l'horloge de la gare de Chartres

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samedi 14 juillet 2018

Semaine #28 écouter, regarder dans le vague













(légumes tricotés de Sophie Barbaux)

Continuer à lire (peu, mais régulièrement), à écrire Saint-Germain en Laye, reprendre la nage, suivre du regard la très jolie fille qui a bien repéré le très joli garçon et tente de se faire remarquer, ballet de lignes d'eau passées et repassées, lunettes de piscine et maillots stylés de part et d'autre, elle parle à sa copine, il parle à son copain mais lui continue de ne rien voir dans ce miroir tendu, éternelle histoire. 

Ecouter Hugues Robert de la librairie Charybde, à Paris, parler des livres qui parlent de foot.
Se promener au fil des Feuilles de route de Thierry Beinstingel quand il poste sa newsletter - oh, relire son Rimbaud, au fait, je l'invite à la Vallée aux Loups le 11 octobre prochain.
Se dire qu'il faudrait répondre aux mails de boulot au moment où l'énergie revient.
Trimbaler des piles de livres de pièce en pièce. Abandonner. Recommencer. Lire une page, fermer. Rouvrir, fermer, etc.
Ne plus rien attendre. Arroser les plantes. Penser Saint-Germain (quartiers, coutures, frontières, libertés). Cogiter dans la ligne d'eau. Echanger en espagnol avec une fan de Marilyn mexicaine.

Apprendre la mort du poète Christophe Marchand-Kiss, brusquement. Ne pas en savoir plus mais se rappeler une soirée, il y a longtemps maintenant, chez une amie commune, où nous découvrions le travail des uns et des autres. Penser à l'énergie immense qu'il faut, toujours, pour écrire et pour lire en public ce qui ne se donne pas d'emblée (dans une vidéo récente, il me semble, on le voit lire à Sète "contre" la fanfare qui tonitrue à côté). 
Avoir la sensation que la nouvelle fait peu de bruit, mais ce n'est peut-être que l'image renvoyée par les réseaux sociaux. Apprendre la mort de quelqu'un par les réseaux sociaux c'est être pétrifié, puis se souvenir, puis chercher les traces. Cruauté, modernité et lieu commun.

samedi 15 octobre 2016

automne nu #2














Certains se délestent, d'autres utilisent toutes les surfaces alentour. Si mon automne est nu c'est parce qu'il est sans perspective financière pour le moment. Par contre j'ai trouvé ce que je voulais faire dans la vie à côté de l'écriture, pour la gagner, cette vie, enfin ressenti ça pour la première fois l'autre jour, ce que je voulais vraiment, là où je me sentais bien. C'était lundi dernier, pas encore trop tard j'en suis sûre.













Sans perspective financière mais pas sans perspective, non : je sais quoi faire (sauf pour gagner de l'argent, mais ça va finir par venir), je sais exactement ce que je veux, ce qui est bon dans mon cas, ce qu'il me faut en somme. J'ai pris la photo ci-dessus alors que la nuit tombait, que je sortais d'heures et d'heures devant l'écran à écouter, couper, mixer des sons (vous pourrez entendre le résultat la semaine prochaine si ça vous intéresse, ce sera en ligne sur L'aiR Nu). Des heures et des heures à regarder le son converti en lignes bleues d'Audacity, à ne pas s'en lasser, à vouloir aller jusqu'au bout. Sortie un peu groggy mais exactement à ma place. Dans cette transparence, ville et plantes mêlées : un vertige léger, pas un gouffre.
Ces heures de travail : d'accord, ne pas pouvoir écrire pendant ce temps. Mais pas de deuil à faire pour la première fois.


Le lendemain j'ai appris que ma candidature à la bourse pour écrivains maudits à laquelle j'avais prétendu plusieurs mois auparavant et pour laquelle j'avais écrit une longue lettre (elle galopait sur quatre pages et encore j'en avais coupé) n'avait pas été retenue. Suis tout de même allée en finale, m'a-t-on dit. On a écrit de mon projet qu'il avait été défendu avec passion, m'a encouragé à poursuivre. C'est important, l'encouragement d'inconnus, même si ça ne résout pas mon problème. 

(ci-dessus, la photo d'une photographie de Sylvain Margaine exposée à l'espace Niemeyer, métro Colonel Fabien, jusqu'à décembre et qui fait en moi de nombreux échos)


















Voilà pour finir mon petit bazar de voyage, car je suis partie tout de même en ce début d'automne, avec le livre de Pamuk prêté par Piero, texte dans lequel il dit beaucoup de ce qui nous concerne au moment où il reçoit le Nobel (écriture, marge, reconnaissance, argent, solitude, j'en passe).

