l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 25 mars 2018

Semaine #12 première(s)













 
Semaine où je n'écrirai ici sans doute pas beaucoup, car il y a à faire.

Dimanche Me rends chez Christie's pour la première fois pour admirer les tableaux de la collection Rockefeller bientôt en vente. Un Gauguin magnifique représentant une vague géante, des baigneurs minuscules qui s'enfuient, mais trop de monde devant : je ne collecte que cette petite pomme de Picasso.
Lundi, mardi La relecture de Volte-face galope, j'en suis à la moitié. Très étonnée du peu de corrections pour le moment. Ca ne saurait durer, si ?
Et Bruits ? Pour avancer un peu, je monte et poste cette minute sexy (!) et douce à la médiathèque de Chartres : 


Mais déjà, mardi soir, publie.net fête ses dix ans, et nous intervenons avec Virginie Gautier et Joachim Séné pour une lecture à trois voix, balade dans les textes récents ou plus anciens de la maison. Lucien Suel, Maryse Hache, Juliette Mezenc, Pierre Ménard, Cécile Portier, Mathilde Roux, Martine Sonnet, Sébastien Ménard... (j'en oublie). Joachim propose, pour L'aiR Nu, un mur mouvant d'extraits de textes que vous retrouverez bientôt en ligne.











On y entend












(Julien Boutonnier)











(Fred Griot)
Nadine Agostini au début, François Bon à la fin et entre eux deux d'impressionnantes lectures de Julien Boutonnier et de Fred Griot avec ses musiciens, le tout présenté, courtes citations de Christine Jeanney à l'appui, par Guillaume Vissac, après rappel de ce qu'est aujourd'hui la maison par Philippe Aigrain, le président de publie.net.

















(ici, Guillaume Vissac)
Les photos ci-dessus, sauf celle de Julien Boutonnier prise par Pierre Ménard, sont de Philippe Aigrain. A ce propos, Pierre Ménard  a capturé quelques fenêtres sur mon Ipad : bravo pour le coup d'oeil !



















Nous sommes tous, dans l'ensemble, assez bariolés, à naviguer dans le catalogue...

(Roxane Lecomte, à qui on doit les très belles couvertures des livres, avec Philippe Aigrain)













Bien contente également d'y avoir vu François Bon, qui lisait du Berit Ellingsen. Le dimanche suivant, il met en ligne une vidéo de la soirée sur sa chaîne Youtube, qui en annonce d'autres : à suivre, donc, la semaine prochaine.

Que vive publie.net et son équipe, et qu'ils prospèrent : ce qu'on m'aura dit plusieurs fois, après les lectures, c'est à quel point nous semblons nous entendre. Oui, c'est vrai. Pas de concurrence mais une écoute réelle, du soutien mutuel. Utopique ? La question ne se pose pas : c'est du présent pur, qu'on savoure après avoir fait au mieux pour que les choses fonctionnent. 
Ensuite, elles se mettent à circuler : ainsi, à la Vallée aux Loups j'irai interroger Joachim en avril sur son travail, retrouverai Virginie à Chartres ce même mois, puis à Montpellier fin mai en compagnie de Juliette Mezenc et de Guénaël Boutouillet... Parmi les gens avec lesquels je monte des projets ou travaille, tous ne se connaissent pas. Quand ils se rencontrent, j'ai souvent dans l'idée qu'ils vont s'entendre et, en effet, ça marche. Etonnant, non ?

















(Cowboy Junkies, photo de Christophe Basterra)

Mercredi jeudi vendredi  Départ pour Clermont-Ferrand mercredi et son festival Littérature au Centre, au sein duquel je vais parfaitement me sentir, à la fois un peu seule et entourée, trouvant le temps de voir un ami, poursuivre la relecture de VF, parler de Bruits et donc y penser, croiser la manif du jeudi, rencontrer des lycéens, écouter la passionnante conférence d'Olivier Mongin sur les villes et les flux, assister à une représentation de danse liée au thème, si porteur, des émotions refoulées...
Pas le temps pour les 36 secondes, par contre, qui attendront la semaine prochaine.


















