l'horloge de la gare de Chartres

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mardi 15 mai 2018

Semaines #18 et #19 fatigue, exit















Semaine 18

Il y a une semaine, je recevais un coup de fil enthousiaste d'une lectrice de Volte-face porteur d'espoir pour la suite (elle transmet le manuscrit). Dimanche soir : je reçois un mail fort honnête d'une éditrice (une autre) qui n'est pas allée au bout, s'est lassée - dimanche soir, oui, autant dire que je ne m'y attendais pas. Et la semaine prochaine, que se passera-t-il ?
(spoiler : rien de plus)
Quand j'écris, très souvent, je saisis à mi-parcours quel est le thème sous-jacent du livre, caché par le sujet revendiqué. C'est encore le cas pour VF. Ce mail me rappelle qu'il faut, pour le lecteur, aller jusqu'à la fin pour le comprendre aussi, et que c'est peut-être moins évident que je ne le crois. Le texte fait plus de 450 pages, c'est vrai, il faut l'envie continue de se laisser porter (ou guider, puisqu'il y a un guide : il faut croire au principe de l'exposition).
Continuer d'écrire.
Brutal coup de fatigue, tout de même. Mais c'est bientôt l'Irlande et tant mieux si ce mail arrive ce soir, ce dimanche, et non dans une semaine.


Je repense au temps qu'a pris l'édition de chacun de mes livres : six ans pour Fenêtres, entre trois et quatre pour Décor Daguerre... C'est fou comme il faut s'acharner, chaque fois, et comme ça ne cesse pas. Au bout du compte, je le fais toujours. Entre temps, c'est désespoir (enfin non, ce n'est plus le cas), découragement (dans des délais de plus en plus réduits), comment trouver de l'argent (s'organiser, tout penser en amont, ne rien attendre), etc. Mais là, j'ai davantage de latitude, des projets, des soutiens. Et donc, surtout ne pas perdre de temps, ni d'énergie. 














Je pense à ce semainier, que je ne publierai peut-être pas en ligne avant deux semaines car dimanche prochain je serai, sauf changement d'avis, sans ordinateur. Que se sera-t-il passé d'ici là ? D'une semaine à l'autre, déjà, il me semble que ce que je raconte s'éloigne à toute vitesse tant je change d'activité chaque jour - et pourtant tout est relié.
Demain, c'est maquette à Marne-la-Vallée, mercredi et jeudi, Chartres, vendredi Dublin. 

Lundi 














Tant que j'y suis, petit retour de Dita Kepler.

Semaine 19

Je voulais écrire sur la  maquette, la venue de Joachim Séné à Chartres le 2 mai et ma semaine en Irlande, mais j'ai fait un malaise vagal en rentrant à Paris et me suis abîmée un poignet en tombant. Du mal à écrire, et beaucoup de fatigue.
Je me contente de poster ci-dessous la vidéo de Pièces détachées liée à la pièce en cours de création Exit 87, filmée à Belfort il y a quelques jours (voir mon article semaine #17)


EXIT 87 - Openvia du 3 mai 2018 from pieces detachees on Vimeo.

et quelques images de cette Irlande



























(Annestown)
en tous points semblables à celle que j'imaginais à l'adolescence, ce qui normalement ne se produit jamais
paysage où l'herbe prend l'empreinte du corps.


















Il aurait fallu raconter le ciel et la côte, mille choses, les lectures, les salles d'aéroports.
Mais j'arrête là, vraiment trop de fatigue. A bientôt.

dimanche 29 avril 2018

Semaine #17 souvenirs, oublis, futur proche


















 (horloge près de la gare de Belfort)

 Lundi, mardi Ce qui se passe ne peut pas trop se dire, encore : de très bonnes premières réactions de qui lit Volte-face, l'impression que les choses vont aller vite mais rien de fait, rien de concret encore, juste une grande joie.
Le lundi matin je vais au 100 pour rien, me suis trompée de semaine de formation. J'en profite pour regarder l'exposition en cours, écouter le silence (ce sont les vacances, il n'y a pas grand monde) ; lire, préparer les deux jours qui viennent à Belfort avec la compagnie Pièces détachées. Cette fois, je ne viens pas écrire, mais animer des ateliers auprès des danseurs pendant que se construit la nouvelle pièce, Exit 87, en lien avec le premier chapitre de Cowboy Junkies peut-être et où, en tout cas, l'énergie de la jeunesse tient une place importante.