Très souvent, je pense à Franck à la rue. C'était il y a plus de vingt-cinq ans. Je pense à ce qu'il n'a pas vécu tandis que je vis moi-même : c'est comme une sorte de boussole, mais qui fait risquer le raz du sol au lieu d'orienter, parfois. Celui qui, sans le savoir peut-être, a le mieux parlé de ça, c'est Thierry Beinstingel : dans Avant Franck, il a fait la liste de ce qui s'est passé depuis sa mort, inventaire accéléré d'innovations techniques, d'événements planétaires. C'est tout. Ca suffit.

Dans ce que j'ai enregistré, monté, mixé dimanche et lundi derniers, il y a un extrait de ce texte, justement, vous verrez, même si ce n'est pas cet extrait-là. 
Où nous mène l'écriture ? Jusque là. Partout.

vendredi 9 septembre 2016

Journal de l'été #10


Pas de nouvelles de l'automne sentimental, j'ai assez relancé pour ne pouvoir plus faire qu'attendre, me sens parfois comme cet homme qui déjeune, seul/e à regarder en face ce qui bouge et avance. 


Marilyn avance, cependant, et tandis qu'elle accède au rang de mythe je me promène de chantier en chantier, m'en vais répondre à des enquêtes rémunérées, parfois créatives, quand il s'en présente. On m'offre du thé ou du jus d'orange, me demande mon avis sur une offre à venir, un projet de partenariat. Je dis que je suis biographe, après tout ce n'est pas faux me fait remarquer Marilyn qui me coince en 1953, m'oblige à retourner en arrière, aime bien venir causer travail, elle aussi. 


Tiens, en voici un autre, de biographe, qui réinvente son Rimbaud, en fait un Nicolas. Un ami avec qui parler écriture, donc travail, mais si. Le journal de l'été c'est encore la lecture de son livre (pas le Ricardou vintage en photo !), chaque matin dans un canapé.


Quant à ce qui bouge et avance, à Colonel Fabien, face à celui qui déjeune seul, qu'est-ce que ça pourrait être ? Peut-être l'homme d'Irlande des Oloé, sur la place depuis des années avec sac, yeux baissés, mutisme permanent. Parfois il apparaît quand on ne s'y attend pas. Est-ce que cet homme avance ? Peut-on le dire ? Travaille ? Travaille qui ? Moi, peut-être ?


Et nous revoilà partis boulevard de la Villette, passant devant la bibliothèque Villon, oscillant entre pluie et soleil, journal d'été et automne inconnu, quelques photos faisant charnière.

dimanche 28 août 2016

Journal de l'été #8














En réalité, il s'agit d'un été passé au fond d'un lit ou presque - on va chez un médecin, un autre, dans un cabinet médical pour faire des examens, un autre, avec la peur qui s'interpose tandis que les résultats n'indiquent rien de probant. Le monde est donc réduit au corps, à la douleur, à la chaleur, au bruit dehors et à l'incertitude. L'esprit n'y est plus du tout, impossible de lire, écrire on n'en parle pas, tout juste y a-t-il moyen de regarder des films et essayer de sortir faire la photo du jour.














(voici la rue que j'emprunte pour aller à la piscine d'habitude. Un matin, je suis tellement fatiguée que je ne me souviens plus du titre du livre consacré à la nage que j'ai l'intention d'écrire l'an prochain. Heureusement ça revient)














Qu'est-ce qu'on peut faire ? Emprunter des DVD à la bibliothèque, trouver des films sur YouTube et se donner l'illusion de travailler quand même en regardant ou revoyant dans le désordre : Clash by night, Niagara, All about Eve, The Asphalt Jungle, Some like it hot, Let's make love, Gentlemen prefer blondes, Love nest, Don't bother to knock, Bus stop, How to marry a millionnaire, River of no return, Ladies of the chorus, Let's make it legal... Je donne les titres de ces films en anglais non par snobisme, mais parce que l'édition des DVD de Marilyn Monroe que je trouve ne comporte généralement pas de sous-titres en français, ce qui me pousse à les regarder en anglais sous-titré pour les sourds, description des bruitages et musiques incluse. 
J'aime bien - et ça me permet de lire quelque chose, mine de rien.

J'aime aussi ce passage de Clash by night où Peggy, ouvrière dans une poissonnerie, renvoie dans les cordes son macho de petit ami.