(valise de VRP à plusieurs éditeurs)














(salle vide du lycée où j'interviens le jeudi, juste avant l'arrivée des élèves. J'y lis des extraits de Fenêtres et de A même la peau, effectuant, en tout cas pour moi, une sorte de boucle métropolitaine, montre le teaser de Diptyque, celui de Laisse venir et je ne sais plus trop quoi encore... L'heure file à toute vitesse, pas le temps de beaucoup d'échanges mais une belle écoute)


















(se balader dans son pâté de maisons et hop, voilà ce qu'on trouve)

Le jeudi, c'est donc intervention au lycée, le vendredi, au sein du festival. Je présente une partie de ce que je fais en compagnie de Bernard Lescure, professeur de lettres que je remercie de sa générosité, de son attention à ce que j'écris, s'il passe sur ce blog. J'ai l'occasion de montrer un peu du Dita Kepler codée par Joachim Séné et le teaser de Diptyque, si beau...
A la sortie, une spectatrice me dit qu'elle me trouve déroutante, mais qu'elle a envie d'aller y voir de plus près. Déroutante ? Je me trouvais très cohérente, moi, pourtant, avec mes décors personnages, mes personnages décors, ma narration arborescente ! Mais voilà qui me plaît, et je prends, bien sûr.
Je découvre par ailleurs que tous les Décor Daguerre présentés devant la salle ont été vendus : c'est la première fois que j'entends cette phrase, "on a tout vendu" ! (on ne m'en voudra pas : je me fais le plaisir de la noter ici, pour les jours de déprime, s'il y en a)


















A l'aller, j'avais profité de ma place de première en Intercité au maximum (pas de bruit, soleil illuminant le paysage mais pas sur le visage...) pour relire VF avec attention. Au retour, toujours en première, je me retrouve avec une place imaginaire, une mystérieuse place 34 qui n'est pas indiquée. Place imaginaire en première, en première vraiment mais dans l'imaginaire, place qui invite à en prendre une autre, wagon qui contient cette place... Voilà qui est parfait.

Samedi : à la cinémathèque, Peaux de vaches de Patricia Mazuy, avec Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire, film qui décape. La réalisatrice, qui intervient à la fin de la projection, a un franc-parler qui me réjouit. Au festival de Clermont, à un moment je me suis sentie basculer quand un historien qui intervenait sur les bas-fonds, son sujet de prédilection, nous a englobés dans un tout, celui des gens qui n'en font pas partie mais qu'ils fascinent. Prenant sa suite, j'ai indiqué que non, je ne pouvais faire partie de ce tout, ai expliqué pourquoi. Que d'une certaine façon, je me sentais du côté des bas fonds - merci alors à Bernard Lescure, qui a lu Franck, de son appui.
Le lendemain, même si je n'en sais rien, il m'a semblé que Patricia Mazuy aurait pu dire la même chose.

Dimanche : continuer la relecture de VF, puis se rendre au festival Sidération du CNES. J'ai candidaté par mail pour enfiler une combinaison spatiale, mais pas de nouvelles, à mon avis ça ne marchera pas... Tout comme les vidéos de François, à suivre la semaine prochaine.

samedi 18 mars 2017

D'un texte à l'autre














A peine mise en ligne En friche, consacrée à la déambulation littéraire à Marseille, L'aiR Nu a fait paraître ces jours-ci une nouvelle page, In situ / Incipit : on peut y retrouver la première édition du festival du même nom, qui s'est déroulé en janvier dernier à la galerie Six Elzévir à Paris, laquelle accueillait également une exposition des collages de Mathilde Roux.














Côté collectif, nous avons été tous les quatre partie prenante de cette aventure, mais de façon différente : Mathilde a non seulement exposé, mais également mis en oeuvre et organisé les deux soirées de lectures avec Philippe Aigrain avant de concevoir la page web avec Joachim Séné, tandis que Pierre Cohen-Hadria et moi étions présents en tant qu'auteurs. 














Le texte de Piero, fragment d'un ensemble plus long à retrouver sur son site comme il l'indique au début de sa lecture, parle d'Amiens et de prison, de condamné à mort, de chanson, de géographie de la ville. Tout cela me touche au plus près et je le réécoute en écrivant ce billet. 














