l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 25 mars 2018

Semaine #12 première(s)













 
Semaine où je n'écrirai ici sans doute pas beaucoup, car il y a à faire.

Dimanche Me rends chez Christie's pour la première fois pour admirer les tableaux de la collection Rockefeller bientôt en vente. Un Gauguin magnifique représentant une vague géante, des baigneurs minuscules qui s'enfuient, mais trop de monde devant : je ne collecte que cette petite pomme de Picasso.
Lundi, mardi La relecture de Volte-face galope, j'en suis à la moitié. Très étonnée du peu de corrections pour le moment. Ca ne saurait durer, si ?
Et Bruits ? Pour avancer un peu, je monte et poste cette minute sexy (!) et douce à la médiathèque de Chartres : 


Mais déjà, mardi soir, publie.net fête ses dix ans, et nous intervenons avec Virginie Gautier et Joachim Séné pour une lecture à trois voix, balade dans les textes récents ou plus anciens de la maison. Lucien Suel, Maryse Hache, Juliette Mezenc, Pierre Ménard, Cécile Portier, Mathilde Roux, Martine Sonnet, Sébastien Ménard... (j'en oublie). Joachim propose, pour L'aiR Nu, un mur mouvant d'extraits de textes que vous retrouverez bientôt en ligne.











On y entend












(Julien Boutonnier)











(Fred Griot)
Nadine Agostini au début, François Bon à la fin et entre eux deux d'impressionnantes lectures de Julien Boutonnier et de Fred Griot avec ses musiciens, le tout présenté, courtes citations de Christine Jeanney à l'appui, par Guillaume Vissac, après rappel de ce qu'est aujourd'hui la maison par Philippe Aigrain, le président de publie.net.

















(ici, Guillaume Vissac)
Les photos ci-dessus, sauf celle de Julien Boutonnier prise par Pierre Ménard, sont de Philippe Aigrain. A ce propos, Pierre Ménard  a capturé quelques fenêtres sur mon Ipad : bravo pour le coup d'oeil !



















Nous sommes tous, dans l'ensemble, assez bariolés, à naviguer dans le catalogue...

(Roxane Lecomte, à qui on doit les très belles couvertures des livres, avec Philippe Aigrain)













Bien contente également d'y avoir vu François Bon, qui lisait du Berit Ellingsen. Le dimanche suivant, il met en ligne une vidéo de la soirée sur sa chaîne Youtube, qui en annonce d'autres : à suivre, donc, la semaine prochaine.

Que vive publie.net et son équipe, et qu'ils prospèrent : ce qu'on m'aura dit plusieurs fois, après les lectures, c'est à quel point nous semblons nous entendre. Oui, c'est vrai. Pas de concurrence mais une écoute réelle, du soutien mutuel. Utopique ? La question ne se pose pas : c'est du présent pur, qu'on savoure après avoir fait au mieux pour que les choses fonctionnent. 
Ensuite, elles se mettent à circuler : ainsi, à la Vallée aux Loups j'irai interroger Joachim en avril sur son travail, retrouverai Virginie à Chartres ce même mois, puis à Montpellier fin mai en compagnie de Juliette Mezenc et de Guénaël Boutouillet... Parmi les gens avec lesquels je monte des projets ou travaille, tous ne se connaissent pas. Quand ils se rencontrent, j'ai souvent dans l'idée qu'ils vont s'entendre et, en effet, ça marche. Etonnant, non ?

















(Cowboy Junkies, photo de Christophe Basterra)

Mercredi jeudi vendredi  Départ pour Clermont-Ferrand mercredi et son festival Littérature au Centre, au sein duquel je vais parfaitement me sentir, à la fois un peu seule et entourée, trouvant le temps de voir un ami, poursuivre la relecture de VF, parler de Bruits et donc y penser, croiser la manif du jeudi, rencontrer des lycéens, écouter la passionnante conférence d'Olivier Mongin sur les villes et les flux, assister à une représentation de danse liée au thème, si porteur, des émotions refoulées...
Pas le temps pour les 36 secondes, par contre, qui attendront la semaine prochaine.


