Les films dans lesquels elle joue me fascinent rarement, c'est pourquoi, à l'origine, je n'avais pas l'intention de les revoir. Il fallait tout de même se débarrasser de l'atroce VF que nous infligeait la télé quand j'étais adolescente. Découvrir, par exemple, l'étonnante voix de Marilyn dans Bus stop. L'accent du sud de son personnage, Chérie, la métamorphose. 
(bon, là, c'est sous-titré en portugais)


Intéressantes, aussi, à regarder : les bandes-annonces des films. On y découvre chaque fois comment l'actrice est traitée par Hollywood. C'est limpide même, comme si l'inconscient des producteurs était projeté sur l'écran. N'ayant pas encore revu The Misfits, que je ne connais un peu par coeur, je ne m'étais pas penchée sur son trailer. Eh bien c'est très révélateur, là aussi. Alors que le film a été écrit pour aider Marilyn Monroe à quitter son personnage de femme-objet, la bande-annonce opère un virage à 180. Arty, peut-être, pour l'époque sur le plan formel, mais totalement réducteur, et même faux.


Il me reste à revoir le film, ainsi que The Prince and the showgirl, dont je n'attends pas grand chose. 
Quoi d'autre de l'été ? Ceci : 



















fait-divers de plus de cent ans, transposé sous nos fenêtres d'aujourd'hui il y a quelques jours à peine













Bifurcation, alors, vers l'oloé 2.

Et puisqu'il est à nouveau possible de lire et d'écrire, je termine par ces mots du dernier roman de Thierry Beinstingel, Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, qui m'accompagnent d'autant mieux que la sensation décrite s'estompe, me quitte, va disparaître, s'évanouir, nul doute ne saurait durer : 

Un corps malade est sans unité, réduit à un tas de chair et d'os plus ou moins décrépis. Il faut attendre la mort ou la guérison pour retrouver un semblant d'existence, un sens, une identité, un intérêt manifeste pour la grande communauté des hommes. La mort et c'est un nom à graver sur une pierre tombale, une date de naissance et l'année en cours. Ce sont des soupirs et des larmes, des souvenirs à égrener pour une ou deux générations suivantes avant un ultime effacement. La guérison et on peut participer de nouveau à la vaste société. On retrouve la position debout, les mots, la langue. 

C'est ça : debout et retrouver les mots, ceux des autres et les siens. Il est temps.

mardi 26 novembre 2013

Dita est deux (ou trois) (ou davantage)















Je crois que j'ai commencé à penser à Dita Kepler en 2006, en même temps que les deux autres décors (Lafayette, Daguerre). C'est en tout cas ce que dit un petit journal de travail que j'ai retrouvé - moi, j'aurais parié sur 2009, époque où je me trouvais en résidence au CentQuatre, ce qui prouve bien la constance, l'inconstance de la chose...
(les trois imaginés au même instant, ça oui, par contre, c'est certain)














Dita Kepler n'est pas, au départ, destiné à être publié (sauf ici). Plutôt à être lu en public, hop, one shot, des passages différents à chaque fois et on oublie jusqu'à la prochaine (quatre ans d'écart entre chaque lecture, à ce jour, je ne pense pas abuser !).
Sauf que : je n'ai pas vraiment décidé d'opérer de cette façon dès le début, ce sont plutôt les circonstances qui m'y ont poussées - le texte, que j'écris en fonction des lieux où je me trouve en résidence, demeurait fragmentaire, éclaté, et je n'avais pas très envie de regrouper les éléments de façon artificielle... Surtout, je voulais conserver un espace de liberté, hors publication.










Et puis, je l'ai déjà dit ici : lors des dix ans de remue.net, avec Thierry Beinstingel (ci-dessus), nous avons lu un texte croisé dans lequel je parlais de DK, indiquant que l'on pouvait s'en emparer, ce que fit Pierre Ménard (ci-dessus) sur Twitter. Quand je m'en suis aperçue il m'a donné les clés du compte. J'ai écrit par séries de trois ou quatre tweets durant un an et demi, dans une assez grande confidentialité : le texte était accessible, cette fois, non dépendant de ma voix.
Et puis, Joachim Séné (ci-dessus) a codé, transformé le texte de Twitter pour remue. La boucle était bouclée ? Non. Comme dirait un/e autre Dita Kepler (il se reconnaîtra) : on continue...