Nombreux ont été les textes à m'avoir marquée, de toute façon, durant ces deux soirées, lectures on ne peut plus variées que vous pouvez entendre directement ici.
J'avais choisi, de mon côté, de me servir de la thématique du festival (l'oeuvre littéraire imaginaire du créateur de la guillotine) pour me lancer dans ce qui, après Marilyn, devrait m'occuper un moment : la rédaction de ce qui s'appellera a priori Saint-Germain en Laye, sera lié de façon plus ou moins ténue à Décor Daguerre
(Il me semblait avoir écrit un texte simple, vraiment très simple, j'en suis moins sûre en le réécoutant, me dis : on verra bien quand il paraîtra, comme tous ceux du festival, sur le site remue.net.)














(un peu de château en attendant)

Quant à Décor Daguerre, il paraît la semaine prochaine, le 23, et j'en reparlerai ici dès que je le pourrai, mais on peut d'ores et déjà le trouver et le commander sur la page des éditions de l'Attente - ce depuis hier, précisément ! 
Vous pouvez également tenter d'en gagner un exemplaire en suivant le dernier épisode en date de la rubrique Service de presse de François Bon sur YouTube : c'est facile, il suffit d'y aller de son petit commentaire sous la vidéo.
















DD : le voici, le voilà, il arrive, jusqu'au salon du livre, même.

lundi 22 juin 2015

Revoir La Douceur dans l'abîme

C'était il y a une douzaine d'années, à République, je crois (mais peut-être non), dans un cinéma : une projection de La Douceur dans l'abîme, film de Jérôme Schlomoff faisant suite au livre du même nom, lui-même issu d'ateliers d'écriture menés par François Bon avec les sans-abri de Nancy, en 1999-2000, qui m'avait beaucoup marquée. Bien sûr, le sujet m'était proche mais au-delà, il y avait ceci : filmer les hommes et les femmes qui ont à un moment ou à un autre parlé d'eux, de leur vie, de la rue, de leurs peurs, douleurs présentes ou surgies de l'enfance en droite ligne, dont les paroles ont été recueillies et qui assis à table, face à la caméra, appuient sur le bouton Play d'un radio-cassettes, écoutent quelqu'un d'autre lire leurs paroles devenues texte, ou le texte qu'ils ont écrit (on ne sait pas et la question n'est pas là, je crois). Des photographies de leurs visages alternent avec ce que le film montre de ces mêmes visages en mouvement : leur extrême attention dans l'écoute. Le procédé m'avait paru et me paraît toujours d'un respect, d'une justesse parfaits.

On peut désormais voir ou revoir ce film de 52 minutes gratuitement sur Vimeo.
Sur Tiers Livre, le site de François Bon, on peut également retrouver les textes des participants aux ateliers.

mardi 26 novembre 2013

Dita est deux (ou trois) (ou davantage)















Je crois que j'ai commencé à penser à Dita Kepler en 2006, en même temps que les deux autres décors (Lafayette, Daguerre). C'est en tout cas ce que dit un petit journal de travail que j'ai retrouvé - moi, j'aurais parié sur 2009, époque où je me trouvais en résidence au CentQuatre, ce qui prouve bien la constance, l'inconstance de la chose...
(les trois imaginés au même instant, ça oui, par contre, c'est certain)














Dita Kepler n'est pas, au départ, destiné à être publié (sauf ici). Plutôt à être lu en public, hop, one shot, des passages différents à chaque fois et on oublie jusqu'à la prochaine (quatre ans d'écart entre chaque lecture, à ce jour, je ne pense pas abuser !).
Sauf que : je n'ai pas vraiment décidé d'opérer de cette façon dès le début, ce sont plutôt les circonstances qui m'y ont poussées - le texte, que j'écris en fonction des lieux où je me trouve en résidence, demeurait fragmentaire, éclaté, et je n'avais pas très envie de regrouper les éléments de façon artificielle... Surtout, je voulais conserver un espace de liberté, hors publication.