(valise de VRP à plusieurs éditeurs)














(salle vide du lycée où j'interviens le jeudi, juste avant l'arrivée des élèves. J'y lis des extraits de Fenêtres et de A même la peau, effectuant, en tout cas pour moi, une sorte de boucle métropolitaine, montre le teaser de Diptyque, celui de Laisse venir et je ne sais plus trop quoi encore... L'heure file à toute vitesse, pas le temps de beaucoup d'échanges mais une belle écoute)


















(se balader dans son pâté de maisons et hop, voilà ce qu'on trouve)

Le jeudi, c'est donc intervention au lycée, le vendredi, au sein du festival. Je présente une partie de ce que je fais en compagnie de Bernard Lescure, professeur de lettres que je remercie de sa générosité, de son attention à ce que j'écris, s'il passe sur ce blog. J'ai l'occasion de montrer un peu du Dita Kepler codée par Joachim Séné et le teaser de Diptyque, si beau...
A la sortie, une spectatrice me dit qu'elle me trouve déroutante, mais qu'elle a envie d'aller y voir de plus près. Déroutante ? Je me trouvais très cohérente, moi, pourtant, avec mes décors personnages, mes personnages décors, ma narration arborescente ! Mais voilà qui me plaît, et je prends, bien sûr.
Je découvre par ailleurs que tous les Décor Daguerre présentés devant la salle ont été vendus : c'est la première fois que j'entends cette phrase, "on a tout vendu" ! (on ne m'en voudra pas : je me fais le plaisir de la noter ici, pour les jours de déprime, s'il y en a)


















A l'aller, j'avais profité de ma place de première en Intercité au maximum (pas de bruit, soleil illuminant le paysage mais pas sur le visage...) pour relire VF avec attention. Au retour, toujours en première, je me retrouve avec une place imaginaire, une mystérieuse place 34 qui n'est pas indiquée. Place imaginaire en première, en première vraiment mais dans l'imaginaire, place qui invite à en prendre une autre, wagon qui contient cette place... Voilà qui est parfait.

Samedi : à la cinémathèque, Peaux de vaches de Patricia Mazuy, avec Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire, film qui décape. La réalisatrice, qui intervient à la fin de la projection, a un franc-parler qui me réjouit. Au festival de Clermont, à un moment je me suis sentie basculer quand un historien qui intervenait sur les bas-fonds, son sujet de prédilection, nous a englobés dans un tout, celui des gens qui n'en font pas partie mais qu'ils fascinent. Prenant sa suite, j'ai indiqué que non, je ne pouvais faire partie de ce tout, ai expliqué pourquoi. Que d'une certaine façon, je me sentais du côté des bas fonds - merci alors à Bernard Lescure, qui a lu Franck, de son appui.
Le lendemain, même si je n'en sais rien, il m'a semblé que Patricia Mazuy aurait pu dire la même chose.

Dimanche : continuer la relecture de VF, puis se rendre au festival Sidération du CNES. J'ai candidaté par mail pour enfiler une combinaison spatiale, mais pas de nouvelles, à mon avis ça ne marchera pas... Tout comme les vidéos de François, à suivre la semaine prochaine.

dimanche 18 mars 2018

Semaine #11 faire


Dimanche Lafayette Anticipations, donc, ses paillettes partout, sa boutique ridicule (on y vend des stylos quatre couleurs savamment disposés) mais aussi cette vidéo sur deux étages, The silence of the sea, qui me donne une idée. Je note. Ecrire c'est potentiellement faire main basse, embrasser, étrangler, n'avoir d'avis sur rien, se débattre, déformer, faire sonner, refuser, pétrir, secouer, empoigner, caresser, lâcher...
Je suis d'une humeur massacrante au retour, ce qui n'a rien à voir avec cette sortie ni même avec l'écriture. Qu'en faire ? Quelque chose. 












(pas ça, du calme)
Structurer, organiser davantage ? (déjà que) S'en demander plus ? (encore ?) Où se trouve la clé quand on se sent dépossédé, passif devant ce qui arrive ?
Explorer. Explorer encore. Expérimenter, car là il y a à faire, c'est-à-dire oser, rater, s'exposer, accorder sa confiance... Et trouver de l'aide, ne pas rester seul-e.
A bien y réfléchir, je me suis toujours arc-boutée contre ce qui me faisait violence (hiérarchie, chantage affectif, peur, mépris de classe, sexisme, jusqu'aux horaires fixes et toujours les mêmes ce qui m'a empêché, et à jamais, d'avoir une vie professionnelle "normale", pas étonnant si Bruits est minuté) : ça ne risque pas de changer, me dis-je, et ça me rassure.
Explorer est plus souple, cependant, plus énergisant.
Penser aux danseurs, s'en inspirer. Penser à ce qui vibre. A ce propos, ce que nous avons fait dimanche grâce à Magali Albespy, ce moment de danse, de musique, de partage, de lecture appelé INO peut être écouté en ligne



















Lundi Nage de 7 à 8h. Dans le métro, la passagère à mes côtés est très énervée, tendue. Moi non. Elle ne me transmettra rien. Pourtant je n'ai pas fait une nuit complète depuis combien ? On ne compte plus. Dans mon sac, comme souvent, deux livres car je ne sais lequel choisir : tant pis pour le mal de dos. Or il se trouve que















sans le faire exprès, j'ai pris deux Yoko.
C'est la Yoko de Christine Jeanney qui m'inspire. C'est Christine Jeanney et son écriture. A cet instant, dans cette fatigue, sur le siège du métro près de cette femme qui soupire, s'agace, je me sens entourée, calmée, bercée, prise dans les bras par le livre, qui m'y inclut (me voilà dans le texte, oui) même à ne pas tout saisir.