Tout le monde peut venir (et donc bienvenue, la prochaine fois, à François Bon s'il veut :)

*

Photos, par ordre d'apparition : 

- prise par Arnaud de la Cotte à Rezé, avec Joachim Séné (mais nous sommes en train de lire un croisement C'était / Fenêtres)
- prises par Pierre Cohen Hadria à Montreuil, avec Pierre Ménard puis Thierry Beinstingel (mais nous lisons respectivement des extraits des Lignes de désir et de Autour de Franck)
- avatar de Dita Kepler sur Twitter dessiné par une des filles de Pierre Ménard

Ainsi Dita Kepler est loin d'être toujours moi, comme on le voit. 
D'ailleurs en ce moment, nous sommes plutôt comme ça : 





















(avatars facebook et twitter : merci à Jessica Maisonneuve pour le portrait rouge au pochoir trouvé sur un mur)

jeudi 7 novembre 2013

novembre, d'ouest en est















Retour ces prochains jours près du lac ci-dessus (Grand Lieu, pour ne pas le nommer), dans la région nantaise, donc, avec quelques activités au programme, dont : 
- aller écouter Delphine Bretesché présenter son nouveau livre, Perséphone aux jardins de sainte Radegonde paru aux éditions Joca Seria et lui piquer des idées pour le mien
- faire à nouveau un tour sur le lac (un des grands moments de l'année, il faut le dire)
- le 19, à la médiathèque de Rezé, parler numérique en compagnie de Roxane Leconte de publie.net et publie papier, et de Guénaël Boutouillet
- le 22, lire en compagnie de Thierry Beinstingel à la médiathèque de Bouaye
- le 23, faire apparaître Dita Kepler à Rezé grâce à Joachim Séné, avec lequel croiser également Fenêtres et C'était
- écouter François Bon lire des extraits de Proust est une fiction















(ci dessus les publie papier photographiés au Lieu Unique, à Nantes)

(et pendant ce temps-là, grâce à Franck Queyraud, le 22 à Strasbourg, certains en Pecha Kucha évoqueront leurs oloés : mais pourquoi je ne peux pas, contrairement à mon avatar, me dédoubler ?!)














(et pendant ce temps-là, toujours, ne pas oublier la rue Daguerre. Ici l'auto-école et son vélo penché)














Ensuite, prendre le train, revenir, laisser le Montparnasse monde pour la gare de Lyon. Direction : Belfort, Morteau, Vesoul, Baume-les-messieurs, Besançon, pour le festival Les Petites fugues dont voici le programme (ci-contre, dans mon agenda En ce moment/à venir, j'ai ajouté les dates).

Ici, pas de photo, car je ne connais encore aucune de ces villes... (joie de l'écriture)

lundi 21 octobre 2013

de Paris à Nantes, lecture(s) croisée(s) avec Thierry Beinstingel

De mon oloé à Cerise (chambre verte d'où l'on entend le temps passer), un mot pour dire que la lecture croisée avec Thierry Beinstingel qui eut lieu le 20 septembre dernier est en ligne sur remue.net depuis quelques instants, ici même.

Si vous êtes dans la région nantaise, sachez que nous reprendrons cette lecture (à moins que nous décidions de faire un peu autre chose...) le 22 novembre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes. Ce sera à 20h30 et toutes les informations se trouvent, cette fois, par là.

(et que ceux qui veulent nous proposer une tournée n'hésitent pas !)

vendredi 1 mars 2013

L'une chante et l'autre pas, vase communicant avec Thierry Beinstingel

Voilà qui n'est pas très mystérieux : c'est vrai, Thierry Beinstingel et moi nous nous connaissons et discutons parfois de ce que nous écrivons (cliquez sur le lien, vous verrez apparaître Autour de Franck, texte né d'une lecture de Thierry, si beau cadeau...). C'est ainsi que l'idée nous est venue, il y a quelques temps, d'un échange autour d'Agnès Varda. Chacun son film : L'une chante l'autre pas, pour lui, Le Bonheur pour moi. 70's sur Fenêtres, 60's sur Feuilles de route...
Avec de l'avoir pour ami, cependant, j'ai d'abord été l'une de ses lectrices. Central, Composants, CV roman, Paysage et portrait en pied-de-poule, Bestiaire domestique sont autant de livres que j'aime et qui m'accompagnent depuis longtemps, pour ne pas toujours citer que les plus récents. Sur Feuilles de route, le site de Thierry, chacun a son dossier : n'hésitez pas ! Et partagez ses étonnements, lisez ses notes d'écriture et de lecture, scrutez sa webcam...
Autant de raisons qui me rendent si heureuse de l'accueillir ici, en ce premier vendredi du mois, jour de vases communicants.

*



















 Je n’avais jamais regardé un film d’Agnès Varda à l’époque. Par la suite non plus d’ailleurs, ou probablement par inadvertance comme pour L’une chante et l’autre pas. C’était aux alentours de 1979. Je peux cerner la date à dix mois près : il me reste le lieu précis dans lequel j’ai vu ce film à la télévision, une caserne de la Marne que j’ai occupée de juin 1979 à mars 1980 à l’occasion de mon service militaire. C’est sans doute pour cela que reste si présent en moi le souvenir de ce film féministe entrevu dans un monde exclusivement masculin.