Et puis, je l'ai déjà dit ici : lors des dix ans de remue.net, avec Thierry Beinstingel (ci-dessus), nous avons lu un texte croisé dans lequel je parlais de DK, indiquant que l'on pouvait s'en emparer, ce que fit Pierre Ménard (ci-dessus) sur Twitter. Quand je m'en suis aperçue il m'a donné les clés du compte. J'ai écrit par séries de trois ou quatre tweets durant un an et demi, dans une assez grande confidentialité : le texte était accessible, cette fois, non dépendant de ma voix.
Et puis, Joachim Séné (ci-dessus) a codé, transformé le texte de Twitter pour remue. La boucle était bouclée ? Non. Comme dirait un/e autre Dita Kepler (il se reconnaîtra) : on continue...













Tout le monde peut venir (et donc bienvenue, la prochaine fois, à François Bon s'il veut :)

*

Photos, par ordre d'apparition : 

- prise par Arnaud de la Cotte à Rezé, avec Joachim Séné (mais nous sommes en train de lire un croisement C'était / Fenêtres)
- prises par Pierre Cohen Hadria à Montreuil, avec Pierre Ménard puis Thierry Beinstingel (mais nous lisons respectivement des extraits des Lignes de désir et de Autour de Franck)
- avatar de Dita Kepler sur Twitter dessiné par une des filles de Pierre Ménard

Ainsi Dita Kepler est loin d'être toujours moi, comme on le voit. 
D'ailleurs en ce moment, nous sommes plutôt comme ça : 





















(avatars facebook et twitter : merci à Jessica Maisonneuve pour le portrait rouge au pochoir trouvé sur un mur)

jeudi 7 novembre 2013

novembre, d'ouest en est















Retour ces prochains jours près du lac ci-dessus (Grand Lieu, pour ne pas le nommer), dans la région nantaise, donc, avec quelques activités au programme, dont : 
- aller écouter Delphine Bretesché présenter son nouveau livre, Perséphone aux jardins de sainte Radegonde paru aux éditions Joca Seria et lui piquer des idées pour le mien
- faire à nouveau un tour sur le lac (un des grands moments de l'année, il faut le dire)
- le 19, à la médiathèque de Rezé, parler numérique en compagnie de Roxane Leconte de publie.net et publie papier, et de Guénaël Boutouillet
- le 22, lire en compagnie de Thierry Beinstingel à la médiathèque de Bouaye
- le 23, faire apparaître Dita Kepler à Rezé grâce à Joachim Séné, avec lequel croiser également Fenêtres et C'était
- écouter François Bon lire des extraits de Proust est une fiction















(ci dessus les publie papier photographiés au Lieu Unique, à Nantes)

(et pendant ce temps-là, grâce à Franck Queyraud, le 22 à Strasbourg, certains en Pecha Kucha évoqueront leurs oloés : mais pourquoi je ne peux pas, contrairement à mon avatar, me dédoubler ?!)














(et pendant ce temps-là, toujours, ne pas oublier la rue Daguerre. Ici l'auto-école et son vélo penché)














Ensuite, prendre le train, revenir, laisser le Montparnasse monde pour la gare de Lyon. Direction : Belfort, Morteau, Vesoul, Baume-les-messieurs, Besançon, pour le festival Les Petites fugues dont voici le programme (ci-contre, dans mon agenda En ce moment/à venir, j'ai ajouté les dates).

Ici, pas de photo, car je ne connais encore aucune de ces villes... (joie de l'écriture)

vendredi 3 juin 2011

Chambre close, de François Bon

Le soutien de François Bon, il y a dix ans, lorsque je lui ai envoyé 'Fenêtres Open space' et qu'il en a publié le début sur remue.net, a beaucoup compté, je crois qu'on le sait. Il ne m'était jamais arrivé auparavant d'être accueillie de cette façon, et je l'ai été par quelqu'un dont les livres trouvaient en moi, trouvent toujours, un très grand écho - au passage, je ne suis pas sûre de le lui avoir beaucoup dit. 
On se doute de ma fierté à le recevoir ici aujourd'hui, pour les vases communicants, sur le thème de la chambre close ("le contraire de l'open space", m'a-t-il écrit ; en ce qui me concerne, poursuite d'un motif déjà présent sur le site de Christine Jeanney). 
Mon texte sur le Tiers livre a pour extension invisible le mot tumulte
















Ce sont nos chambres fortes. Toutes les chambres qu’on porte en soi sont des chambres qu’on barricade. Ce sont des chambres closes. Elles sont closes parce que dans le souvenir on ne passe pas par des couloirs d’une chambre à une autre. Dans le souvenir ou les rêves, si on marche dans les couloirs, ils ne mènent qu’à d’autres couloirs. Si on est devant une fenêtre, et qu’on se détourne de ce qu’elle vous propose au-dehors, on n’est pas dans un endroit clos : si même on est dans une chambre, c’est une chambre sans mur. 