Christine Jeanney écrit :

"Y.O aime la musique des bruits et celle des silences : John Cage dit que l'artiste n'est pas une sorte d'humain spécial ; il dit que chaque humain est un artiste spécial ; qu'il faut accepter le chaos, les glissements, les chutes, les grincements, les sifflements, les écouter ; et elle le pense aussi.

Elle collecte les bruits (action de recueillir des dons, du latin collecta, participe passé de colligere, ramasser, relever ; quête, réunion, assemblée des fidèles avant le départ en procession vers le lieu de célébration, une prière, oratio ad collectam : d'où le nom de collecte).

Elle dit qu'il faudrait collecter les bruits en les laissant entrer en soi par la mémoire ; se les remémorer, les déplacer en soi à l'intérieur et, quand ils sont tous réunis, y mettre du désordre (COLLECTING PIECE, automne 1963)

Pas forcément les bruits qui ont un sens, pas forcément ceux qui déclenchent des images fortes (sirènes d'ambulance, coups de feu, avalanches, pleurs, rires, hoquets et cris). Plutôt les autres bruits, les bruits fragiles, ceux qui n'ont pas la grâce, les anodins, les anonymes."

John Cage, déjà la semaine dernière, n'est-ce pas...













Mardi La ville serait une maquette de Legos blancs, on y adjoindrait des bruits de neige, des paroles de passants. Des lycéens autour écriraient des haïkus. Je serais là, assise, à tenter de faire de même sans intervenir. Bruits à l'Université de Marne-la-Vallée, le parcours miniature de mon personnage inventé, voilà comment tout commencerait.
Nouvelle extension du projet (j'en reparlerai). Ne jamais se décourager. Ne s'inquiéter de rien.
Je sors de sa cachette un carnet géant à mes initiales, fabriqué par mon beau-père (celui qui a dessiné les cartes de Décor Lafayette) il y a bien vingt ans, auquel je n'ai jamais osé toucher - couverture rouge, initiales dorées, voyez. J'époussette, je scotche ce qui, depuis le temps, s'est un peu déchiré. Je pose à plat, sous presse, pour qu'il reprenne forme. Je sais ce que j'en ferai.
En attendant, de retour de Noisy-Champs c'est un peu n'importe quoi, acte manqué de qui candidate à un appel à projets, clique sur fermer au lieu d'enregistrer après avoir longuement répondu. C'est qu'il doit y avoir du pain sur la planche par ailleurs, sans doute.
Le soir, veille de retour à Chartres, mise en ligne de la première "minute" de la résidence :




Mercredi Journée à Chartres. La lecture du Yoko Ono de Christine Jeanney m'accompagne dans le métro, dans le train, partout. J'enregistre le silence du cinquième étage de la médiathèque, retrouve ses recoins ; déjeune seule et tranquille dans un salon de thé ; tente d'acheter une bonnette à la Fnac pour mon enregistreur (égaré la mienne dans le parc de la Vallée aux Loups), peine perdue ; cherche à écrire dans la salle d'exposition de la librairie, qui présente donc des photos de jazzwomen and men prises par Jean-Pierre Leloir ;


















achète Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle (à partir des travaux de laquelle Claire Lecoeur s'apprête à faire écrire) ; visite la cathédrale mais n'y vois, ni perçois presque rien à force de chercher à faire des photos et du son ; entends fuser des insultes sur le parvis, désuètes, réelles, inopérantes ; reprends le TER. Comme à l'aller, fascinée par la banlieue au soleil (je crois que la maquette agit sur mon regard), je me laisse happer par les juxtapositions, les reliefs, la perception des dimensions.



















Jeudi, vendredi Tout à coup, la relecture de Volte-face se met à battre son plein. Je trouve le temps, tout de même, d'enregistrer et mettre en ligne les 36 secondes, liées à l'Exquise Louise d'Eugène Savizkaya que tant de gens aiment. Mais sinon, à peine casé une séance à la piscine : me revoilà en 1944 avec Norma Jeane à l'usine, en 1945 sur une plage californienne, etc. Pour le moment, le travail va plus vite que prévu, ce qui me surprend. Je commence à dessiner, comme du temps de l'arbre de Décor Daguerre, mais cette relecture finit par dépasser le plan de l'exposition que j'esquisse : continuons à avancer, donc !
Sur Facebook, j'ouvre avec plaisir un dossier photo consacré aux autres femmes du livre. Il y en a évidemment de très connues (Lauren Bacall, Ingrid Bergman) mais également d'autres, telle Bunny Yeager (ci-dessus), passée de pin-up à photographe, qui a contribué à la célébrité de Bettie Page, ou encore l'étonnante Mabel Normand. Ce livre est plein d'hommes (les photographes), plus encore de femmes. 