*

Du film, je ne me souviens de rien, même pas de l’intrigue, ni des acteurs, juste le titre et le nom de la réalisatrice. A l’époque, sans être féru de cinéma, j’aimais y aller. Dans ma petite ville, les salles avaient pour nom Vox et l’inénarrable Cinéma les jeunes : photos de Clark Gable dans le hall, fauteuils à poussière et entracte au milieu de la séance avec glaces Miko. A la fin des années soixante, c’était d’abord les films d’aventures Vingt mille lieues sous les mers et Kirk Douglas pour moi, tandis que ma frangine allait voir Mary Poppins. Dans les années adolescentes, Barry Lindon m’était apparu trop léché, trop américain. J’avais frissonné comme tout le monde devant L’exorciste mais rigolé deux ans plus tard devant Les dents de la mer. J’étais attiré par des films moins tape à l’œil : Rêve de singe de Marco Ferreri (excellence de Marcello Mastroianni, jeu sobre de Depardieu - si, si à l’époque). Le film L’amour en herbe m’avait plu, surtout la chanson de Maxime Le Forestier Amérique sur Seine que j’essayais de reproduire à la guitare. L’Amérique et la Seine réunies, c’était pour moi l’exotisme le plus pur.

Finalement, le service militaire avait répondu à cette attente de changement tropical. En débarquant dans cette caserne de l’Est, on m’avait propulsé dans une chambre occupée par deux bagarreurs forts en gueule, deux chtis impossibles à comprendre. Coup de bol : l’un avait une guitare qu’il ne savait pas accorder, moi si, et je suis vite devenu intouchable. Pendant dix mois, j’ai occupé la fonction de barman. Servir le café le matin, les bières l’après midi, le vin des adjudants toute la journée, planquer les bouteilles de Pastis pour les inspections, raisonner ceux que la boisson tournait aigre : je n’ai pas vu le temps passer. Le noir qu’on appelait Blanche Neige, le type que j’avais agrippé par le col, cassant au passage la chaîne offerte par sa fiancée, bagarres, conneries jusqu’à ceux qui avaient découpé au chalumeau un coffre rempli de munitions parce qu’ils avaient perdu la clé : absurdité d’un monde qui tenait lieu d’exotisme.

C’est un soir, probablement tard, juste avant de ranger la salle de télévision attenante au bar que j’ai regardé L’une chante et l’autre pas. Nous étions seulement deux (avec le noir nommé Blanche Neige). Sentiment étrange, pourquoi s’en souvenir ? Un film féministe, dans cette salle de télé si triste, caserne en îlot minuscule, hommes de troupe et troupeau d’hommes en retrait du monde.

Quelques bribes bien sûr peuvent se rattacher à l’époque et à l’endroit même : Patrick Hernandez chantant Born to be alive aux variétés du dimanche un jour de consigne. La même salle de télé, et un jour plus de téléviseur : les voleurs étaient passés par un vasistas, avaient poussé l’appareil au-delà du grillage de la caserne. Si on étend les lieux, il y a la petite route sur laquelle j’avais essayé une Renault 5 « de sport » qu’un type voulait me vendre. Souvenir aussi de l’arrivée dans une ville (mais quelle ville ?) à 170 km/h, serrés à six dans une vieille Ford Taunus 17 M. Le cinéma, on y revient : époque glauque de films pornos vus en virée mâle, cheveux ras, cous cramoisis, ambiance macho.

Arrive alors L’une chante et l’autre pas. Décor seventies, on y était, nos têtes à la Starsky et Hutch, les filles à longues robes paysanne, retour à la terre, le féminisme, l’avortement, des thèmes militants pour l’époque A trente ans de distance, plus rien ne transparaît, j’ai visionné un extrait, probablement le début du film, belle musique, violon et violoncelle (ce que je connaissais de la musique classique se résumait aux orchestrations de Paul Mauriat), succession de photographies aussi, portraits expressifs en noir et blanc (j’avais acheté un an plus tôt un appareil réflex FUJI ST 605 N avec ma première paye). Mais tout cela déboule dans une caserne, un lieu pas fait pour. Comment raccorder tout cela à ce qui a précédé, à ce qui a suivi ? Vingt ans est un âge d’équilibriste, on tangue sous la bière, on bronze au soleil en attendant la quille. Juste deux dans la salle de télé encombrée de cannettes de bière à débarrasser, mon boulot de barman, avec ce type noir appelé Blanche Neige, sa manière d’éluder la plaisanterie, de ne jamais en rire, gardant un visage grave comme les deux nôtres, un soir, devant ce film. C’est tout mais je n’ai plus jamais oublié ce nom : Varda.

