l'horloge de la gare de Chartres

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mardi 5 mai 2015

4 mai - bruits















Chaque jour, depuis le 1er octobre dernier, je note les bruits de la journée, assez rapidement, sans que cela pour l'instant n'apparaisse nulle part - ce que j'en ferai, si ce n'est qu'un matériau, si je transformerai l'ensemble, je verrai ça dans plusieurs mois... Ce matin, cependant, j'ai envie de mettre en ligne ce 4 mai d'hier, qui fut soirée dédiée à Maryse Hache au Cent.
(une précision : "Bruits" n'est pas un projet autobiographique, d'où le décalage que sentiront peut-être dans le texte certains qui étaient présents hier soir)

Lundi 4 mai

Dans une salle à néons qui n'est pas faite pour ça, ils sont plusieurs à lire, au micro ou non, en hommage à une amie, des extraits de ses tweets, de ses textes, de ses livres, de ses mails, de ses cartes postales. Elle était auteure et clown, écrivait chaque jour de chez elle un poème où les avions, filant sans discontinuer au-dessus de sa tête, devenaient musique. Métamorphoser le vrombissement, en faire un rythme, une ponctuation au lieu de le subir ; offrir par brassées des onomatopées ; inviter à sa table, dans son lit, au jardin, dans le ciel la surprise, la beauté ; les partager avec ceux qui chaque jour ont imaginé la maison, son bassin, ses roses sans occulter la mort prochaine c'est gagner la partie peut-être, malgré l'absurdité de cette expression-là. C'est inclure le néon et sa lumière crue. Réunir ceux qui écoutent – comment faire plus simple, ici, et ailleurs plus compliqué ? Composer des bouquets de voix, de phrases claires, de chuchotements.
Un pied martèle le sol. Un corps se déplace. On entend du vent dans les feuilles. 

*

Pollen, le texte de Christophe Grossi dédié à Maryse.
Le jour disparu dans la nuit d'écrire, hommage de Pierre Ménard à Maryse.
Photographie prise chez Maryse.

dimanche 3 mai 2015

chambre(s) changeante(s)

"Parce que ma chambre n'est rien d'autre que l'espace qui dépend de moi, j'en change autant que je le désire. J'enlève mes posters et je les épingle ailleurs. Je ne suis pas liée à ces murs. J'emménage dans un nouvel immeuble, un autre quartier, je visite Paris. Et, chaque fois, la chambre commence avec moi.
Cette mobilité m'exalte. Je pars pour partir. Je frôle la liberté d'indifférence. Sa rageuse absurdité. Mais aucune chambre ne ressemble exactement à une autre. Leurs particularités justifient l'excitation d'un lieu inconnu. Ce sont des détails d'orientation, des variations dans la forme, la dimension, la hauteur des fenêtres (j'apprends alors qu'une ouverture sur le dehors trop élevée pour qu'une personne puisse y accéder s'appelle un "jour de souffrance"), des nuances dans la couleur du papier peint, des écarts dans le degré d'inclination du plafond (il y a des chambres mansardées où l'on ne tient pas debout), des sols de plancher ou, rouge vif, carrelés de tommettes, des aberrations techniques tel ce robinet qui, lorsque je le ferme, émet le bruit d'une sonnerie de téléphone, comme pour me rappeler gentiment que je l'ai toujours pas...
Mais ce ne sont pas des singularités d'atmosphère, des colorations d'âme. Entrant dans ces chambres qui n'ont jamais offert que des refuges passagers (même si des vies entières s'y sont déroulées), on n'entre chez personne. Elles sont le contraire des maisons, de leur enracinement dans le passé des générations, de leur complicité avec les fantômes, et de tous les aveux désespérés, toutes les folies dont leurs épais murs détiennent le secret."

