continuant à l'écrire (au présent), ce que je n'ai pas fait durant plusieurs mois, activité reprise depuis cette lecture de vendredi soir.














Parfois un article se met à nouveau à parler du livre.
Demain j'en dédicacerai deux à une bibliothécaire de Montreuil.
En février prochain je prendrai un train, irai en parler à la fac.
En ce qui concerne la lecture audio, viens de dépasser la page 200, en ai encore pour des semaines, des mois.














Bizarre, la vie d'un livre, non ? Et serait sans doute plus bizarre encore si je n'y ajoutais pas ces extensions.
Les faire vivre, tous, textes, photos, voix, quelle que soit la date de publication du livre, l'année où il fut écrit. Que tout soit relié, c'est l'idée.

(photographies prises à Boulogne-sur-Mer, et qui ne serviront jamais)

samedi 24 septembre 2011

Crossroads/14










Hier soir, c'était donc lecture croisée avec Thierry Beinstingel à Montreuil autour de Franck. Ce matin, Piero Cohen Hadria y consacre un article (cliquez sur la photo ci-dessus pour y accéder) (puisqu'il retouche les images jusqu'à m'affubler d'une robe rose, je passe au noir et blanc, il n'y a pas de raison !).
Qu'est-ce qu'on retient d'une lecture en public, le lendemain, au-delà de ce qu'on a pensé, ressenti, sur le moment, durant les heures suivantes ? (elle s'est bien passée, la question n'est pas celle-là) Une nuit à réfléchir : ce seraient toujours les mêmes choses qui hantent ? 
quel besoin d'aller jouer sa peau à chaque fois ?
Je cherche chez les autres ce qu'ils disent de l'après, mais ça reste confus.
Souvenir d'une lecture la semaine précédente, Décor Lafayette devant les bibliothécaires de Montreuil, pour leur montrer un peu ce que je fabrique chez eux en dehors de : manger à la cantine, monter et descendre des marches, me connecter, rire, emprunter des livres. La peur de lire à nouveau un texte en cours (principe du 104 à l'époque de ma résidence) ; le fait que ça déstabilise moins, finalement, que le montage structuré d'hier soir.
le contenu n'est pas le même, dira-t-on
quand c'est très structuré on croit s'inquiéter moins ?
(ne pas voir là-dedans un jugement de valeur, quel qu'il soit)
Décor Lafayette très structuré aussi
(une illusion peut-être)
pas de réponse, en fait
Ce qui se croise en ce moment : Franck "à cause" de cette lecture d'hier et de l'édition prochaine de Douze façons de plus de parler de toi chez publie.net ; Décor Lafayette, chantier principal ; Tu n'es jamais seul/e dans la nuit, texte à paraître le mois prochain aux éditions Antidata ; Au 103 bis, parce qu'extraits à choisir pour d'ici là 8 : d'ici là, justement, parce qu'avec Joachim Séné nous présenterons la revue au salon du même nom le 15 octobre prochain ; la ville haute qui cahote ; les Oloé, parce qu'en écrire un de plus pour les vases communicants ; et Dita Kepler, qui porte actuellement une robe rouge.

mercredi 21 septembre 2011

Autour de Franck




















sa gare de l'est, ma (notre) gare du nord, les pas perdus, les trains de nuit, les arrière-cours, le saut dans le vide, le petit matin, les remparts, les trottoirs, les lampadaires, les bords de mer, la nationale, les hauts-parleurs, les rencontres, les attentes, les dérives, les risques encourus

Autour de Franck est le nom donné à une lecture croisée avec Thierry Beinstingel. Elle aura lieu vendredi 23 septembre à 18h30, à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil.

C'est également le titre d'un livre à paraître aux éditions publie.net, dans la collection Ecrire. Il réunira Douze façons de plus de parler de toi, texte avec photographies écrit à partir de Franck, Avant Franck de Thierry Beinstingel et l'enregistrement de cette lecture croisée.

(voilà, c'est dit !)

dimanche 18 septembre 2011

Décor Desnos / Décor Lafayette

Deux courtes lectures de Décor Lafayette à Montreuil, ces jours derniers, l'une pour les bibliothécaires, l'autre, hier, dans l'atelier (que voici)














lors de la visite guidée des journées du Patrimoine, m'ont donné envie, ce matin, de parler un peu de ce texte en cours

écrit à la bibliothèque Robert Desnos, dans le magasin à fiction situé après le garage, suivez au sol le marquage rouge, louvoyez entre les étagères, tables, pavés entassés, le caddie rempli de vinyles, les livres apportés, donnés (parfois j'en détourne, fais une pile), remarquez la quasi absence de fenêtre, néons au plafond, nous y sommes, silencieux n'est-ce pas ?