Côté son, il y a du neuf à écouter, puisque la deuxième émission consacrée à la résidence à Chartres est en ligne sur la page de la radio, avec pour invitée Magali Albespy. On y entend, à un moment, ce très beau duo qu'elle fait avec Caroline Grojean, où elles improvisent autour de la chanson River of no return... de Marilyn, surprise !

J'ai justement Caroline au téléphone au retour. Nous parlons d'une future collaboration autour du nouveau projet de Pièces détachées, Exit 87, dont le point de départ est le premier chapitre de Cowboy Junkies. Cette fois, je n'écrirai pas mais proposerai aux danseurs de le faire, sans doute en expérimentant de nouvelles façons d'"animer" un atelier d'écriture - joie de faire autrement, de changer, et de retrouver l'équipe le mois prochain.

Radio, suite : l'émission Variations Mozart de Philippe Aigrain, invité par David Christoffel pour sa "radio parfaite", diffusée dans le cadre du festival Printemps des Arts de Monte-Carlo, est également en ligne. J'y ai contribué en déambulant le long de l'avenue Mozart et en demandant aux commerçants de me parler de leur boutique... Clin d'oeil à Daguerréotypes, bien sûr, mais également à L'aiR Nu (nos locaux ne sont pas loin) qu'on peut entendre au début, avant des contributions de Virginie Gautier, Mathilde Roux et Benoît Vincent. On s'est bien amusés, je crois qu'on peut le dire !













 
Samedi Après un rendez-vous manqué lié à Marilyn (partie remise, j'espère), me voilà au salon du livre pour parler, en compagnie de Pascal Jourdana, des livres numériques de la Marelle. Les tablettes se présentent sous une cloche de verre, ce qui ne manque pas, sur le moment, de me faire un certain effet subliminal (pour le comprendre, il suffit de se rendre ici).
Comme Pascal le rappelle, Laisse venir, écrit avec Pierre Ménard, a été à l'origine de la maison d'édition de la Marelle. Avec Pascal et Fanny, que je connais depuis longtemps maintenant, nous aimons beaucoup travailler ensemble, espérons poursuivre nos aventures - je voudrais écrire sur un cargo, pour tout dire ! Dans le métro, je relis des passages d'Anamarseilles, me dit qu'il faudrait faire vivre tout cela encore un peu plus.

Dimanche Je commence la journée par regarder Trois hommes sur la photo, un documentaire lié à la photo la plus célèbre de Jean-Pierre Leloir, celle qui réunit Brassens, Brel et Ferré. Ensuite ? Ce semainier. Puis retourner à Volte-face...

*

La semaine prochaine, nous fêterons les dix ans de publie.net mardi soir (voyez donc la belle affiche ici), puis je me rendrai au festival Littérature au centre de Clermont-Ferrand.

dimanche 11 février 2018

Semaine #6 paroles, messages, silence














Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps (ci-dessus, l'horloge de la gare de l'Est). Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout.



















 (Villon, Paris Xe : pour la première fois me voilà écrivain dans ma bibliothèque)

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera.
Achat du Marilyn and me de Lawrence Schiller en numérique. Je commence à lire (et donc à traduire, pour moi) le texte mais la paperasse administrative ressurgit. C'est évidemment agaçant, mais il faut se libérer l'esprit pour réussir à retrouver le photographe en 1960 qui débarque sur le plateau du Milliardaire à 23 ans sans faire son fier devant Marilyn en collants. 
La neige empêche les repérages aux Buttes pour l'atelier. Demain ?
Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire.














mardi Ce Marilyn and me se révèle plus intéressant que prévu. Avancer le plus possible dans la semaine (mantra). Ecrire écrire écrire écrire si je tape le verbe cent fois est-ce que j'aurai avancé d'un pouce ? Peut-être. Cette neige tombe à pic, en tout cas. Il faudrait être complètement dans le blanc, calfeutré, loin de ce qui se passe en public ces jours-ci.