(clin d'oeil à Thierry B. au passage)

Mercredi A la vitre du TER qui me mène à Belfort, joie très simple de laisser filer un paysage que je ne vois pas souvent. J'ai emporté pas mal de livres, structuré des propositions en sachant que les choses ne se dérouleraient pas comme d'habitude, qu'il y aurait une part d'improvisation, et tant mieux (j'ai besoin de me renouveler). Dans mes bagages, il y a aussi une playlist liée à l'année 1987 concoctée par Christophe Basterra, à qui je l'ai demandée. Christophe est "celui qui" m'a offert la cassette des Cowboy Junkies à l'origine du livre : une boucle se boucle ou plutôt, quelque chose du don se poursuit.
Les danseurs, une fois que je serai repartie, feront ce qu'ils voudront de ces titres : écrire à partir d'un morceau, les passer ou non dans l'ordre donné, établir leur playlist à eux... Pour l'instant, je les écoute de mon côté.

Retrouver la gare, ses repères, Caroline Grosjean et Magali Albespy. Découvrir la nouvelle équipe, arriver, poser sa valise, en sortir les livres.


L'après-midi, au micro, sur le plateau du centre chorégraphique, lire des extraits de textes de :

Bernard-Marie Koltès (lettre à sa mère) :
"personnellement, je reste persuadé que la vie est ce qu’on en fait, et qu’il n’est pas d’âge qui soit particulièrement malheureux - si ce n’est celui où l’on abandonne la partie - et on peut l’abandonner à tout âge. Je trouverai la vie laide le jour où je me « mettrai assis » et ne voudrai plus me relever. Pour le moment - pour moi -, vingt ans, c’est l’âge d’une grande décision ; c’est l’âge où je risque ma vie, mon avenir, mon âme, tout, dans l’espoir d’obtenir plus ; c’est l’âge où je travaille « sans filet »."

Albane Gellé Bougé(e) :
"Parce que le vivant depuis le tout début du premier jour de la première cellule
bouge. Le vivant se transforme ne reste pas dans le même état – quand il ne bouge plus il est mort.
(…)
Bouger : pas remuer les bras les jambes ni courir à toute allure ni gesticuler dans tous les sens. Non. Je voudrais dire bouger, ne pas rester à la même place pour regarder dehors (ou dedans). Pas quand je décide tiens je vais bouger ce sera dur mais allons-y. Non. Bougé(e)(s) – accepter d'être. Plutôt (on ne sait pas quand)."

Anne Dufourmantelle (Eloge du risque) :
"La vie est un risque inconsidéré pris par nous, les vivants.
(…)
« Risquer sa vie » est une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort – et survivre... ou bien y a t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ? Car le risque – laissons encore indéterminé son objet – ouvre un espace inconnu."














(ils écrivent sur un long rouleau sur ce que c'était, ce que c'est que d'avoir vingt ans et de sortir du cadre)

Jeudi Journée continue dans le studio. Je me suis constituée un petit espace avec table, chaise, sacs, livres posés sur un lutrin dans un coin du plateau que les danseurs peuvent consulter. A un moment, le matin, je me lève et vais m'allonger près d'eux. Nous voilà huit au sol. J'entends les indications de Caroline.
(aller écrire, soudain, un peu de Bruits)
Ici, tout est mouvant, lire au micro, inviter à écrire, se mettre à écrire soi, prendre des photos du cadre, des murs.














(solitude d'un instant le premier jour, à flotter entre l'inconnu et l'intime)

Le vendredi, légère, partir avec des envies, des projets de retrouvailles. Dans le train du retour, je repense, un peu rassurée, à mon erreur du début de semaine, lorsque je me figurais Belfort où j'étais déjà venue pour Diptyque : je confondais avec Besançon, également liée à la pièce. Il m'a fallu la haute horloge près de la gare pour tout remettre en place, le centre chorégraphique, le lion, les rues, le grand appartement où nous dormons...  Les danseurs, qui voyagent beaucoup, mélangent eux aussi les villes, à force.

