l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres
Affichage des articles dont le libellé est Journal du Blanc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Journal du Blanc. Afficher tous les articles

vendredi 26 mai 2017

lectures audio, une extension

Je me suis longtemps désespérée, ici, de la difficulté à intégrer du son - ce qui m'avait cependant permis il y a quelques années de faire la connaissance de Pierre Ménard, rencontre précieuse. J'avais par ailleurs un compte Soundcloud ou tout ou presque était passé en "privé", destiné à mon unique usage, et que je n'allais plus consulter.
Pourquoi n'avoir pas fait la jonction ? Mystère.

Mais bref. Ayant dû, pour L'aiR Nu, aller m'intéresser à nouveau à cette plateforme, j'en profite aujourd'hui pour ouvrir les fenêtres, secouer les tapis, rafraîchir les données. Le lien vers mon compte Soundcloud se trouve désormais à droite de cet article, comme les livres. 
Ce qui concerne les lectures audio de mes textes et s'est au fil des années tapi dans l'ombre, va retrouver une place. Ainsi, j'avais enregistré pour moi le début du Journal du Blanc. Je le passe en "public" aujourd'hui même si la fin, on le verra, comporte un blanc justement, un arrêt, une hésitation, s'il faut pousser le volume pour l'écouter et que je lis un peu trop vite. Le voici : 


J'ajoute également ici et sur le compte le beau montage que Pierre Ménard (avec qui je partage aussi quelques images du Blanc, mais c'est une autre histoire...) avait fait sur Liminaire à partir de ma lecture de Cowboy Junkies. L'idée est de rassembler ce qui s'est éparpillé, disséminé, ne retrouve plus facilement, et ce que je n'ai pas encore utilisé. 


Quelques lectures 36 secondes pourront également faire leur apparition sur ce compte tout comme sur celui de L'aiR Nu, remis à jour par la même occasion, mais ce ne seront pas forcément les mêmes...
Que dire de plus ? Bonne écoute ? Bonne lecture ? Les deux ! Et à bientôt, j'espère.

samedi 6 février 2016

une semaine à l'hôtel



















Il y aura donc eu, dans la ville du Blanc, une chambre d'hôtel pour m'accueillir du dimanche au vendredi, une chambre sur rue dont la fenêtre donnait sur la boutique d'un opticien et la porte sur le couloir menant de la réception à la salle du petit déjeuner. 
Bruits de circulation jusqu'à 21 heures, peut-être, reprenant tôt. 
Rares pas au-dessus de la tête.
Longues discussions, parfois, du patron dans le couloir. 
Un seule apparition du chien de la patronne, qui ne vit que par et pour elle.

Une chambre deux étoiles avec lit à couette blanche, énigmatique chauffage, énigmatique lampe au-dessus du lit commandée tout spécialement au fabricant pour ne pas, chaque fois qu'on l'allume, abîmer le papier peint par frottement d'un cordon. Conçue, donc, pour cacher son interrupteur de façon si habile que les clients la croient cassée, ce qui oblige au patron à renouveler sans cesse ses explications (il explique aussi le chauffage. Je crois que ça lui plaît). 















Une chambre avec wifi obtenu grâce à l'obtention de deux tickets simultanés à la réception (Un par appareil. "Vous avez combien d'appareils ? Euh, trois, mais deux ça ira très bien") pour une durée de cinq jours. Le sixième jour, ça fonctionnait encore, j'ai pu terminer sur Facebook la petite extension au Journal du Blanc appelée #viedelhôtel que je copie ici, agrémentée de commentaires en italiques : 

Lundi. L'enseigne rouge en forme de lunettes de l'opticien clignote (vue de la fenêtre). Ça s'agite dans le couloir (entendu par la porte). Après six heures d'atelier au lycée du Blanc sur le fait divers, je voulais écrire la vie d'une semaine à l'hôtel, développer un peu sur mon blog mais pff, la voilà ici en trois lignes...
(demain, peut-être ?)

(voeu pieu)

22h. Parfois plus aucune voiture ne passe. Nous devons être deux clients. Que faire de ces moments de pur silence ? J'essaye de comprendre le fonctionnement du chauffage (mode jour, mode nuit, reste froid : parce qu'il ne fait pas froid ?)