Demain, consacrer la journée aux livres des photographes, sur les photographes. Pierre Ménard, ce jour, lance une série d'ateliers dédiés à l'écriture et la photographie : s'en saisir ?
Hâte que reparaisse son Comment écrire au quotidien, et de l'avoir en version papier.
Je me souviens soudain que la toute première fois que j'ai trouvé mention d'un de mes livres, c'était sur son site : Fenêtres pris comme exemple pour un atelier, bien avant que nous nous connaissions.


















mercredi et jeudi. Photographes, disions-nous. Lawrence Schiller à lire, à traduire et Garry Winogrand pour les 36 secondes du vendredi. Se perdre dans l'image, réinventer le New York de 1950, 1960, 1970 grâce à ce catalogue trouvé à la bibliothèque qu'il faudra rapporter un jour. Et sinon ? La neige, bien sûr, qui dans mon quartier à Jaurès couvre les tentes des réfugiés, les met en danger tandis que dans les médias les politiques délirent sur les chiffes et les choix de ceux qui vivent à la rue, majeurs, mineurs. Dégoût de ces discours qu'ils "assument", dégoût du verbe assumer comme une fin de non recevoir.

Mona Chollet fait passer ce message type, à relayer auprès de anne.hidalgo@paris.fr, dominique.versini@paris.fr, branka.giljaca@paris.fr :
Bonjour,
Je me permets de vous contacter pour vous signaler qu'aujourd'hui encore des centaines de personnes exilées ont passé la nuit dans la rue, dans des tentes ou à même le sol, à Jaurès, Porte de la Chapelle, au canal Saint Denis etc..
Les températures sont glaciales, il neige et ces personnes n'ont nulle part où s'abriter. Malgré l'annonce du Plan Grand Froid, elles sont toujours dehors et en grave danger.
Parmi elles, il y a des mineurs, des personnes particulièrement vulnérables et fragiles.
Au regard de l'urgence de la situation, je vous demande de bien vouloir procéder à une mise à l'abri immédiate de ces personnes.
J'ose espérer que vous n'attendrez pas qu'il y ait des morts de froid pour agir. Des vies sont en jeu.
Cordialement



















La neige, aussi, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient.





































Voilà aussi ma ville.

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire.














(photo de Mathieu Simonet)

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous ce tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.
Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.



















Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.
20h. Je rentre avec le bonheur d'avoir grâce à cette rencontre, ce jeu, ce silence, évacué ce qui me traverse depuis quelques jours, mais ne va pas tarder à revenir.

Vendredi et samedi Ce qui me traverse, m'empêche de me concentrer et même de dormir, c'est une invitation maladroite à venir parler d'un de mes livres, à traverser la France en pleine semaine pour 20 minutes d'intervention sans précisions logistiques, pas même sur la date exacte et, après questionnement, sans être payée non plus : en somme, à faire joli dans le décor, à travailler comme s'il s'agissait d'un loisir alors que nous sommes dans un cadre professionnel. La place de l'auteur, qui semble n'avoir ni corps ni besoins ? Eh bien elle sera à sa table de travail : je préfère écrire. Lundi, j'enverrai un mail, après avoir pris trop de temps à ruminer. Thierry Beinstingel, sur son site, semble découvrir cette absence de considération professionnelle envers les écrivains, à laquelle j'ai été beaucoup confrontée et dont j'avais l'impression, ces derniers temps, de sortir.
Ne pas se laisser atteindre (apprendre à).


















(1962 : l'écrivain et poète Carl Sandburg, octogénaire, apprend à Marilyn Monroe comment lutter contre les insomnies par la pratique d'exercices de relaxation. Photo d'Arnold Newman)

En attendant, le vendredi, réunion pour préparer les dix ans de publie.net. Je termine aussi Marilyn and me, dont une scène m'a particulièrement frappée. Bien longtemps que je n'avais pas lu en entier un livre en anglais : un événement à petite échelle.
Continuer à écrire. Ne pas se laisser perturber. J'arrive à la fin du manuscrit, j'ai tendance à reculer, à introduire une séance non prévue, à vouloir devenir totalement exhaustive au lieu de liquider les quatre (ou huit) chapitres qui restent. C'est stupide, il ne faudrait pas.














La semaine prochaine, bien avancer, donc avant un atelier le mercredi à la Vallée aux Loups (sauf nouvel épisode de neige), l'inauguration de ma résidence à Chartres le jeudi à 18h (j'y lirai à nouveau la première partie de A même la peau avec les sons envoyés par Jean-Marc Montera, je pense - ci dessus, une photo piquée sur son mur Facebook hier) et un atelier d'écriture dans la galerie photo de l'Esperluète le vendredi.
Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

vendredi 26 mai 2017

lectures audio, une extension

Je me suis longtemps désespérée, ici, de la difficulté à intégrer du son - ce qui m'avait cependant permis il y a quelques années de faire la connaissance de Pierre Ménard, rencontre précieuse. J'avais par ailleurs un compte Soundcloud ou tout ou presque était passé en "privé", destiné à mon unique usage, et que je n'allais plus consulter.
Pourquoi n'avoir pas fait la jonction ? Mystère.