Tandis que le paysage défile à nouveau, un passage sur la mémoire me frappe dans Corderie, de Christophe Grossi, extrait que je lirai en fin d'après-midi, à Paris, pour les 36 secondes. Faudrait-il tout noter, toujours, pour réussir à tout retenir ? Devrait-on passer son temps à tout écrire ? De mon côté, et même si la raison est sans doute un peu différente de celle du narrateur de Corderie, c'est une tentation sous-jacente, régulière, fréquente (proche, alors, d'un désir compulsif) mais qui finit par tourner court : je rate un jour, puis deux ; ce qui demanderait un long développement est résumé en une phrase, etc. Je préfère me dire que si j'oublie, c'est pour faire de la place à ce qui vient.

(il faudrait écrire, pourtant, cette joie renouvelée de travailler avec les danseurs, les moments de grâce, le sentiment de privilège)
















 
A Paris, je découvre le dernier numéro de Espace(s), la revue littéraire du CNES, auquel j'ai participé grâce aux éditions de l'Attente et à Eric Pessan. Je rêvais depuis des années d'écrire dans cette revue et voilà qui est fait, brusquement !



















S'y trouvent les minutes [00:00] et [00:01] de Bruits. Pas trop envie de les relire de près, me doute qu'elles évolueront une fois le livre écrit mais tout de même, quelque chose apparaît, comme un début de collection.
(collectionner les minutes, les photos d'horloges comme auparavant celles des fenêtres : pas très étonnée d'avoir, il y a peu, lu Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli attrapé au vol, sans réfléchir, à la bibliothèque Villon)
(et tant que j'y suis, parmi les fantasmes : expérimenter l'apesanteur, se rendre à Los Angeles, naviguer vers les pôles, se tenir à la lisière d'un grand désert)


*
La semaine prochaine, il y aura quelques retours (à Marne-la-Vallée, à Chartres avec Joachim Séné) avant un départ pour Dublin (autre lieu rêvé !)

dimanche 18 mars 2018

Semaine #11 faire


Dimanche Lafayette Anticipations, donc, ses paillettes partout, sa boutique ridicule (on y vend des stylos quatre couleurs savamment disposés) mais aussi cette vidéo sur deux étages, The silence of the sea, qui me donne une idée. Je note. Ecrire c'est potentiellement faire main basse, embrasser, étrangler, n'avoir d'avis sur rien, se débattre, déformer, faire sonner, refuser, pétrir, secouer, empoigner, caresser, lâcher...
Je suis d'une humeur massacrante au retour, ce qui n'a rien à voir avec cette sortie ni même avec l'écriture. Qu'en faire ? Quelque chose. 












(pas ça, du calme)
Structurer, organiser davantage ? (déjà que) S'en demander plus ? (encore ?) Où se trouve la clé quand on se sent dépossédé, passif devant ce qui arrive ?
Explorer. Explorer encore. Expérimenter, car là il y a à faire, c'est-à-dire oser, rater, s'exposer, accorder sa confiance... Et trouver de l'aide, ne pas rester seul-e.
A bien y réfléchir, je me suis toujours arc-boutée contre ce qui me faisait violence (hiérarchie, chantage affectif, peur, mépris de classe, sexisme, jusqu'aux horaires fixes et toujours les mêmes ce qui m'a empêché, et à jamais, d'avoir une vie professionnelle "normale", pas étonnant si Bruits est minuté) : ça ne risque pas de changer, me dis-je, et ça me rassure.
Explorer est plus souple, cependant, plus énergisant.
Penser aux danseurs, s'en inspirer. Penser à ce qui vibre. A ce propos, ce que nous avons fait dimanche grâce à Magali Albespy, ce moment de danse, de musique, de partage, de lecture appelé INO peut être écouté en ligne



