Et la littérature est remplie de chambres closes. Est-ce qu’un livre n’est pas une chambre, chaque fenêtre n’y ouvrant que sur le livre même, ce qu’il tisse et construit. 















Nous aimons les vieilles cartes, leurs enluminures, ou ces peintures représentant le dedans de la tête des hommes, parce que ce qui s’y représente c’est une suite d’ensembles clos, qui ne communiquent pas – et ainsi nos chambres. 

Je peux décrire les chambres de l’enfance, et la pièce à écrire. Je peux décrire les chambres de passage, et je saurais toujours en figurer la porte mais si c’est pour lire ou pour écrire la porte est toujours close – et je ne me souviens des chambres qu’en fonction de ce que j’y ai lu ou écrit. 

Des livres de mystère se construisent sur les chambres jaunes, en font des chambres closes. On peut imaginer toutes les variations. Il s’est passé ceci, dans cet espace et ce temps, et rien ne peut être expliqué sans intervention extérieure : mais la chambre close (et ainsi est-elle en nous-mêmes) n’a pas d’extérieur. 

Je construis dans l’écriture comme je reste dans cette chambre du dedans : les fenêtres sont des phrases peintes, et le bruit du dehors une phrase dite. Le personnage : je n’utilise pas de personnages, que de l’espace et des voix. Quand je lis dans les livres des chambres avec personnages, je les démonte. Ils sont une forme opaque, une présence abstraite qui gêne. Ils sont juste le mouvement de la phrase dans son espace muet. Le personnage dans n’importe quel livre a toujours les yeux écarquillés de terreur, à ne pas comprendre ce qui l’a séparé de la vie pour l’enclore dans la chambre. 














Le grand auteur s’enfermait dans sa chambre un jour par semaine pour sa journée de silence. Elle comportait un tabouret et une table, dans certaines variantes ou certaines époques un tabouret seulement. Des murs blancs. Dans la version avec table, au bout de la table un broyeur à papier (le temps des ordinateurs n’était pas venu). Il n’y a pas, dans la pièce pour la journée de silence, de couche ni d’autre siège – mais peut-être, si le soleil tape aux vitres, si au sol on a un parquet ciré, qu’on peut cependant s’allonger au sol et laisser venir le sommeil et le rêve qui préludera aux choses qu’on note, ce qu’on dit écrire. Je sais ce qu’il a écrit : on n’a pas les versions intermédiaires (broyeur à papier), mais on a le document final. 

Dans ma chambre close j’ai un pied solide, un pied technique, qu’on utilise sur scène dans les spectacles, et un support spécialement arrangé pour la tablette tactile. Elle est à hauteur du bras, pour écrire debout, pour écrire mobile. J’ai trouvé cela. 

La chambre close ne supporte rien en ses murs. Elle est résistante aux bruits du dehors, ne supporte pas d’autre image que ce qui vient du dedans. Quelquefois, dedans, rien. La chambre est ce qui permet l’attente. 

Le récit alors est d’abord – et pour chacun – le récit qui la montre. Ce récit. 

jeudi 7 avril 2011

Hors Limites : lecture avec François Bon et Maylis de Kerangal

Demain vendredi 8, à 18h30, le festival Hors Limites propose une soirée intitulée Des livres pour habiter l'espace. En compagnie de François Bon et Maylis de Kerangal, j'y lirai un montage de textes, parus ou en cours d'écriture, dont voici le détail : 

1. Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire, livre à paraître très bientôt aux éditions D-Fiction
2. I don't get it, texte paru lors des vases communicants sur le site Liminaire de Pierre Ménard
3. Fenêtres Open space
4. Décor Lafayette (texte en cours)
5. Cowboy Junkies
6. Franck
7. Dita Kepler (texte en cours)

Salle Boris Vian, bibliothèque Robert Desnos, métro Mairie de Montreuil. 