Mais bref. Ayant dû, pour L'aiR Nu, aller m'intéresser à nouveau à cette plateforme, j'en profite aujourd'hui pour ouvrir les fenêtres, secouer les tapis, rafraîchir les données. Le lien vers mon compte Soundcloud se trouve désormais à droite de cet article, comme les livres. 
Ce qui concerne les lectures audio de mes textes et s'est au fil des années tapi dans l'ombre, va retrouver une place. Ainsi, j'avais enregistré pour moi le début du Journal du Blanc. Je le passe en "public" aujourd'hui même si la fin, on le verra, comporte un blanc justement, un arrêt, une hésitation, s'il faut pousser le volume pour l'écouter et que je lis un peu trop vite. Le voici : 


J'ajoute également ici et sur le compte le beau montage que Pierre Ménard (avec qui je partage aussi quelques images du Blanc, mais c'est une autre histoire...) avait fait sur Liminaire à partir de ma lecture de Cowboy Junkies. L'idée est de rassembler ce qui s'est éparpillé, disséminé, ne retrouve plus facilement, et ce que je n'ai pas encore utilisé. 


Quelques lectures 36 secondes pourront également faire leur apparition sur ce compte tout comme sur celui de L'aiR Nu, remis à jour par la même occasion, mais ce ne seront pas forcément les mêmes...
Que dire de plus ? Bonne écoute ? Bonne lecture ? Les deux ! Et à bientôt, j'espère.

samedi 23 juillet 2016

Journal de l'été #4



















vendredi

Avenue Jean Jaurès il y a ce balcon, rouge et seul au monde, sur une façade blanche. Un homme, une femme y passent-ils la tête, parfois ? Se penchent-ils ? Observent-ils les élèves du cours Florent situé tout à côté ? Ce sont des questions de rien, des questions de fenêtres, les mêmes que celles que recense mon livre écrit il y a une quinzaine d'années maintenant. 
Le soir de la finale de l'Euro, je discute avec mon amie, la céramiste Christine Tchépiéga. De sa cour, on entend les rumeurs du match, les exclamations des gens en terrasse sans en deviner davantage. Elle me montre le premier des objets (sculptures ? comment nommer ce qu'elle est en train d'inventer ?) à l'intérieur desquels on pourra lire des extraits, très courts, de Fenêtres et de Décor Lafayette. Ce qu'elle me présente, qui n'est pas encore terminé, a déjà sa forme définitive, s'inspire du passage dans lequel un grand-père fantasmé, vivant dans un squat, boit son café au bol en regardant passer les métros de la ligne 2. On dirait une sorte de maison-salon, ou chambre, ou fenêtre, épurée et abstraite, intime. Tel quel, c'est déjà magnifique. Je suis très émue de cette connivence amicale et artistique. Ce que Christine crée à partir de ce que j'écris, je n'aurais jamais pu l'imaginer, me le représenter. Au moment où je le vois pourtant, l'évidence me traverse : je reconnais ce qui n'appartient qu'à elle. Le plancher de la pièce qu'elle invente, ce sont les rideaux du squat ; le bol résume tout entier le grand-père ; la forme du toit rappelle une phrase qui n'apparaît plus dans le texte...
C'est peu dire que j'ai hâte de découvrir la suite. Que va-t-elle faire de mon passage sur la violence de la ville, écrit en franchissant les voies de la gare du Nord ? Comment présentera-t-elle Mademoiselle Lapierre, la géante du Palais royal ?


Une des toiles de Christine, peinte à partir d'un texte que je lui avais confié il y a plus de vingt ans, fait apparaître dans un cadre un viaduc ou le pont d'une voie ferrée. Je l'ai sous les yeux au moment où j'écris, où je poste cette photo de mon carrefour, panneau d'aluminium croisé en revenant des Buttes Chaumont qui se déchire et le distord, l'amenuise, le réduit, l'inverse. Je regarde la photo, le tableau, à l'abri dans ma chambre. Je pense à mes questions de rien prolongées par bien autre chose : en bas de l'avenue ce matin, la police évacuait les centaines de migrants qui campaient depuis plusieurs jours entre Colonel Fabien et Jaurès. Une vidéo tourne sur les réseaux depuis tout à l'heure. On voit avec quel mépris, quelle violence un policier s'adresse à une jeune mère avec bébé. Le commentaire précise qu'un autre policier (si j'ai bien compris) a balancé trois coups de pied dans la poussette où le bébé se trouve.
Comment tenir encore ce journal, avec toute cette honte ?


La nuit, depuis deux nuits, entre trois et cinq je me réveille. Je regarde dans la pénombre ma bibliothèque. 
Et pendant que j'écris, onglet ouvert sur les réseaux pour retrouver cette vidéo prise à Jaurès, c'est d'une fusillade à Munich qu'il s'agit maintenant. Plus question de terminer cet article. Tout est suspendu.

samedi
 


 Je pense à ceux que j'aime.