Il m'arrive de partir, le lundi surtout, à Haussmann, d'entrer dans le décor.























































Cependant, ce que j'y vois n'est pas nécessairement ce que j'en montre.

mardi 13 septembre 2011

L'oloé initial : la bibliothèque

En 2006 j'ai passé l'été, en Italie, à écrire un texte destiné à un dossier de remue.net, Bibliothèques en littérature, sur une proposition de Sereine Berlottier. 
C'est un texte qui tourne autour : commence par s'intéresser au meuble, à la pièce (la bibliothèque photographiée à plusieurs reprises dans ce qu'on appelle un beau livre, puis dans un magazine de design trouvé dans un train) ; parle ensuite des entassements ; du dégoût que certaines lectures obligées provoquent ; évoque pour finir ce qui, réellement, s'inscrit sous ce mot de bibliothèque.

Je le retrouve ce matin. En cinq ans, les choses ont évolué. Lire ? Toujours autant, mais sans doute autrement : davantage sur écran que sur papier ; ou des manuscrits ; plus de services de presse mais des empruntés, prêtés, achetés, parus il y a longtemps ou la semaine dernière. Livres numériques et fragments de sites, romans inconnus, classiques, venus des rayons, des conseils d'auteurs que j'aime. La bibliothèque ? Me sert de bureau, de résidence, de lieu où passer la journée.
Ce qui a changé, également, c'est ce que ce texte a changé : c'est grâce à sa publication par remue.net et le petit lien tout en bas que Fenêtres, qui avait cinq ans déjà, a fini par être publié.

Je fête ces cinq, ces dix ans de Fenêtres en le mettant ici.
(attention c'est long, et sans photos, même !)

Merci à Sereine.

Centre du monde


une pièce carrée au parquet clair, aux étagères bleu pâle, numérotées,
soutiennent des livres de même taille, parfois reliés mais qui semblent friables, comme couverts de pâte feuilletée. Au premier plan, un globe terrestre sous une couche de poussière, au fond un escabeau bleu pâle
trois marches
musée ethnographique en Suède.

jusqu'au plafond des livres reliés, taille diverse et rangs serrés, pas d'échelle. Trois tables pour six personnes chaque.
trompe-l'œil d'un palais de Cordoue.

une pièce meublée laquée de blanc, au centre une table noir et blanc, autour six chaises noir et blanc, leurs clous de tapissier très blancs, le tout sur tapis Art Déco (mais vague). Quatre livres, un classeur, une revue, en médaillon trois perruqués. Visages sévères, Salzbourg.

un salon, sa lumière, baie vitrée compliquée d'ouvertures, battants, poteaux et tringles.
Un mobile au plafond (ou un lustre ?), ses traits biffés en l'air des ratures suspendues, une sculpture bleu Klein sur une table basse.
La sculpture hérissée une seconde table, plaids coussins et tissus un canapé laineux qui semble inconfortable (pas sûr), ses fauteuils s'y perdre s'y restreindre s'y ? Livres d'art dos de livres s'empilent n'ont pas de place et se serrent sur le mur. Paris.

une « maison provençale d'époque » (ou quelque chose comme ça). La pièce, carrelée de faïence, blanc et bleu, est petite et ovale, organisée autour d'un guéridon qui soutient quelques livres, un pot. Au fond, dans la courbe de la fenêtre, deux portes très discrètes (des passages secrets ?) lancent les bibliothèques au loin sur les côtés. Rayons drus, encastrés, chaque livre : une prise du mur. Le tout bien clos, évidemment un oeuf, pour lire à l'ombre dans la chaise-longue Duchesse.

in questo appartamento a Parigi, le salon, avec piano, donne sur un jardin-terrasse, chaises à l'assise rouge et blanc. Rayures. Une tête de chien en coupure nette posée par terre, à même le sol de tomettes (un bronze ?), est cachée par un guéridon. Baies larges.
Quant au piano, un droit, il obstrue la bibliothèque déroulée sur le mur du fond. Ses vitres, ses verrous, ses accès, bloqués dans la longueur reliures inutiles pour pages inutiles mots inutiles et quoi ?

un bureau encombré (deux tables, deux chaises, deux fauteuils et un lit plaqué contre le mur de gauche dans cette toute petite pièce), encombré par deux cariatides, très hautes, arrachées à quelle façade ? Dans les rayons beaucoup de livres et l'on soupçonne, minces dos de couleur sur l'étagère d'en bas, quelques BD en lutte contre leur port de tête.

ah, compliqué celui-là, on l'a cru scandinave ou d'un nord incertain. C'est un salon de lecture cheminée de briques rouges fauteuils modernes en bois tableaux pieux table basse qu'on aurait vue en Suisse. Des livres étiquetés : une salle d'institut ?
San Cristobal de las Casas, Chiapas, Mexique.

pièce basse de plafond, fort basse, on pense immédiatement cabine du capitaine. Photos d'ancêtres sous cadre, fenêtre à trois battants étirée en largeur. Au battant du milieu pose une panthère noire entre deux géraniums. Muguet sur le bureau. Les livres sont classés : là les reliés et en haut le vulgaire, casé dans l'étagère écrasée au plafond (mais elle court).
Suède.

on penche la tête à gauche pour lire le titre des livres. Chez le stilista di moda parigiano deux biographies (Lazareff et Mata-Hari), le reste on ne sait pas. La photo est prise à plat-ventre. Dans cette contre-plongée très marquée sous la table, sur le tapis, on lit bien ?