Lundi Nage de 7 à 8h. Dans le métro, la passagère à mes côtés est très énervée, tendue. Moi non. Elle ne me transmettra rien. Pourtant je n'ai pas fait une nuit complète depuis combien ? On ne compte plus. Dans mon sac, comme souvent, deux livres car je ne sais lequel choisir : tant pis pour le mal de dos. Or il se trouve que















sans le faire exprès, j'ai pris deux Yoko.
C'est la Yoko de Christine Jeanney qui m'inspire. C'est Christine Jeanney et son écriture. A cet instant, dans cette fatigue, sur le siège du métro près de cette femme qui soupire, s'agace, je me sens entourée, calmée, bercée, prise dans les bras par le livre, qui m'y inclut (me voilà dans le texte, oui) même à ne pas tout saisir.

Christine Jeanney écrit :

"Y.O aime la musique des bruits et celle des silences : John Cage dit que l'artiste n'est pas une sorte d'humain spécial ; il dit que chaque humain est un artiste spécial ; qu'il faut accepter le chaos, les glissements, les chutes, les grincements, les sifflements, les écouter ; et elle le pense aussi.

Elle collecte les bruits (action de recueillir des dons, du latin collecta, participe passé de colligere, ramasser, relever ; quête, réunion, assemblée des fidèles avant le départ en procession vers le lieu de célébration, une prière, oratio ad collectam : d'où le nom de collecte).

Elle dit qu'il faudrait collecter les bruits en les laissant entrer en soi par la mémoire ; se les remémorer, les déplacer en soi à l'intérieur et, quand ils sont tous réunis, y mettre du désordre (COLLECTING PIECE, automne 1963)

Pas forcément les bruits qui ont un sens, pas forcément ceux qui déclenchent des images fortes (sirènes d'ambulance, coups de feu, avalanches, pleurs, rires, hoquets et cris). Plutôt les autres bruits, les bruits fragiles, ceux qui n'ont pas la grâce, les anodins, les anonymes."

John Cage, déjà la semaine dernière, n'est-ce pas...













Mardi La ville serait une maquette de Legos blancs, on y adjoindrait des bruits de neige, des paroles de passants. Des lycéens autour écriraient des haïkus. Je serais là, assise, à tenter de faire de même sans intervenir. Bruits à l'Université de Marne-la-Vallée, le parcours miniature de mon personnage inventé, voilà comment tout commencerait.
Nouvelle extension du projet (j'en reparlerai). Ne jamais se décourager. Ne s'inquiéter de rien.
Je sors de sa cachette un carnet géant à mes initiales, fabriqué par mon beau-père (celui qui a dessiné les cartes de Décor Lafayette) il y a bien vingt ans, auquel je n'ai jamais osé toucher - couverture rouge, initiales dorées, voyez. J'époussette, je scotche ce qui, depuis le temps, s'est un peu déchiré. Je pose à plat, sous presse, pour qu'il reprenne forme. Je sais ce que j'en ferai.
En attendant, de retour de Noisy-Champs c'est un peu n'importe quoi, acte manqué de qui candidate à un appel à projets, clique sur fermer au lieu d'enregistrer après avoir longuement répondu. C'est qu'il doit y avoir du pain sur la planche par ailleurs, sans doute.
Le soir, veille de retour à Chartres, mise en ligne de la première "minute" de la résidence :




Mercredi Journée à Chartres. La lecture du Yoko Ono de Christine Jeanney m'accompagne dans le métro, dans le train, partout. J'enregistre le silence du cinquième étage de la médiathèque, retrouve ses recoins ; déjeune seule et tranquille dans un salon de thé ; tente d'acheter une bonnette à la Fnac pour mon enregistreur (égaré la mienne dans le parc de la Vallée aux Loups), peine perdue ; cherche à écrire dans la salle d'exposition de la librairie, qui présente donc des photos de jazzwomen and men prises par Jean-Pierre Leloir ;


















achète Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle (à partir des travaux de laquelle Claire Lecoeur s'apprête à faire écrire) ; visite la cathédrale mais n'y vois, ni perçois presque rien à force de chercher à faire des photos et du son ; entends fuser des insultes sur le parvis, désuètes, réelles, inopérantes ; reprends le TER. Comme à l'aller, fascinée par la banlieue au soleil (je crois que la maquette agit sur mon regard), je me laisse happer par les juxtapositions, les reliefs, la perception des dimensions.



