Hier, je me disais en arrêtant d'écrire : j'aurais tellement voulu parler de L'aiR Nu encore dans cet article, de cette force que nous donnent depuis quelques jours ceux qui nous ont soutenus, ont permis le succès de notre appel. De ces plus de cent trente personnes avec nous.
Si je poste ces affiches déchirées ce n'est pas pour la déchirure, c'est parce qu'en les voyant dans le métro j'ai pensé à Pierre Ménard qui les collectionne et qui, sous son nom de Philippe Diaz, préside notre association tandis que Caroline, sa femme, est notre trésorière. C'est une façon de les embrasser, de se rappeler un verre pris en leur compagnie à rire, à discuter, à cogiter l'Ulule.

 













Si je poste ces deux couvertures de livres maintenant, nouveaux extraits de livres lus et mis en ligne dans la rubrique 36 secondes de L'aiR Nu, ce n'est pas pour faire de la pub mais pour dire que ces voix, J.B Pontalis parlant de l'importance des fenêtres, Annie Leclerc des bienfaits de l'eau, ce ne sont pas que des douceurs consolatrices, des questions de rien. Ce sont, quoi qu'on en dise, des formes de résistance.



Retournons-y. Retournons lire.

vendredi 17 juin 2016

Ce qu'on dit parfois de soi en atelier d'écriture

Elizabeth Legros Chapuis m'a demandé d'écrire un article pour la revue La Faute à Rousseau de l'APA (Association Pour l'Autobiographie), qui paraît ces jours-ci. Le thème du numéro est le suivant : ateliers d'écriture, ateliers d'édition. Avec l'accord de l'APA, que je remercie, tout comme je remercie Elizabeth de son intérêt pour mon travail, voici le texte que j'ai proposé. Il s'agit d'une petite synthèse, plutôt destinée à des lecteurs qui ne suivent pas ce blog, mais que je suis néanmoins contente de poster ici.



L'espace de l'atelier est-il propice à l'écriture autobiographique ? Je ne sais pas si la question se pose, du moins en premier lieu. Ce qui compte, je crois, c'est d'abord de savoir si cet espace est propice à l'écriture tout court et ce, pour des gens qui ont déjà le goût d'écrire comme pour ceux, mais oui, qui sont obligés d'être là, captifs durant deux heures, méfiants ou indifférents peut-être à l'origine.

Collèges, lycées, médiathèques, musées... J'anime depuis six ans des ateliers d'écriture de façon régulière sans que cela soit devenu mon métier. Écrivaine, ce sont les résidences qui m'en ont donné l'occasion : elles comprennent souvent une part dite de médiation, 30% de son temps et voilà l'atelier qui s'en vient, parfois pour une seule séance, parfois de façon continue. Souvent, il s'agit de se retrouver en établissement scolaire devant une classe entière, dans la salle habituelle du professeur. Autant dire qu'il n'est pas simple alors de créer un écart, de favoriser les conditions dans lesquelles des adolescents vont laisser surgir quelque chose d'eux-mêmes. Et pourtant, presque toujours, cela a lieu. 



Est-on prêt, a-t-on été formé à exercer ce rôle d'animateur, quand on écrit ? Pas nécessairement. Ce qu'on a pour soi, c'est simplement son expérience, les lectures qui nous ont forgé-e-s, la reconnaissance de cette part d'énigme qui surgit dès que la phrase se forme et qu'il faut savoir accueillir. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à expliquer qu'on repart soi-même de zéro à chaque nouvelle tentative. Que l'expérience est moins liée à une série de "trucs" qu'on mettrait en place qu'à une bagarre avec la langue, avec ses propres stéréotypes, travail constant d'oscillation entre disponibilité, ouverture d'esprit et reprise en main du texte. L'atelier, ce type d'atelier en tout cas, est d'abord le lieu du premier jet, de ce qui nous vient à partir d'une consigne et qu'il n'est pas temps encore de censurer. C'est aussi a posteriori le lieu de l'écoute, celle du texte des autres et du sien, écoute dont l'intérêt est non pas d'engendrer un jugement mais de comprendre comment la circulation d'une image, d'une idée à l'autre est possible ; à quel point on n'écrit pas seul-e, même à avoir le plus grand besoin de solitude, de repli. Ce qui reste fascinant, c'est que cette circulation n'exclut pas la singularité, au contraire.