*

verrières patios hamacs balcons baldaquins et draps frais courtepointes escaliers persiennes chemin de table bouquets paniers tressés des rizières des cascades en arrière-plan peut-être des cuisines en pagaille des terrasses et la terre terre battue dalles vertes des lampes des tiroirs des panneaux une ombrelle l'océan en lucarne des pins et des mélèzes des torches de jardin dans la neige plantés
du bambou
fer forgé
dessertes tapis de bain

et pourquoi dans ce livre Il mondo in casa trouvé en Italie dans une maison louée retenir ces dix pages, elles seules, qui ne montrent que des livres, bureaux, bibliothèques, comment ils les disposent, comment ils les arrangent les gens qu'on ne voit jamais dans ce gros livre-là (un cube sur la table) Il mondo in casa, alors qu'elles sont à eux, les maisons dites du monde, et leurs objets les meubles et tout le paysage ? A cause de cet article seulement, qu'on aimerait bien écrire, sur les bibliothèques ?

Dans la maison louée, à plein, ceux qui viennent avant vous et ont choisi leur lit vous guident vers la chambre « à livres », un mur d'étagères sous une mezzanine, face aux fenêtres, aux collines. Des bouquins en allemand, en italien, français, n'en avoir presque aucun chez soi. Dans le livre plus tard, Il mondo in casa, trouvé au rez-de-chaussée, un cube sur la table dans un coin du salon, rêver et s'énerver sur les dix pages feuilletées, photos de livres serrées sous empilement de clefs, bocaux, boîtes de conserves, fragments, matières et pigments qui font le bonheur du photographe, une déco joyeuse, posée, qui aime aussi les livres mais sans auteurs visibles, ni titres, pour la variété des volumes, élégance épaisseur couleur sobriété, qui offrent suggère-t-elle leur chaleur leur cachet aux intérieurs déshabillés.

S'énerver et rêver rêver quand même, se souvenir de San Cristobal vouloir y retourner, voir la Suède et Padoue, et lire une nouvelle dans la pièce bas de plafond (une péniche, peut-être?).
Tout ça ne nous avance pas.
Mais si.
Ah bon ?

*

Dans le train (TER) Paris Beauvais, un samedi de soleil. Il reste dans le wagon les revues des anciens voyageurs, ceux du trajet d’avant : journal des sports jeté en travers du fauteuil ou magazine professionnel. Dans la petite poubelle près des sièges en carré, dépassant largement, un journal de design, un catalogue plutôt, envoyé comme on le verra à une abonnée médecin qui l’abandonne, ne commande pas le tabouret Molaire (un classique du design allemand) ou la douche d’extérieur à 212 euros. Laissant pour le trajet le tumulte dans un sac, à deux on le feuillette (mais l’autre lit aussi Le Journal de Mickey, passionné par les pages de pub – c’est ainsi).
Et voilà en écho à Il mondo in casa, laissé en Italie avec les draps et les serviettes, que se présente vers la page 40 une série d’étagères fixées à dix centimètres du sol sur un mur à lèpre, comment dire, travaillée, seize tablettes multipliées par quatre en tôle d’acier noir, entre lesquelles poser les livres à plat. Effet garanti. Un mur de livres tient seul, qui s’avancent vers vous, se proposent et habillent le parking, le sous-sol, l’usine ou l’atelier.
Le commentaire précise : illustre l’art de sculpter avec des mots. Totem bibliothèque qui redessine variablement ses contours au gré de son chargement.
?
Le commentaire s’explique : Une fois remplis les compartiments de l’étagère (…), la structure s’efface et se fond à la sculpture livresque (bigre)
(et cette petite joie d’écrire « bigre »)
tout en facilitant l’accès aux ouvrages ( hum ça, ça reste à voir).
Prix compatible avec le mur de lèpre ?

*

On n’en sort pas. Tourner autour de la déco, franchement.

*

Et puis ? Si je recense la place des livres à partir de l’ordinateur où j’écris, en cercles concentriques, on en trouve : sur la table où est posé le clavier ; dans l’étagère d’angle située dans mon dos ; sur les deux étagères qui condamnent la porte-fenêtre de gauche et prolongent cette étagère d’angle ; sur une autre étagère, perpendiculaire à la porte-fenêtre du milieu, ancien meuble de cuisine en partie renversé ; par terre ; dans le meuble fabriqué pour le poste de télé, derrière deux vitrines, dont une démontée ; dans la bibliothèque de droite, achetée vers Colonel Fabien (magasin de brocante laide, remplacé depuis peu par une librairie qui accueille les lecteurs dans un canapé, deux fauteuils, quatre chaises, une table, un tapis, des coussins) ; sur une étagère style épices, suspendue vers le radiateur
et puis (de mémoire)
dans le couloir sur une double étagère, tous les livres en doubles rangées (comme ailleurs) ; dans la chambre d’enfant sur une étagère simple et dans le haut de l’armoire, au dessus du bureau ; dans la chambre du fond, sur une étagère qui servait avant pour le linge ; sur la tour de l’ordinateur qui ne marche plus ; sur le bureau (plusieurs piles, un agencement complexe, parfois des livres de remueurs) ; sur le piano ; par terre, près de la télé qui ne marche plus ; bourrant la gueule des deux petits meubles de chevet mal placés ; empilés sur un cube de bois, trouvé dans la rue (le vrai meuble de chevet, en fait).