Jeudi, vendredi Tout à coup, la relecture de Volte-face se met à battre son plein. Je trouve le temps, tout de même, d'enregistrer et mettre en ligne les 36 secondes, liées à l'Exquise Louise d'Eugène Savizkaya que tant de gens aiment. Mais sinon, à peine casé une séance à la piscine : me revoilà en 1944 avec Norma Jeane à l'usine, en 1945 sur une plage californienne, etc. Pour le moment, le travail va plus vite que prévu, ce qui me surprend. Je commence à dessiner, comme du temps de l'arbre de Décor Daguerre, mais cette relecture finit par dépasser le plan de l'exposition que j'esquisse : continuons à avancer, donc !
Sur Facebook, j'ouvre avec plaisir un dossier photo consacré aux autres femmes du livre. Il y en a évidemment de très connues (Lauren Bacall, Ingrid Bergman) mais également d'autres, telle Bunny Yeager (ci-dessus), passée de pin-up à photographe, qui a contribué à la célébrité de Bettie Page, ou encore l'étonnante Mabel Normand. Ce livre est plein d'hommes (les photographes), plus encore de femmes. 


Côté son, il y a du neuf à écouter, puisque la deuxième émission consacrée à la résidence à Chartres est en ligne sur la page de la radio, avec pour invitée Magali Albespy. On y entend, à un moment, ce très beau duo qu'elle fait avec Caroline Grojean, où elles improvisent autour de la chanson River of no return... de Marilyn, surprise !

J'ai justement Caroline au téléphone au retour. Nous parlons d'une future collaboration autour du nouveau projet de Pièces détachées, Exit 87, dont le point de départ est le premier chapitre de Cowboy Junkies. Cette fois, je n'écrirai pas mais proposerai aux danseurs de le faire, sans doute en expérimentant de nouvelles façons d'"animer" un atelier d'écriture - joie de faire autrement, de changer, et de retrouver l'équipe le mois prochain.

Radio, suite : l'émission Variations Mozart de Philippe Aigrain, invité par David Christoffel pour sa "radio parfaite", diffusée dans le cadre du festival Printemps des Arts de Monte-Carlo, est également en ligne. J'y ai contribué en déambulant le long de l'avenue Mozart et en demandant aux commerçants de me parler de leur boutique... Clin d'oeil à Daguerréotypes, bien sûr, mais également à L'aiR Nu (nos locaux ne sont pas loin) qu'on peut entendre au début, avant des contributions de Virginie Gautier, Mathilde Roux et Benoît Vincent. On s'est bien amusés, je crois qu'on peut le dire !













 
Samedi Après un rendez-vous manqué lié à Marilyn (partie remise, j'espère), me voilà au salon du livre pour parler, en compagnie de Pascal Jourdana, des livres numériques de la Marelle. Les tablettes se présentent sous une cloche de verre, ce qui ne manque pas, sur le moment, de me faire un certain effet subliminal (pour le comprendre, il suffit de se rendre ici).
Comme Pascal le rappelle, Laisse venir, écrit avec Pierre Ménard, a été à l'origine de la maison d'édition de la Marelle. Avec Pascal et Fanny, que je connais depuis longtemps maintenant, nous aimons beaucoup travailler ensemble, espérons poursuivre nos aventures - je voudrais écrire sur un cargo, pour tout dire ! Dans le métro, je relis des passages d'Anamarseilles, me dit qu'il faudrait faire vivre tout cela encore un peu plus.

Dimanche Je commence la journée par regarder Trois hommes sur la photo, un documentaire lié à la photo la plus célèbre de Jean-Pierre Leloir, celle qui réunit Brassens, Brel et Ferré. Ensuite ? Ce semainier. Puis retourner à Volte-face...