Mardi. 21h. Le patron fait la conversation dans le couloir. Le temps de l'écrire on entend des pas qui s'éloignent. Le chauffage fonctionne (le patron a montré comment s'en servir après avoir vu traîner une couverture sur le lit). Discret pique-nique dans la chambre. Y a-t-il un autre client dans l'hôtel ? Un bruit d'eau incite à penser que oui, finalement. Dehors, Le Blanc la nuit : raréfaction de la circulation.

(seconde journée d'ateliers, donc : après avoir fait intervenir hier des personnages secondaires, censés éclairer le passé d'un père qui a enlevé son enfant et l'a séquestré pendant trois ans, d'une mère qui n'a mystérieusement pas porté plainte avant plusieurs mois, avec les élèves nous sommes entrés dans l'appartement où l'enfant a été retrouvé)

 













Mercredi. 8h. Unique cliente au petit-déjeuner. Hier, soir il est tombé des cordes : conversation avec le patron, qui part ce matin et s'inquiète du moment où faire la chambre. Bah, ne pas la faire, telle est ma réponse. Mercredi : c'est jour off pour tout le monde.

17h. Du bar du théâtre qui jouxte l'hôtel du même nom (pas de théâtre, une télé qui diffuse des courses de chevaux, une photo géante du Café des amateurs, à Barbès, au mur) (téléphone : Nord 23-92) j'écris à Maria, ma lectrice slovaque.

(entre temps j'ai fait un tour dans la ville haute. Cf mon article précédent)

18h. Sortant de la maison de la presse (achat de timbres pour la Slovaquie), laquelle m'apprend comme toujours les potins qui comptent (Renaud rajeunit grâce à la chirurgie esthétique), je découvre au bout de la rue un camion de pompiers qui clignote. Le bout de la rue, c'est celui de mon carré-rectangle : logis du gardien / cinéma / palais de justice / Institut de beauté qui fait aussi hôtellerie. J'avise le gendarme qui barre la route : fuite de gaz à Secrets de Brenne ! (J'aurais dû dormir là, au départ). Le gendarme n'est pas affolé du tout. Je repars poster ma carte pour Maria.

(diable, n'a-t-on pas frôlé le fait divers : si j'avais préféré Secrets de Brenne à l'hôtel, ne serais-je pas morte asphyxiée ?)

20h. Drame : le restaurant thaï est fermé. Pique-nique en chambre, suite (car le restaurant thaï est le seul restaurant)

(on le voit : le drame, comme la vérité, est ailleurs)



















Jeudi. 8h. Avant-dernier petit-déjeuner à l'hôtel. Dans la salle, au petit comptoir derrière lequel se trouvent les théières et tout le reste, deux femmes (des amies, pas des clientes) discutent avec la serveuse, parfois tout bas. Pour que je n'écoute pas ? On voit ici que je n'ai rien suivi, rien noté, rien retenu.

(juré)

16h28. Dans l'hôtel déserté (souvenez-vous, le patron est parti), munie de ma tasse personnelle et d'un sachet de thé, je pars en quête d'eau chaude. Objectif suivant : récupérer un nouveau code wifi, le mien arrivant bientôt à expiration - le patron, dimanche soir, a appuyé sur une sorte de machine enregistreuse qui a craché un ticket, lequel n'est valable que cinq jours (Rappel : il y a deux jours, j'ai détraqué le chauffage).

16h38. Humiliée par la bouilloire découverte derrière le comptoir de la salle du petit déjeuner, laquelle refuse de bouillir quoi que ce soit.

16h44. Un grincement à l'étage du dessous. Je ne suis donc pas le seul être vivant de cet immeuble.

17h19. Tout s'arrange. Des voix dans le couloir. La bouilloire est effectivement en panne, je n'ai rien cassé. Code wifi ok. Ce journal de la vie de l'hôtel pourra donc se conclure comme prévu demain matin.

23h10. Télé : Gillian Anderson dans The Fall. Dernière nuit à l'hôtel. Demain, l'atelier débute une heure plus tard que d'habitude. Aujourd'hui, on a commencé à toucher au coeur du fait divers - et je me demande : est-ce bien raisonnable de regarder The Fall à cette heure ? (un serial killer jeune papa, etc.)