Puis le tour des livres oubliés : serrés dans un petit meuble bas ; planqués contre l’armoire dans la chambre d’enfant ; empilés sur un ampli basse (ou guitare ?) dans le couloir, collés à l’étagère double : livres reçus pour le boulot (quitté), livres non lus ; « rangés » dans deux gros sacs au fond, entre le piano et le bureau, dans une attente qui se prolonge, d’ailleurs on ne sait plus ce qu’il y a dedans ; dans un petit sac en papier kraft (là on sait très bien ce qu’il y a dedans) ; et les plus importants, ceux qui servent en droite ligne pour le livre qu’on est en train d’écrire, deux livres de poche précieux, qu’on tirerait du feu en premier, prennent toute la place sur le bureau, une fois poussés les cinq derniers, livres de bibliothèque empruntés le samedi d’avant.

Quoi d’étonnant si Kafka s’éparpille ?

Livres en train d’être lus, livres qu’on s’apprête à lire, délaissés mais qu’on reprendra : ceux-là se rapprochent du lit.

Sculpture livresque à taille d’appartement, sinueuse et sournoise, une lutte amoureuse.

*

Mais qu’est-ce qui me prend d’acheter toujours plus de livres que je ne peux en lire ? Même à l’époque du RMI (trois quatre années, ou plus) je partais chaque samedi matin, je longeais le périphérique (les premiers tas de vêtements, bricoles) pour acheter des livres à 10 francs. Puces de Saint-Ouen, côté Saint-Ouen, le vendeur assez étonné me voyais repartir avec le Constantinople d’Edmondo De Amicis en turc
(tous les livres finissent par se vendre, confiait-il. Et pour celui-là, soulagé !).
Je ne lis pas le turc mais j’aime, comme tous les Français qui se sont un jour promenés dans le quartier de Bayöglu, les enseignes Diyalog, Faks, Filateli, Cuaför. Et Amicis pince-sans-rire, en 1878, qui décrit les chiens de la ville comme les balais vivants des rues. Livre prêté, jamais revu.

*

« Mais qu’est-ce qui me prend… », c’est la première phrase venue à l’idée d’écrire cet article. On y pense depuis quelques temps, déjà : acheter plus de livres qu’il n’est possible d’en lire (d’autant qu’on lit aussi ceux des bibliothèques), c’est constituer chez soi, pour soi, sa propre bibliothèque publique. Une BM (municipale) dans la chambre : pouvoir longer les rayonnages avec la certitude du vertige qui prend quand on se dit : je n’ai rien lu et surtout, pouvoir les voir comme des livres nouveaux, ces livres qui attendent, rangés en aléatoires verticales.

(mais nouveaux ne veut pas dire nouveaux, au sens où on l’entend en septembre ou janvier pour les romans, essais, en février pour les livres de jardins, en mai pour l’art à Noël pour le reste).

Ici la disposition sur la table comme dans les librairies n’a heureusement pas cours (sinon il faut quitter la ville et ses loyers de malheur, chassé par ce torrent de livres couchés plats). Des carrés, des plaquettes, de plus en plus de couleurs, la tête qui ne sait plus où tourner : en librairie, le nouveau affole ce qui bat. Qui chez ces nouveaux-là pourrait changer en nous le monde ? Quelqu’un ? Personne ? Comment savoir parmi la masse (de ceux que l’on allonge côte à côte sur la table, de ceux qui restent dans les rayons, de ceux laissés en stock) ? Question connue. Puis, quand on a pu pour le travail (rédactrice de com) les lire, les avoir à disposition sans les choisir ni les payer et qu’ils aient été imposés, ces livres de rentrée, ces incontournables de rentrée, durant plusieurs années, on en sait la nausée à la dixième page (le plus souvent). Alors faire l’inventaire, de tête, sans les chercher dans la bibliothèque, des rares qui furent marquants dans les incontournables, donne : on se souvient de quelques pages mais déjà plus du titre, on confond les auteurs.

Horreur : ces livres-là, qui ne seraient plus des livres, contamineraient les autres. Tentation du dégoût de tous - et ne plus savoir les nommer. Si c’est ça qu’est-ce qu’un livre ?

Comptine : j’en achète trois j’en commence un j’en emprunte deux j’en rapporte un j’en rachète un je me dis calme-toi je ne me calme pas j’en lis un autre je reprends le premier.