Chantal Thomas, Comment supporter sa liberté, Manuels Payot, 1998, pages 74-75

vendredi 6 septembre 2013

à l'oreille















peu de nouvelles ici et ce n'était pas l'été
j'attendais que la tension remonte
j'attends la pluie
qu'elle ferme les bouches rythme le sommeil
que le rivage perde
que du bleu nous manque et rouvrir les livres sans les ouvrir tous 
(feuilleter fermer)
puis j'écris et je n'attends plus

à l'oreille l'orage

dimanche 20 mai 2012

tout contre



















































Apprivoiser le lieu, villa surplombant la ville, bordée par les voies, trains de jour, de nuit, longs silences, croisements. 
Il m'apprend la discrétion des TER, les TGV qui freinent (les pires), les trains de marchandises... S'y mêlent le vent dans les platanes, un bourdonnement oublié.


















Les reconnaître, les contourner, s'en abstraire, les nommer, s'en servir, s'en éloigner : la ville par les voies.
Ce jour, gris du ciel, acier, penser le sommeil, le travail des ondes - à Paris le long de l'avenue il y en a bien davantage, mais distribuées autrement.

Marseille, première approche. Fatigue du bruit, des énigmes, qui n'empêchent pas l'attachement.

dimanche 30 mai 2010

Dix ans de bruit

Voisins du dessous qui hurlent de 22 heures à plus de minuit.
Voisins d'avant pareil, mais plutôt leurs enfants, et en journée aussi.
Voisins d'avant encore qui, eux, vrombissaient on ne savait trop d'où.
Carrelage, parquet que l'on découpe, coups de marteaux, perceuses (au-dessus).
Ados de dehors qui, changeant de silhouette, de forme, de vêtement, depuis des années en fiction vivent .
Voitures camions scooters camion de la boulangerie à cinq heures du matin scooter camion qui s'arrête en laissant tourner le moteur pour acheter ses clops camion moto scooter.
26 dans les deux sens qui freine ou accélère. 75 qui le croise en perpendiculaire.
Sirène des pompiers, sirène de la police, sirène des ambulances, alarme de voiture. Vibrations ondes vibrations ondes vibrations.
Poubelles, récurage du sol, poubelles, camion avaleur de feuilles mortes, poubelles.
Huit ans plus tôt, voisin qui mettait la sono à fond à quatre heures du matin. Autre voisin qui jouait de la musique dans la nuit, renversait ses meubles. Engueulades hurlements etc.

En résumé en ce moment : cherche un trois pièces à louer au calme quartier Bolivar Belleville Colonel Fabien Pyrénées Jourdain.

Cherche de l'air un jardin un bureau une cour des toits une terrasse des volets du soleil deux chambres où dormir où rêver que je ne pense plus au bruit.

dimanche 9 mai 2010

mardi 8 décembre 2009

Bosphore express

Un train, du son, Arte radio, un voyage jusqu'à Istanbul : c'est le Bosphore express, tout juste entré en gare...

lundi 16 novembre 2009

Madeleines sonores d'Arte radio

Depuis le temps que j'aime Arte radio... voici maintenant qu'on peut insérer leurs centaines de sons sur un site ou un blog. Premier essai avec ces délicats portraits d'inconnus, esquissés à partir de souvenirs sonores, de petits bruits de rien.








(Vous remarquerez que l'on peut passer au reportage suivant sans quitter le player. Par contre, manque une petite touche pause, vous ne trouvez pas?)

lundi 21 avril 2008

Bruits du bocal

Parmi les 1000 sons d'Arte radio il y a le Bocal, chronique d'une jeune femme embauchée en CDD par une institution prestigieuse qu'elle ne nomme jamais (mais on imagine assez bien). Bienvenue chez les précaires, bruitages, rires et grincements de dents compris...
La saison 2 a débuté il y a quelques semaines. A écouter, par exemple, le cinquième épisode, intitulé Le bus de banlieue est une divinité hindoue, qui évoque les trajets quotidiens (bus - RER - métro) de Mariannick Bellot. Le suivant, Vous n'échapperez pas à Externalisator, est aussi très édifiant sur les pratiques d'externalisation des services de l'institution en question...

samedi 21 juillet 2007

Dans la marge : 2001

Quelques minutes au soleil avant de retourner travailler. Goût du café encore sur le palais, un ouvrier en blanc de travail à moustaches fume une brune. Chaises d’osier, cendrier inutile, soleil sur la table et sur le dos de la main, de celle qui écrit.

craquelinier : fabricant de craquelines, gâteaux bretons

Inféodés au bruit de nos voisins n’avons plus qu’une vie organique et pratique. Ne voyons rien de la matière du ciel le matin, rien de sa lumière, et sommes invisibles.