(rentrée à Paris, je réalise que cet épisode, devant lequel je me suis endormie, est le premier de la deuxième saison de la série, que j'attendais de voir depuis des mois)

   

















Vendredi. 8h33. Bye bye l'hôtel. Pour avoir la suite du feuilleton, il faut m'inviter, maintenant ! (Lectures, conférences, projections, ateliers, que sais-je... raconter des histoires horrifiques aux lycéens, faire des photos de la ville, tout ça... N'hésitez pas)

(et en effet, n'hésitez pas : je cherche vraiment à renouveler l'expérience. Découvrir des lieux nouveaux, se sentir bien accueillie et comprise, c'est déjà très beau. Ici, au Blanc, c'est de compagnonnage qu'il s'agit maintenant, puisque je reviens régulièrement. J'ai eu la grande joie de retrouver des élèves que j'avais déjà eus en atelier, de travailler avec les mêmes enseignants. Arriver, poser ses valises, parler de son travail ou de celui des autres, lire, faire écrire, c'est bien. Mais revenir, tisser des liens, partager des souvenirs... Une confiance réciproque naît, je crois, qui nous porte, nous fait avancer. Grand merci à tous, donc, et j'espère à bientôt)

mercredi 3 février 2016

Retourner dans la ville haute

Une semaine d'ateliers d'écriture au lycée du Blanc six heures par jour sur le thème du fait divers, c'est intense. Je voulais écrire un peu longuement ici, n'en aurai pas le temps. Aussi, je poste seulement quelques photos prises ce matin, mercredi de pause, en montant à la ville haute - la mienne a disparu, j'aime visiter les autres.


D'abord, de l'hôtel du Théâtre traverser la place (c'est jour de marché), se rendre jusqu'à la Creuse et passer le pont.
Pendant que je marche je me souviens : sur la place, ah oui c'est vrai, le charcutier traiteur est mort, sa boutique est restée fermée. Le café du Centre n'est pas plus ouvert mais c'est parce qu'il est en travaux : terminées, les banquettes vertes dans lesquelles s'enfoncer en demandant le code du wifi ? Sûrement. Il faudra revenir pour connaître la suite. Le store du coiffeur, lui, cache toujours au revers la mention poissonnier
Près du pont, long défilé de camions au bord de la Creuse, j'avais oublié. Grimper ville haute, c'est d'abord s'en éloigner.






























  (là où entraîne l'impasse du Paradis)

Ensuite, quand on descend, à condition de bifurquer un peu sur la droite, d'emprunter quelques marches, on tombe sur ce mystère :


En bas, retour à la Creuse, aux camions, au pont, à la place du marché. Devant la vitrine d'un marchand de chaussures, je découvre à côté d'une paire de charentaises des chaussons de camouflage que je n'ose pas photographier mais qui me fascinent.


J'aurais aimé raconter la vie à l''hôtel pendant une semaine, le fais en trois lignes sur Facebook ; proposer un article, aussi, sur ces ateliers qui se passent si bien. Peut-être plus tard ? 
Ces quelques photos, disons que c'est un épisode du Journal du Blanc, lequel en est resté à sa forme première, sur blog, n'a pas vu le jour autrement alors que je l'avais augmenté. D'une certaine façon, dans ce billet, c'est encore un peu d'écriture invisible qu'il s'agit.

jeudi 20 novembre 2014

LVIR #8

Il y a des jours où je me dis qu'il vaut mieux aller nager qu'entamer ce billet de blog énervée ou inquiète, et j'espère que pendant les longueurs une ou deux choses vont s'arranger. Parfois ça arrive. Alors je ne poste ici que ce qui avance, permet d'avancer, faisant abstraction du reste, pourtant présent bien sûr. 
Ai-je raison ou tort ? 

Ciel ? Terre ? Jouer à la Marelle, lancer un caillou, sauter par-dessus les cases ?