Voilà : le livre est là. Hors comptine ce ne sont plus des livres.
*

Leur nombre, et ceux qu’on lit ou pas, et qu’on en lise cinq à la fois : ce serait autre chose que des livres on se verrait en malade grave, comme cette femme qui accumulait les sacs d’ordures chez elle, partout même dans la chambre de sa fille obligée de se frayer un chemin jusqu’au lit pour aller se coucher, fait divers entendu au journal de France Inter quand on avait l’âge de la fille. Mais les livres on vous les pardonne (enfin peut-être de moins en moins)

(de l’étonnement passer à la réflexion qui affleure, muette, visible, une fois que l’invité de hasard a poussé la porte d’entrée : une mauvaise ménagère celle-là, en parlant de qui a trop de livres).

*

Certains livres attendent depuis deux ans. D’autres quinze. Ils finissent toujours par être lus. Achetés neufs chez Gibert à un jeune vendeur enthousiaste, Les Buddenbrook, lecture d’été dans la maison italienne, terminés le jour du retour, portent au dos l’étiquette : 70F00. Bien sûr, on achète par erreur certains livres deux fois et nous manquent toujours d’autres livres « évidents ». Et pourquoi acheter celui-là au lieu de l’emprunter, ou l’inverse ? Mystère. La bibliothèque sinue (cette municipale pour soi), elle tire dans tous les sens il arrive qu’on lui tire dessus.

jeter un livre à travers la pièce parce qu’il vous heurte et c’est cet auteur qu’on aimera

se dire que celui-là, franchement

vendre quelques livres (c’est rare)

ne jamais les jeter (sauf un)

*

De la bibliothèque caché sous des papiers avoir sorti ce livre que l’on savait y être (bien sûr), ce témoignage écrit sous un pseudo, nocif, l’avoir bien enveloppé dans un sac plastique et en silence, et sans croiser personne dans l’escalier, l’avoir descendu dans la cour, tracé droit au tri sélectif en choisissant la poubelle vide, et propre, puis l’avoir placé tout au fond. Encore aujourd’hui, le soulagement en revoyant le couvercle jaune, les journaux par-dessus le livre, à droite en entrant dans la cour.

*

Et que ça sinue dans l’appart ces livres entassés, oubliés, donne des phrases pour soi seul comme :

Putain où sont passées les Chantefables et Chantefleurs ?

Et que l’on redit, bien sonores, en longeant le couloir, grand plaisir des bibliothèques.

*

On vous prête un livre, vous le rendez pas, puis celui qui vous le prête est mort. A qui le rendre, et comment le considérer ? Dans les rayons entre deux autres livres ceux des morts, éparpillés, pas épargnés, que l’on aime d’une autre façon.

*

Rire bêtement en longeant la rue parce que la maîtresse de l’enfant a écrit, appliquée, Georges Desnos sous le poème. Rire encore sur le palier, dans le couloir, avant de se mettre à chercher ce livre qu’on ne trouve pas.

Grand plaisir des bibliothèques, suite : ceux qui ne veulent pas de livres chez eux, ce qu’ils perdent ! Bonheur parfait : être assis par terre un dimanche, écouter la radio en nettoyant ses livres (même allergique à la poussière) avec pshitt et chiffon.
Et le jour où ce n’est pas assez, on s’allonge.

*

Le jour où ça ne va pas assez, on s’allonge. Sous les paupières ce qui surgit, à deux reprises, et l’on ne s’y attend pas, c’est la biblio de son enfance. Pas celle de la chambre mais la vraie, un cube au milieu du parc, à gauche de la bibliothèque adulte. Plafonds hauts et parquet ciré, couleurs et coussins et lumière, un lieu où l’on ne vous demande rien, où l’on vous propose, vous voyez.
Elle : Françoise, la bibliothécaire. Une jeune femme à lunettes brune, qui ne travaille plus là depuis. C’est Françoise qui sauve tout et si jamais elle lit ce texte, je précise : bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye, fin des années 70. Françoise se fout de savoir si l’on est riche ou pauvre, et comment ça se fait que l’on soit bon en classe alors qu’on n’est pas riche (ce sont les mots de l’époque, aussi) dans cette ville riche, riche riche ultra riche, qui ploie sous son château, François 1er , Versailles, et vous appelle pauvre.
C’est gravé.
On s’en fout.
Une fois dans le parc, oui (traverser les pelouses ou que le gardien siffle), on s’en fout royalement. Ce qui compte c’est ici, cube blanc et plafond haut (et l’odeur de la cire, du parquet que l’on cire d’où le plaisir dimanche à faire cette poussière qui ailleurs s’accumule), les bouquins découverts et tout ce que Françoise propose : atelier de BD, atelier de sérigraphie, écriture de poèmes, création d’un journal de la bibliothèque. On veut tout faire ? On fera tout.
Emprunter vingt fois le même livre, épuisé, introuvable, vingt ans plus tard réédité (l’avoir en double).
Entrer sans crainte, et pour toujours, dans les bibliothèques, les librairies et les musées.
S’approprier le monde, voilà, et à qui ça ne plaît pas tant pis.

Bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye (aujourd’hui déplacée, qu’importe) :

centre du monde
centre du monde
centre du monde




dimanche 11 septembre 2011

ça

Le 11 septembre 2001, employée par une société internet américaine à quelques mètres de l'Arc de Triomphe, dans mon bureau, tout en enrichissant la catégorie Arts et culture de l'annuaire (tâche pour laquelle j'étais payée, seul CDI de ma vie) (surf, rédaction, indexation, travail sur l'arborescence), sans rien savoir j'écoutais le dernier album de Noir Désir sorti ce jour-là, apporté par une collègue qui venait de l'acheter. Cette chanson, d'ailleurs.

Dans l'après-midi, nous avons vu les cours de la bourse américaine chuter sur Yahoo, ce qui nous a fait rire (nous étions en froid avec notre employeur ; enfin ça commençait ; la bulle internet de l'an 2000 exploserait bientôt). Google Actualités n'existait pas. J'ai reçu un mail d'un éditeur, pour un recueil de textes jeunesse qu'il acceptait de publier. Je devais le rappeler de chez moi.

Ce que j'ai fait à 18h. Ni lui ni moi ne savions rien, toujours. C'était la première fois que je parlais de mes textes avec quelqu'un du métier (pensais-je).

Et puis j'ai appris. N'y ai pas cru, d'abord. N'ai pas regardé en boucle les images des tours à cause du petit (sinon, qu'est-ce que j'aurais fait ?).

Le reste (les gens sur le trajet, l'album pour enfants sur le World Trade Center acheté le samedi précédent; la ville à l'horizontale) je l'ai écrit le lendemain, sur la 2, en prenant le métro pour me rendre au travail. Se trouve dans Fenêtres open space, semaine intitulée ça 

Mercredi — Les Twins s’effondrent, le pentagone s’éventre, mon voisin et moi lisons le même journal. La nuit nous nous réveillons, nous ne pouvons y croire. Nous nous rendormons. Nous nous réveillons. Cinq contrôleurs aux points sensibles sur le quai ce matin, deux autres Libé. Fenêtres grandes ouvertes, besoin d’air.
Jeudi — Sidération toujours. L’acier, le verre et la poussière continuent leur surimpression. Le dernier livre pour le petit acheté samedi dernier raconte la vie d’un coyote qui travaille au World Trade Center et qui en saute pour rejoindre une étoile, légende indienne revisitée. Une image, le coyote, les deux tours. Métro lent, matin gris mouillé, gens plus en noir ou je rêve. Pas vu encore de militaires. Qui pense à quoi dans mon wagon.
Vendredi — Va-t-on envisager maintenant la ville occidentale à l’horizontale ? Une position couchée, de côté, des collines comme courbes de hanches, deux étages au plus ? Je me souviens que pour distinguer le sommet d’une tour, à Manhattan, il faut reculer jusqu’au centre de la chaussée (et qu’on ne peut pas le faire sans se faire écraser).


J'ai lu ce passage deux fois en public en compagnie du guitariste Jean-Marc Montera, qui ne me dit jamais à l'avance ce qu'il va faire, sait juste que quand je dis Vingt-et-unième semaine : ça, c'est de ça dont je parle.
La première fois, à Marseille en 2008, il a arrêté de jouer.
La seconde, à Montreuil en janvier dernier, il a gonflé un ballon noir

Voilà.

samedi 10 septembre 2011

Gare de l'Est / la Chapelle















Il y a de drôles de hasards, de synergies ces jours-ci entre la ville haute et ce que je prépare.
Ainsi, le journal de publication de Franck a pris tant de retard qu'il y a maintenant un an d'écart, ou presque, entre ce qui est noté dans mon cahier et le moment où je mets l'article en ligne. La rubrique "journal" du site évoque actuellement ma rencontre avec Thierry Beinstingel au salon du livre du Mans en octobre dernier. Depuis, Thierry a écrit un texte magnifique, inspiré par mon livre et qui parle d'autre chose, dont la gare de l'Est est le centre. Or, nous en ferons une lecture le 23 septembre prochain à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil, en croisant son avant et son après Franck, des extraits de Franck et d'un texte court que j'ai écrit juste après avoir terminé le manuscrit, Douze façons de plus de parler de toi
La rubrique audio, elle aussi, est sans le vouloir en relation avec cette lecture, puisque la dernière mise en ligne concerne un chapitre que l'on retrouvera le 23, Marx Dormoy / rue de La Chapelle
Quartier qui revient dans ce Décor Lafayette dont je tente de venir à bout en ce moment... mais là ça bifurque (enfin qui sait ?).

mercredi 7 septembre 2011

avec ou sans #cartepostale



















Va voir ailleurs si la terre est belle, un peu, va voir si ça tient, si ça te dissout, si la vitre ouverte, si la voix les notes t'emportent, si tu t'en empêches ou si tu te lances, va-t'en, va savoir si l'ombre et si l'épaisseur et si l'air marin et si les nuages et la transparence te changent, et si tu t'effaces, et si ça t'invente, c'est ainsi peut-être, peut-être autrement, mieux ou pire qui sait, t'enchante ou te broie, pour mieux en rêver, oublier encore et oublier mieux, tout en écoutant, et les yeux ouverts, le monde indocile.