 

Que dit alors de soi ce qu'on écrit en atelier ? Souvent beaucoup de choses. Que la contrainte soit issue d'un ouvrage de fiction, d'un poème ou d'un texte autobiographique, qu'on en passe ou non par le je, accepter de se livrer à l'exercice nécessite une mise en confiance et une prise de risque qui, dès que le pas a été franchi, invitent à creuser ce qui nous appartient en propre, à ne pas se contenter d'un texte de surface destiné à répondre à une demande extérieure. 
Il y a un désir d'authenticité plus immédiat peut-être chez les participants lorsqu'ils sont adultes et ont fait le choix de venir mais peu importe, au fond. Le texte n'est pas l'enjeu d'un discours, pas plus qu'il ne se confond avec le pur journal intime. Proposer un angle de vue, une piste commune a pour ambition d'éviter ces écueils. A ce titre, il nous importe de rester à l'affût, d'imaginer des dispositifs susceptibles de provoquer en face une certaine surprise, d'éviter la routine et les pré-supposés. Ainsi n'ai-je pas exactement suivi la proposition initiale d'enseignants, celle de faire écrire des SMS à des élèves en très grande difficulté. Une fois mis en confiance, ceux-ci ont préféré écrire long, très long, au grand étonnement de tous. Ainsi ai-je au contraire tenté d'exploiter au maximum le thème imposé d'une série d'ateliers destinés au milieu professionnel : celui de la tenue de travail. Vêtements mais aussi postures du corps, positions dans l'espace, dédoublements... Tout cela m'a obligée à inventer des exercices dont je n'aurais pas eu l'idée.




Le numérique, dont je n'ai pas encore parlé, peut être ici d'une grande aide. S'il se réduit parfois à la création d'un blog post-atelier, rien n'empêche de l'utiliser pour proposer de nouvelles formes. La rédaction de textes issus d'une navigation dans Google Street View peut donner des résultats étonnants, invite à explorer des lieux inconnus mais également familiers, permet d'effectuer des retours dans le passé, par exemple.

De la lecture à la publication en ligne, il est possible de conjuguer ces éléments. Je voudrais ici en donner un seul exemple détaillé. Avec L'aiR Nu, nous avons mis en place un module de trois jours qui invite à lier le lieu, la lecture, l'écriture, le son et le code informatique. Le déroulé est le suivant : les participants sont d'abord invités à une déambulation littéraire, au fil de laquelle ils lisent eux-mêmes à voix haute des textes sélectionnés à partir d'un thème. Il s'agit de découvrir ou de redécouvrir un espace (quartier, bâtiment...), des textes, des auteurs et le groupe en lui-même. Sans doute est-il alors déjà question de commencer à mesurer l'effet que tout cela produit sur soi. Cette lecture est enregistrée au fil de la balade : aux textes se mêlent des éléments sonores, pluie, bruits de voitures, etc, ce qui n'est pas forcément anodin, permet de matérialiser un premier lien.




Le deuxième jour a lieu l'atelier d'écriture, puis la création du site web. Nous proposons un ou plusieurs exercices en fonction de certains des textes lus la veille. Ainsi, à Strasbourg, lors du récent festival Les Racontars du numérique, avons-nous invité les participants à écrire à partir d'un passage de Bougé(e), d'Albane Gellé dans lequel elle « résume » sa vie amoureuse depuis l'enfance en concluant presque abruptement par la recherche d'un lieu où vivre avec celui qu'elle surnomme son « immense love ». Le thème proposé, le lieu des commencements, a permis tout aussi bien aux participants d'extrapoler (réinvention de sa propre naissance), d'interroger la langue et la frontière (évocation d'un voyage), que de convoquer le présent (la première Nuit debout avait eu lieu la veille à Strasbourg, l'auteur du texte y avait assisté). Autant de façons de s'emparer du thème pour parler ou non de soi, de se libérer d'une forme a priori autobiographique pour, peut-être, évoquer les enjeux qu'il soulève de façon moins clairement identifiée mais résolument personnelle. Il me semble que la marche et le partage, la veille, tout comme la réalisation par les participants eux-mêmes du site après l'atelier d'écriture, concourent à cet allègement. Ce site, dont la réalisation est accompagnée par Joachim Séné, écrivain et informaticien, est conçu comme un prolongement de l'atelier. Il inclut les textes lus lors de la déambulation comme ceux des participants, invite ces derniers à inventer un parcours, qu'il soit géographique ou par mots-clés : autant de façons de s'autoriser à écrire un récit puis à le transmettre. On entre alors en soi, écoute les autres et s'expose dans un même mouvement.

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Les photos ci-dessus proviennent toutes d'ateliers d'écriture : les trois premières ont été prises au Louvre, où j'ai animé des ateliers en compagnie de Cécile Portier, Pierre Ménard et Joachim Séné en 2014, comme on peut le voir ici. La quatrième a été prise dans le même cadre mais au Grand Palais, lors de l'exposition Bill Viola. La dernière, enfin, représente la serre du jardin botanique, où nous avons entendu le texte d'Albane Gellé.