J’ai dans la poche de mon manteau depuis dix jours au moins une page de mon roman, toute naze, à réécrire.

carrier : travailleur ou exploitant des carrières

jeudi 19 juillet 2007

Puisqu'on vous le dit

En clin d'oeil à Bruits, roman (ou tout comme) resté pour l'instant au garage, lui aussi.

lundi 9 juillet 2007

Dans la marge : 1998

Palais de la Découverte, exposition sur les cinq sens. Dernier jour, foule monstre, on en ressort de nuit. Dernier jour c’est-à-dire : plus rien à goûter, plus rien sur le goût. Retenu, au passage : les taureaux ne voient pas le bleu ; au Japon, l’important dans la perception des couleurs, c’est de distinguer mat et brillant ; en Afrique, les bruns sont perçus différemment par les hommes et les femmes dans certains endroits. Et ici ? Dans les dédales de l’expo ? Le long d’un tunnel, d’un couloir, toucher au mur des fourrures par dizaines, carrés juxtaposés à notre hauteur de main. Et chacune plus douce que la précédente, la suivante toujours d’une finesse, d’un grain, d’une précision qui semblaient impensables la seconde d’avant. Touché le cuir des sous-main. Senti l’odeur du Nescafé dans les bruits de vaisselle, d’oiseaux, de rires d’enfants. Au retour, dans le métro un sifflement pointu, vrombissement qui s’aiguise avec la vitesse, ternit dans le ralentissement.

lundi 11 juin 2007

Dans la marge : Saint-Ouen / 3

Porte de Clignancourt, 1998 ou 99, devant le marché de voitures volées qu’on longe pour entrer dans Paris. C’est la fin du ramadan, il fait nuit, Paule Constant parle d’écriture à la radio. Puis on entend l’écho de créations sonores, viennent d’une galerie saturée de fumée. Une femme parle au portable, un Japonais s’exclame, tout le monde a une tête d’enterrement. Retour à la rue, manège illuminé de Répu, rideaux brodés et lustres en papier.

vendredi 8 juin 2007

105 ans

Né juste en 1900, il avait deux ans quand Nation Dauphine fut construite. Cent cinq ans aujourd’hui, l’âge des poilus qu’on fête (neuf survivants) ce mardi 14 heures, il vit à Colonel Fabien. Les voisins du dessous entendent parfois ses pas très doux, de la porte à la fenêtre, cherchent le bruit d’une canne qu’ils ne détectent pas et se demandent, à l’impromptu, s’il n’est pas mort. Mais non. De la porte à la fenêtre c’est tout un monde lui espèrent-ils. Ils supposent qu’il est sourd et quand ils y pensent ils l’envient. Les assauts du métro aérien toutes les deux, quatre minutes, lui s’en réjouit sans les subir croient-ils. Il est à la fenêtre, spectacle permanent.

Les voisins du dessous oublient les vibrations, ignorent qu’il n’est même pas malade. Rien. Ne lui reste que : effacer le précédent spectacle, images intimes que huit autres partagent, dix-huit ans en 18. Etrange qu’aucune radio ne soit encore passée immeuble du boulevard, cinquième étage gauche, à Colonel Fabien, ce sera sans doute l’an prochain. Et puis non. Marcher à pas si doux, longer le couloir comme on franchit un col il ne le fera pour personne, sauf pour qui lui monte les courses.

Les voisins ne l’ont jamais vu et lui, ne les voit pas non plus. Ils s’inventent mutuellement le montant des loyers, croisent ensemble par la vitre nos regards impensables.