(et maintenant je me tais !)

lundi 4 avril 2011

Habiter

tel quel,  notes prises à la vitre, samedi matin dans le RER C, durant l'atelier d'écriture de François Bon qui nous dit ici ce qui s'est réellement passé durant le trajet tandis que Pierre Ménard twitte, écrit et photographie, que Christophe Grossi écrit, s'interroge, que Nicolas Bleusher écrit, trace la ligne (et se moque ;-), que Sylvie Tissot géolocalise, que Louise Imagine nous inventorie (pas tous) et que Maryse Hache, de loin, participe aussi.


habiter

dans le rayon de lumière chaleur peau rougie et dans la vitesse entendre une voix qui parle de foule, d'être serrés dans un wagon
le soleil nous suit, par les reflets on vivrait près de l'eau
Choisy
sauter ne pas sauter ne pas se souvenir du nom du fleuve, se rappeler la date
entendre parler de la passerelle qui date des années 60
jour de juillet où quitter le monde
à 18 ans ?
non aller habiter Jourdain
reprendre la main tenir les rênes
dépasser maintenant ce pont, cette passerelle être percuté ce serait ça, vivre ?
habiter la pelouse, les brins d'herbe
entrer chez cette femme, de dos, c'est samedi, elle nettoie les vitres
(laisser ses vitres sales pour faire masque, écran, refuser le rideau j'entendais sur le quai)
se débarrasser de Choisy
de la date
suivre le fleuve en pensant « habiter »
péniche
c'est la Seine ?
avoir raconté le matin, dans la station de RER, que le tout premier lieu ce fut un cargo
le tout premier
lieu de la conception
entre la Corse et le continent
habiter un phare
l'avion en chute libre
et les fleurs du cerisier
habiter la matière
c'est ça
passe-murailles
toujours voulu être
dans l'atome le grain la nervure
la rougeur de la joue
le mot carrelage écrit carré sur un mur gris
Juvisy
n'ai écrit jusqu'ici aucun nom de ville Choisy a tout bloqué

habiter les cheminées
s'insérer
par les volets fermés visiter les couloirs
et
charpente de fer
visiter ce qui s'écrit sur les murs des cabanes
entrepôts
arbres morts
avoir dépassé depuis longtemps
Choisy
tu vois j'aurais sauté je n'aurais pas vu le carré de pelouse de Savigny-sur-Orge
je n'aurais pas connu
ceux du quai, du wagon
joue bientôt rouge
une vie d'adulte devant
18 ans et tout le sursis depuis
c'est écrit : « zone de croisement des camions »
habiter un camion, faire la route
habiter la cabine des deux d'Au fil du temps
vivre sur la pente, dans le dénivelé
par delà les grilles
le choc
revient
maintenant c'est un lac
habiter un lac ? non
habiter la ligne ? toutes
impression que tout le monde est mort, dit-il
(pétanqueurs c'est tout)
puis la ville dégage
se dégage
réapparaît
nous ne sommes pas venus faire des phrases
nous sommes venus VOIR
l'homme en tee-shirt de Longjumeau
comment habiter le long des rails
comment supporter tout ce bruit que du wagon on ne perçoit pas

c'était impossible de ne pas écrire là-dessus, n'est-ce pas ?

plus d'eau
fleurs
entreprise de décoration
forêt (tentative de)
tout ce travail pour s'accrocher
entrer dans le monde le laisser
construire ériger bâtir former
accepter le déséquilibre
que certains murs tombent
même porteurs ?
va savoir
carrières, ce qu'on creuse là ça va trop vite
ça continue de se tenir
secret

vertige
on surplombe
habiter la poubelle c'est encore possible
wagon changé en librairie (je me souviens du)
se perdre dans un cube de verre

négocier
non
enjamber
traverser une passerelle qui n'a plus rien à voir
de haut on découvre le changement de chauffeur
la rue offerte
passerelle sur laquelle le 17 septembre 1990 sont morts deux convoyeurs de fonds
c'est comme ça
un ou deux ?
à Choisy
la date de tout à l'heure n'était pas celle-là
on s'égare
le pont c'est aussi
le pont de nos bras
les jours s'en vont je demeure