tentative de description d'un livre numérique lu, aimé, avec ou sans carte postale

dimanche 4 septembre 2011

La dernière carte















Cinquante-neuvième et dernière #cartepostale de cet été 2011, accompagnée du livre que je lis en ce moment et qui est, les choses sont bien faites, écrit par un auteur qu'aime celle qui l'a envoyée.

passage ce dimanche par #leguilvinec #belfast #lesbutteschaumont (et même #lemans, dans la ville haute)

vendredi 2 septembre 2011

Espaces limites, par Benoît Vincent



Note liminaire : les Vases communicants sont souvent un moyen de mettre à l'épreuve un nouveau projet, d’essayer des choses inédites. Ce texte est un avant-goût d’une cartographie locale que j’aimerais développer par la suite, si jamais j’y parviens. Il est très redevable à son hôte qui par son projet « cartes postales » (et autres oloés, dirais-je), m’a permis des traverses un peu différentes — ce texte en tête lors de déplacements professionnels. BV





Espaces limites





Quand je t’appelle mon amour, mon amour,
est-ce toi que j’appelle, ou mon amour ?
JD, La carte postale






0. Les cartes, je les ai achetées. Dans chacun des villages, dans la fin d’été, alors que se traînent les derniers badauds. Mais pour tout un tas de raisons, je ne les ai pas envoyées. Je t’en ai écrit quelques-unes, pourtant. Mais tout un tas de raisons.

Une carte postale s’écrit-elle ?

Je t’en ai posté une. Peut-être. Ne sais plus.

Mais les ai-je écrites ? Les ai-je même achetées ? Ou bien le désir de ? Ou bien le rêve de ?

Je quitte le village par la porte qui est sur la carte postale. Je prends la voiture et, pour tout un tas de raisons, je file.

#untasderaisonsjefile

Direction sud est, je dois faire ma tournée, comme le facteur — à l’envers toutefois. Moi je poste. Je roule, j’écris, je poste.


Je mets des noms, c’est pour dire. C’est tout. Les images, aussi, pas les bonnes. C’est pour dire. On s’en fout des noms. On s’en fout des images. Ce sont des cartes postales.





1. ALEYRAC

Tout commence à l’écart, à l’écart de la ville, du village même, et à l’écart de la route. A l’écart du monde. Se mettre à l’écart, choisir la solitude, choisir le silence, comme les moines voisins, mais tout à fait solitaire-tout à fait profane.

L’église — le prieuré — n’a plus de toit, comme si la terreur locale en avait implosé toute la grâce. Il y a une fontaine miraculeuse, sous le chœur. Quelqu’un y dispose des bougies, des tissus.

Monter dans la garrigue, sur les pelouses ventées, sans même aller haut, sans même aller loin, les gens ne s’aventurent plus, alors.

#cequonvoudraitcestimpossible

Parfois peur, de glisser, de tomber dans ce ravin, ou sur la harde, mais non, ça n’arrive pas, et quand même, ce serait inutile chagrin. Pas de géolocalisation non plus, inutile, le portable ne passe pas. On peut tomber tranquille.

Ce coin, cet écart, je l’ai même vu en-dehors de la carte géographique : à cet endroit, elle délirait, décrivait tout autre chose, son auteur en avait oublié une ruine, deux falaises, trois rus. Elle dé-crivait, désécrivait.

Cet endroit à l’écart : à l’écart de la carte, un trou en elle ; un double-fond plutôt.

Il y a tant de mondes qu’on ne se figure pas. Il n’y pas de carte postale pour ce lieu d’écart.

#çaleau




2. CLANSAYES

A #Clansayes, on se perd, on le dit, on se perd sur le plateau, qui est plus grand qu’il n’y paraît — et plus haut aussi. On ne trouve pas un plateau dans la plaine et pourtant on devra négocier. Plusieurs routes y mènent, certaines, très sûres, balisées, le traversent de long en large. Mais la plus grande partie est inaccessible aux véhicules.

Il est des bories dispersées un peu partout sur le #Rouvergue, assez secrètes, souvent ruinées.

#onsenfoutdesnoms

J’écris une carte dans l’une de celles que je connais. Mais mon texte est plus grand que la carte, et le résultat n’est pas satisfaisant. Pour peu le quiproquo. Le gravier les mousses les feuilles mortes du chêne qui passe ne peuvent recevoir l’écriture. Je fais de grands gestes mais vains. Il n’y pas d’écrit ici.

Aussi j’aligne des cailloux.




3. SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX

Beauté mosaïque, beauté capitale d’une cité (des humains, des humains) dont tout l’alentour est défiguré. Les pierres du dedans tiennent bon. Personne ne se doute, avachi dessus, que le mur du stade est d’époque romaine.

Là j’ai écrit sur les pierres, tâcheron. La même marque répétée dans tout ce sud sans mer. Inlassablement répétée. Juste en face la cathédrale d’où j’extrais le texte, ce mur d’écritures, ce roman imagé, cette série dessinée à même la pierre, il y a la poste.