dimanche 13 novembre 2011

Autour de Franck journal, #2

(je n'ai aucune idée de la fréquence de ce nouveau journal) (celui de la parution de Franck, dans la ville haute, est en déshérence, il faut que je m'y attelle à nouveau...) (c'est fait, depuis)

Week-end de 11 novembre, Autour de Franck à peine paru et déjà il se passe des choses, non des moindres. Nous voici en vues fugitives, à Béthune vers la Grand place, lui et moi réinventés. Celle qui nous réinvente se nomme Christine Jeanney et j'ai toute confiance en elle. Je la suis à Wimereux, de nuit (n'ai jamais vu la nuit à Wimereux, ville quittée deux fois entre chien et loup) tandis qu'elle nous suit près de la rue d'Aire. Franck dix ans avant (Thierry à la gare de l'Est), puis dix ans après (Christine à Béthune) : les lieux ont pouvoir d'envoûtement.

"(...) Hôtel Le Vieux Beffroy, à l'angle de la rue Albert 1er et vers la rue Sadi Carnot j'avance, tour carrée rouge, je m'en souviens, la place pavée, l'impression vraie ou fausse qu'elle se décline au centre, centre, centre d'arrêt, justement, et c'est tout droit ou presque, au bout de la rue d'Aire, que Franck marche (...)"















Dans le livre (Franck) (rythmique du prénom, toujours), il manque sa voix, son corps, deux phrases le disent, dont Franck Queyraud s'empare à son tour. Cette impression de ne pas t'avoir vue depuis la fin du Mur de Berlin. Nous avions vu les Bad Seeds accompagnant Nick Cave. Il y avait une équipe de cinéma qui tournait un film avec une histoire d'anges écrit-il.

Tant de choses résonnent, alors.

Les mots découverts sur Twitter, l'émotion à la lecture de ce qu'écrit Pierre Ménard pour présenter Autour de Franck sur Liminaire, la critique (avec citations) de Brigitte Célerier sur Babelio, tout cela me pousse à actualiser la ville haute. La suite de la lecture audio est ainsi accessible ici depuis hier : un seul fichier son pour un personnage parasite, homme énigme, en métamorphose (homme qui dort, fait la manche, tue...) et une photo. Si l'on observe bien, sont inscrites sur plaques la rue de Paradis (Avant Franck) et celle d'Hauteville (juste après).

vendredi 11 novembre 2011

Autour de Franck : avis de parution



















(avis à ceux qui ont lu et n'ont pas lu "Franck")

Autour de Franck, qui regroupe un de mes textes, un texte de Thierry Beinstingel et le fichier son de la lecture croisée que nous avons donnée tous deux à Montreuil en septembre dernier, paraît donc aux éditions publie.net. Comme je l'ai déjà dit ici, mon texte s'intitule Douze façons de plus de parler de toi et celui de Thierry Avant Franck. Intimement liés à mon livre paru l'an dernier, Franck, ils sont précédés d'une introduction qui explique comment le projet est né.

On peut si l'on veut, avant toute chose, lire la présentation que fait Pierre Ménard de Autour de Franck. Il revient en particulier sur la façon dont je travaille, par extensions ; y ajouter les articles postés par Thierry Beinstingel sur son site, Feuilles de route (déroulez la page notes d'écriture, vous y trouverez AdF par deux fois) ; ou encore se laisser porter par le bandeau "écrire". Ecrire à partir d'un texte qui n'est pas donné, c'est aussi de cela qu'il s'agit, en effet, histoire absente de Franck à reconstituer.

(ce livre est un puzzle aux pièces carrées, images issues de la Ville haute)

Je voudrais dire ici un mot de Douze façons de plus de parler de toi. C'est un texte très court fait de fragments dont la progression, qui peut sembler chaotique à première vue, suit cependant la trajectoire de Franck. On y trouve, à intervalles réguliers, des photographies prises sur la plage de Wimereux, station balnéaire située près de Boulogne-sur-Mer, lieu réinventé de son adolescence. L'humiliation, la mer : voilà ce qui m'a guidé.

Le texte de Thierry est très différent. Avant Franck, c'est, dix ans avant que ce dernier n'arrive à Paris, prendre comme lui des trains sans prévenir personne. Histoires de gares, de marches, d'errance, traversées de la frontière à l'âge de Rimbaud, avant, après Franck, au moment où les choix se font.