Après quelques brasses arrive par Twitter ce lien d'un universitaire de Montréal, Marcello Vitali-Rosati vers un article qu'il consacre à Laisse venir. Il y est écrit : La Littérature ouvre une voie/un passage afin de structurer le monde. Si Google maps est un outil qui risque de devenir la structure architecturale de notre monde (la seule, la vraie), la littérature est un geste de réappropriation : l'écriture de Pierre Ménard et d'Anne Savelli produit autrement l'espace entre Paris et Marseille, de sorte que Google ne soit pas le seul à le structurer. Car l'espace est une série de relations entre objets, des relations que nous créons en habitant cet espace même. Et l'écriture est justement une production de relations. 
Ou encore, à la fin du billet : La rencontre avec les autres et la superposition de plusieurs voix est très présente dans les textes d’Anne Savelli. Une fusion de voix, un texte multiple, un je qui devient tu, un parler qui devient laisser parler. 

Comme d'autres, je m'inquiète de savoir ce qu'on peut comprendre de mes derniers textes - et des prochains, nécessairement. Ce "laisser parler" que Marcello Vitali-Rosati perçoit, à l'oeuvre dans Laisse venir en effet, je suis heureuse qu'il le remarque : alors que j'aurais pu me contenter de décrire des souvenirs ou d'effectuer un tracé logique d'une ville à l'autre, j'ai voulu tenter autre chose, laisser le présent de l'écriture, ses obsessions, ses distorsions traverser le texte. Je n'ai pas pu faire autrement, d'ailleurs : des strates composaient le voyage, de temps mais aussi des mouvements intérieurs, des tiraillements, des questionnements dont je voulais restituer le niveau de complexité. Qui me parle, au moment où j'écris ? Comment agissent les livres lus, la vie personnelle, la déambulation dans Street view, la fiction que les images proposent, les réminiscences, les oublis ? Que faire des réflexions que je peux mener de mon côté sur le personnage ou le décor dès lors qu'elles tapent à la porte, s'invitent dans le texte, insistent ? Faut-il les écarter pour ne suivre qu'un fil ? Et lequel ? Peut-on, dans ce type de projet, ne suivre qu'un fil ? Est-ce intéressant ? Et comment Laisse venir traverse-t-il, de son côté, le présent de l'écriture ? Elles se sont imposées, ces strates, sont devenues le véritable cheminement. Faire virtuellement le trajet Paris-Marseille, si virtuel signifie "qui n'est qu'en puissance, qu'en état de simple possibilité" et/ou "qui comporte en soi-même les conditions de sa réalisation : potentiel, possible" (définitions du Larousse) c'est s'ouvrir à tout ce qui peut constituer le voyage, oui.

Nage en ligne droite pour écrits sinueux, n'est-ce pas ?
















Auparavant, avant la piscine où j'ai tenté de noyer les inquiétudes sur la vie matérielle de mes livres (et la mienne), avant la découverte de l'article également, j'ai fait quelque chose qui m'a procuré une très grande joie : j'ai terminé la relecture du Journal du Blanc, version papier des articles que j'avais postés ici au printemps, texte augmenté, retravaillé, et je l'ai envoyé à une première lectrice qui se reconnaîtra.
On passe des semaines, des mois, parfois des années sur un texte et brusquement, voilà, on s'en délivre. On fait place nette. Bien sûr rien n'est jamais fini, et même publié un texte ne se laisse pas oublier. Mais il y a un instant (ici, une minute), de légèreté, de douceur, avant les questions, voire les doutes.
Ce qui m'a inquiété, dans le JdB, contrairement à Laisse venir et à Ile ronde, c'est la trop grande facilité avec laquelle il est arrivé jusqu'à moi : jamais contente, n'est-ce pas ?! Il n'est effectivement pas très compliqué : j'y raconte surtout ce que je fabrique au logis du gardien du palais de justice du Blanc, c'est-à-dire lire, écrire, traverser les pièces une tasse de café à la main en me demandant ce que je fabrique, attendre la BOX, faire des photos, colorier les sets de table du café du Centre, animer des ateliers au lycée, aller voir le coucher de soleil. Passer des articles postés ici, avec liens et photos, à un texte "papier" qui les introduit, les précise, a modifié quelque chose cependant : le statut de ce qui n'est pas dit. 
Mais j'y reviendrai, peut-être...