Le guichet refuse ma pierre sigillée — il y a pourtant quotient de timbres. Nos époques escriment.

#moijeposte

Je répète, je dis, je répète.




4. BRANTES

#Ventoux pleine gueule, on ne peut mieux. #Ventoux immense, imposant, version nord, falaises effrayantes, masse, masse.

#memepashautmemepasloin

Au petit matin, sauf petite voix anglaise, rien, ni personne. Tout est pierre, on a voulu bâtir plus haut que l’Autre. On s’est vite rassis. Ou jeté au #Toulourenc, qui par ailleurs est à sec.

Comme si l’étiage était chemin pour écrire dans ce minéral.

Le est. D’ailleurs. Comment tu écris ça, l’eau, sur la carte ?




5. FERRASSIERES

Il faut passer deux cols pour atteindre, & villages de lavandes, sur l’élégant #Albion.

Hors-cadre, et en dehors-de la carte ; les cols croisent, isolent la commune plus méridionale de la région, on le dit. #Montfroc, à côté, aussi ou pour se rendre, il faut encore passer dans #Basses-Alpes devenues d’#Haute-Provence #commequoilesnomhein. Il faut passer par les #Omergues. (Juste pour le nom.)

Hors-cadre : ne tient pas en un plan, ne tient pas en réseaux de routes et autres, et ne tient en aucune carte.

J’envoie des cartes vides, les mots sont autour.

Le pays que je visite & le pays que j’habite, = tout l’autour de la carte.

#justepourlenom

Il n’y a pas de carte pour mon endroit.

(De toute façon certes pas de poste ici.)

(Par hasard discuté avec le facteur intérimaire, me dit Deux fois le col/tournée, plus le reste, la tournée est plus longue que le jour & le courrier s’amoncelle.)




6. ROCHEFOURCHAT

Il y a plus de noms sur le monument aux morts que dans le village. C’est quoi un village où plus de morts que de vivants ?

Quelles sont les voix les plus fortes ? Quelle fête du village ? Comment ? Qui ? Mexicaine ? Fantomatique ?

C’est quoi un village qui compte un habitant ? Densité #Rochefourchat : 0,8 h/km2.

Un lieu, bâti, une étendue, terraquée, un territoire, historié, mais vidé, fantôme. Un dehors d’homme, un pur dehors.

Est-ce qu’un enfant traverse ta carte postale ? Est-ce qu’un homme y passe, y apparaît quelquefois ?

#legravierlesmousseslesfeuillesmortes

Dans la mesure du possible, nous essayons d'évacuer l’humain de nos photographies ; nous pensons prendre la nature, le paysage. Nous ne ramassons que de l’humain pourtant.

Et la nature le paysage oui : les prenons, violentons.

Ce qu’on voudrait, ce qu’on aurait voulu, c’est démesure, c’est impossible.

Ce qu’on voudrait c’est impossible.

Seule la carte est impossible. La carte possible est attendue. Seul l’inattendu viendra.

Non, tu ne t’attends pas à une carte. Tu ne t’attends à aucun courrier. Abandonne d’attendre. Tu ne t’attends pas à une carte venant de #Rochefourchat. Tu ne connais pas l’habitant.



7. MEVOUILLON


J’écris depuis #Mévouillon ; sans crayon, sans carte, sans timbre, sans poste.

J’écris depuis #Mévouillon, que je marche, que je monte au fort. Il n’y a plus de fort. #RicheLieu l’a abattu, l’a rasé, entièrement, pierre après pierre. Il ne reste que l’empreinte du fort. Je marche, j’écris, j’empreinte.

Ecrire c’est l’empreinte. #écrirecestlempreinte



•••

Il n’y a pas deux cartes pareilles, c’est ça. Peut pas y en avoir deux pareilles.

La carte postale : c’est un lieu du temps et un temps au lieu. C’est de la géoréférence, comme tout le courrier.

Pourquoi je suis parti, ai écrit, ai posté tout ça ? Pour tout un tas de raisons.

La carte, c’est la raison. La raison que. La raison pour. Tout un tas de raisons c’est tout un tas de cartes, même pas-postées même pas-écrites.

#toutautourdelacarte






© BV | Les six premières photos sont de Hervé Sentucq, du site Panoram’Art | La dernière est extraite du blogue Photos des Baronnies. Elles ne sont pas contractuelles : si Ventoux, Ferrassières et Mévouillon sont à leur place, par contre sur le chapitre Clansayes c'est une photo de Théus (05) ; au lieu de St Paul c'est Montbrun-les-Bains ; pour Rochefourchat, marche de mon pays, c'est la vallée de l'Ennuye.






Merci à Benoît Vincent qui m'accueille sur son blogue Ambo(i)lati, où il est également question de cartes postales.




Les autres "vases" sont répertoriés sur ce site grâce à Brigitte Célerier.


jeudi 1 septembre 2011

En attendant demain















qui sera le premier vendredi du mois, jour des vases communicants, reçu cette cinquante-huitième carte.