D'un récit à l'autre, la déstabilisation, peut-être. Oui, c'est le nom que je donnerais à ce qui nous unit.

Grand merci à ceux qui s'intéresseront à cet ensemble, ainsi, bien sûr, qu'à Pierre Ménard, qui accompagne ce projet de publication chez publie.net depuis plusieurs mois.

(et à ceux qui n'ont pas lu Franck, seraient intrigués : vous pouvez en entendre les 210 premières pages lues ici )


Détails techniques : le fichier son n'est accessible que dans le fichier epub. Si vous ne pouvez lire que le pdf, vous pouvez l'acheter sur le site de la librairie Immatériel qui contient une liseuse en ligne (accès streaming). Autour de Franck est également disponible, pour la modique somme de 2,99 euros sur publie.net, chez ePagine (epub), sur l'ibook Store d'Apple, ou encore chez Dialogues (au total, même, sur 80 plateformes de librairies numériques, me souffle-t-on dans l'oreillette).
Si vous avez des soucis pour entendre le fichier son, n'hésitez pas à m'envoyer un mail (athanorster arobase gmail.com)

mercredi 21 septembre 2011

Autour de Franck




















sa gare de l'est, ma (notre) gare du nord, les pas perdus, les trains de nuit, les arrière-cours, le saut dans le vide, le petit matin, les remparts, les trottoirs, les lampadaires, les bords de mer, la nationale, les hauts-parleurs, les rencontres, les attentes, les dérives, les risques encourus

Autour de Franck est le nom donné à une lecture croisée avec Thierry Beinstingel. Elle aura lieu vendredi 23 septembre à 18h30, à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil.

C'est également le titre d'un livre à paraître aux éditions publie.net, dans la collection Ecrire. Il réunira Douze façons de plus de parler de toi, texte avec photographies écrit à partir de Franck, Avant Franck de Thierry Beinstingel et l'enregistrement de cette lecture croisée.

(voilà, c'est dit !)

samedi 10 septembre 2011

Gare de l'Est / la Chapelle















Il y a de drôles de hasards, de synergies ces jours-ci entre la ville haute et ce que je prépare.
Ainsi, le journal de publication de Franck a pris tant de retard qu'il y a maintenant un an d'écart, ou presque, entre ce qui est noté dans mon cahier et le moment où je mets l'article en ligne. La rubrique "journal" du site évoque actuellement ma rencontre avec Thierry Beinstingel au salon du livre du Mans en octobre dernier. Depuis, Thierry a écrit un texte magnifique, inspiré par mon livre et qui parle d'autre chose, dont la gare de l'Est est le centre. Or, nous en ferons une lecture le 23 septembre prochain à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil, en croisant son avant et son après Franck, des extraits de Franck et d'un texte court que j'ai écrit juste après avoir terminé le manuscrit, Douze façons de plus de parler de toi
La rubrique audio, elle aussi, est sans le vouloir en relation avec cette lecture, puisque la dernière mise en ligne concerne un chapitre que l'on retrouvera le 23, Marx Dormoy / rue de La Chapelle
Quartier qui revient dans ce Décor Lafayette dont je tente de venir à bout en ce moment... mais là ça bifurque (enfin qui sait ?).

mardi 26 juillet 2011

Des oloé, espaces parallèles, dansants, ondulatoires















Je ne sais pas ce qui se passe cette semaine : deux mois après la sortie du livre, tout à coup, c'est la fête aux oloé (voir ici) et elle se poursuit !

Je pense d'abord aux lirécrire de Maryse Hache, que l'on trouve dans son Semenoir : elle les écrit en lisant mon texte sur tablette. Tout se croise, alors : la vie du jardin, ses impressions de lecture, ses rêves, souvenirs, et mes phrases. C'est pour moi une expérience très forte que de suivre ses lirécrire : tout à coup, me voici à la place de quelqu'un qui est en train de me lire. A sa place, littéralement : me traverse ce qui la traverse, je suis assise sur sa chaise longue et l'accompagne, c'est l'heure du café, elle pense aux hortillonnages d'Amiens et j'y pense avec elle - elle ne le sait pas encore, mais c'est un lieu que nous partageons. J'ai l'impression d'avoir une chance extraordinaire. Déroulements parallèles, méandres, rien n'est figé, ni sa lecture, ni la mienne.
Etre lu(e), pour moi, c'est précisément ça : que le livre aille où je ne peux aller; me donne le don d'ubiquité, que des vies surgissent, invisibles, silencieuses, bien là.