habiter l'hôtel première classe
titre trompeur
vivre dans les arceaux, bosquets
buissons, fagots
être un troupeau de feuilles
se souvenir qu'elle existe, la tempête de 1999, dans les troncs tombés, jamais ramassés
encore aujourd'hui ?
(et tigre sur une citerne qu'on partage, voilà qui change tout)

de la forêt, du bois
tout de suite un panneau
DANGER
c'est écrit rouge orange
tant pis
tant mieux
pas grave
autre chose

dimanche 3 avril 2011

RER C




























vois passer le twit, rendez-vous dans le RER C, RER C, d'accord, pas de problème, évidemment l'idée d'écrire à la vitre, dans la vitesse, d'écrire avec d'autres surtout, et j'espère alors en connaître certains













je ne pense pas à Fenêtres, pas à Franck dont je lirai un passage dans l'après-midi à Montreuil, d'ailleurs si je suis là, dans le RER C ce matin, c'est aussi pour cette raison













ne pas y penser, se sentir entourée, présence du présent découpé en nano secondes, pesant de tout son poids, l'envie de le retenir, de laisser filer













pesant de tout son poids léger

















mais voilà que Choisy-le-Roi, d'entrée, vient sectionner la première phrase (je pensais premier jet, prise de notes, pas plus, n'ai jamais pensé construction), s'en empare jusqu'en fin de trajet













ce n'était pas prémédité
RER C n'était lié à rien, croyais-je, ou à si peu
brusquement c'est là
en pleine tête, de face

alors se décider
penser eau, pont, passerelle
et parallèlement  tenter des incursions, résister, chercher dans le paysage présent
se servir du soleil pour modifier le regard
cacher aux autres quelque chose, aussi, évidemment

















enfin, à quai, souffler, retrouver ce qu'on regarde depuis des années











































(et sous ces lignes, s'ils ne sont pas en photo ceux qui écrivent sont bien présents)













impossible de lire ce texte en public, ensuite, dans le wagon du haut, il ne faudra pas m'en vouloir
au retour
le taper
l'envoyer tel quel (il se termine par tant pis tant mieux pas grave autre chose et celui-là aussi pourrait finir comme ça)
il est chez François, sera donc en ligne
ici, je ne sais pas encore













merci à qui m'a accompagnée

dimanche 27 mars 2011

Hors-Limites etc.

L'édition 2011 du festival Hors-Limites a été inaugurée vendredi dernier à la bibliothèque de Bobigny. Je ne trouvais plus mon appareil-photo et ne peux donc montrer ici la série de fenêtres que j'aurais aimé prendre, les membres d'Inculte lisant des passages du Dictionnaire du pire de Stéphane Legrand (là, c'est plutôt les rires qu'il aurait fallu enregistrer !) ou encore les deux comédiennes interprétant des extraits de Le Ciel vu de la terre, nouvelle revue Inculte qui sera offerte au public lors des rencontres avant d'être vendue en librairie sous une autre forme, début avril je crois.

(avis : la page 48 de la revue appartient à Renaud Pasquier ; Claire Dolan squatte les 198-208)

Le programme du festival est ici. Deux participations prévues, en ce qui me concerne : tout d'abord, le samedi 2 avril à 16h, en compagnie d'Oliver Rohe et Gaëlle Obiégly, lors d'une rencontre intitulée D'où vient cette page. On y décortiquera, tous trois, un extrait de notre dernier livre publié ou d'un texte en cours d'écriture. J'ai choisi de parler de Franck, plus précisément d'un passage situé à Jourdain (vous pouvez l'écouter en ligne en cliquant sur le lien), dans lequel apparaît un jardin aberrant.

Le vendredi suivant, 8 avril, à 18h30, ce sera performance croisée avec François Bon et Maylis de Kerangal autour du thème des livres pour habiter l'espace. Suis censée lire 18 minutes de Franck mais m'oriente vers (un peu) autre chose, j'en reparlerai ici bientôt.
Tout cela aura lieu à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil, métro Mairie de Montreuil.

En attendant Jourdain, rendez-vous à Belleville cet après-midi (voir ci-dessous) : c'est tout près...