Franck Queyraud, lui, invente les otloé : les lieux où trouver un oloé. Sa promenade nous entraîne à Simiane-la-Rotonde (s'il savait qu'il y a une rotonde dans mon texte en cours, justement... bref !). On y trouve Nietzsche, la philosophie et la danse, et cette belle citation de Béatrice Commengé dont voici les premières lignes Si le danseur doit être solide sur ses jambes, ce n’est pas pour ramper sur le sol, c’est pour mieux prendre son envol. La hauteur d’un saut dépend toujours d’un bon appel : le danseur sera d’autant plus léger dans les airs qu’il aura su se faire lourd sur terre.

Des citations, il y en a aussi dans les notes de lecture de Thierry Beinstingel consacrées aux oloé : je vous laisse le plaisir de découvrir celles de Proust et de Baudelaire... Thierry explique si bien ce qu'est un oloé qu'il n'est plus besoin, contrairement à ce qu'il prétend, de trouver un jour le mot dans le dictionnaire :
L’oloé est fuyant, en mouvement permanent. Il dit où et quand en même temps, mais pas la peine de demander le pourquoi du comment, ni quoi, ni qu’est-ce : il a déjà changé Il ondule l’oloé.

Je crois que le terme exact, lorsque je découvre ces billets, est : félicité.

lundi 7 février 2011

Fenêtres (de Dita) à Bordeaux


















Tout en demeurant à Montreuil (voir ci-dessus), Dita Kepler est capable de se rendre simultanément à Bordeaux, où on lui offre tuiles roses et fenêtre bleue. Comment un tel miracle est-il possible ? Ne m'étant jamais rendue dans cette ville, ce n'est pas de mon fait, on peut me croire. En réalité, c'est Thierry Beinstingel qui est à l'origine de toute cette histoire...

jeudi 20 janvier 2011

Dix ans de remue.net : comme si vous y étiez















Pour savoir comment c'était, samedi dernier, à la médiathèque Marguerite Duras, lors des dix ans de remue, il suffit de se laisser porter : par Thierry B. qui s'étonne, par Maryse H. qui, de la salle, recueille et sème, par Cécile qui, sur la photo, s'apprête à lire ce texte ; par Philippe de J. qui, de sa voix cassée, dira du mal de la structure blog un peu comme il le fera à France Culture le lendemain (ou la veille...) ; par l'hypnotique vidéo de Pierre Ménard pour présenter la revue d'ici là, projection qui ne fonctionnera pas mais que l'on pourra découvrir sur Liminaire (le lendemain aussi) ; par les questions que se pose Joachim Séné sur Ratures ; par deux phrases pour un anniversaire ; par les contributions de ceux de la photo qui se retrouveront bientôt dans une rubrique de remue que voici ; en prenant, ou non, l'ascenseur avec Sébastien Rongier ; par les mots de Fred Griot ; par ceux de François Bon ; par ces incroyables lectrices en public que sont Claude Favre, José Morel Cinq Mars, Sereine Berlottier (et la voix Chantal Anglade) (et Dominique Dussidour et sa grande écharpe, et Philippe Rahmy, absent si présent...).

Je me souviendrai surtout d'avoir vu, embrassé des amis.

Et je n'oublierai pas, à l'avenir, de me méfier du potentiel comique de Thierry Beinstingel, avec lequel j'ai fait une lecture croisée lors de la table ronde : je crois qu'elle a été enregistrée. Si c'est le cas, vous comprendrez rapidement ce que je veux dire...

samedi 13 novembre 2010

être lu par (qui vous lisez)

C'est la mise à jour du site de Thierry Beinstingel qui me pousse à écrire ce court article, la surprise de découvrir que toutes les rubriques :
étonnements
notes d'écriture
notes de lecture
et webcam
sont consacrées à Franck (le livre) et à Franck (lui).


J'ai découvert les textes de Thierry Beinstingel il y a dix ans environ, ai lu presque tous ses romans je crois (mais pas tous j'en suis sûre).

J'ai découvert les livres de François Bon il y a quinze ans je crois, ne les ai pas tous lus mais tout de même un bon nombre

(j'aime quand il me reste à lire)

et c'est pourquoi voir ce prénom sous le tiers livre, soudain, a compté fortement aussi.

Des dettes nous en avons.

Elles ne pèsent pas. Donnent envie de remercier, et poursuivre.

lundi 18 octobre 2010

Fenêtres du Mans

Voir la ville par la gare









par la vitre du car, surtout





































au salon, lever la tête









essayer de regarder autre chose que les piles (de ses livres)









mais pas le temps, vue bouchée, dehors ce sera pour un autre jour.










Heureusement il y a les rencontres.