*

La semaine prochaine, nous fêterons les dix ans de publie.net mardi soir (voyez donc la belle affiche ici), puis je me rendrai au festival Littérature au centre de Clermont-Ferrand.

dimanche 14 janvier 2018

Semaine #2 hommages








 
 
Si j'écris vraiment ici chaque semaine, je ne vais pas pouvoir taire très longtemps le projet qui suivra le Marilyn d'ici peu (avec St Germain déjà évoqué la semaine dernière) : une sorte de roman du bruit. Alors, premier jalon, ce passage de Faubourg Montmartre (à regarder en plein écran), film de 1931 vu à la cinémathèque il y a quelques jours, dans lequel il est question de charivari, avec Gaby Morlay et Antonin Artaud en guest star : le roi du bruit, c'est lui


Jour où l'on apprend également la mort de France Gall, dont la déclaration me renvoie à une scène de La Femme d'à côté de Truffaut à laquelle je pense chaque fois que des paroles de chanson française résonnent sans avoir été convoquées :




déclaration qui se trouve dans Décor Daguerre, comme d'autres chansons de la mi-décennie 70. Nous n'écoutions pas de variété à la maison, ce n'est donc pas de nostalgie qu'il s'agit. J'ai toujours pensé, comme Mathilde dans le film, que les chansons, bêtes ou non, peuvent exprimer une vérité inconsciente. Ce qui ne m'a pas empêché, dans Cowboy Junkies, de ne pas les traduire exprès, l'idée étant de faire apparaître, non ce qu'on cache et parle à notre place quand on se prend à le fredonner, mais des images mentales.
(Marilyn dans les Misfits, par exemple, on y revient)













A propos de Cowboy Junkies, Sébastien Rongier n'avait pas tort, l'autre soir, à la Maison de la poésie, de dire que le livre pouvait se concevoir comme un pivot. Ca m'a un peu étonnée sur le moment, mais en fait... Exit 87, la prochaine création de la compagnie Pièces détachées, part un peu, je crois bien, de sa lecture. Caroline Grosjean avait déjà utilisé le texte comme support pour un travail précédent, ex/tensions Cowboy Junkies. Je ne connaissais pas encore l'équipe, à l'époque, me souviens de l'émotion à découvrir la petite vidéo témoin...
Et donc, 2018 verra donc aussi le retour des CJ ici ou là. Caroline m'a proposé d'animer cette année des ateliers d'écriture pour les danseurs, et j'ai dit oui bien sûr. Tout ça m'a donné une idée pour écrire (ce qu'elle ne m'a pas demandé. Au lieu de l'indiquer ici de façon assez vague, il vaudrait mieux que je le note, d'ailleurs !).













 

Et quand on commence, quand on déroule un fil...  Mon  nouveau projet s'appelle Bruits, tout simplement. Un échange de mails avec Magali Albespy, la danseuse de Pièces détachées, ce lundi, à propos d'autre chose (mais allez savoir, en réalité) me permet d'aller écouter et regarder ceci (venez voir, écouter vous aussi).
Je découvre également ce même jour une vidéo sur Facebook postée par la réalisatrice Nurith Aviv (la cadreuse de Daguerréotypes !), hommage à une écrivaine que je ne connaissais pas, Ronit Matalon, laquelle parle de sa langue, l'hébreu, de manière passionnante. Son roman le plus connu ici s'appelle Le Bruit de nos pas. Voilà le premier livre que j'aurai acheté en 2018.















Le lendemain je rejoins Magali pour une séance de trois heures dans une salle de répétition. Se dessine la promesse de nouvelles explorations, de recherches, d'expérimentations régulières. Je n'en dis pas plus pour le moment mais je suis très enthousiaste, très heureuse de cette ouverture. Travailler avec des danseurs, des musiciens, des informaticiens, une céramiste, des plasticiens : quelle chance j'ai !
La journée se poursuit par la création d'une playlist bruitages / lectures pour la Nuit de la lecture de la Vallée aux Loups en partie concoctée par L'aiR Nu, le samedi 20 janvier, dont voici le programme des réjouissances. Enregistrer, bidouiller dans Audacity : j'adore ça (penser à ajouter une bonne résolution pour 2018 : se former mieux au son).
Et donc : Marilyn est dans les choux depuis plusieurs jours, mais les journées ne font que 24 heures...













et il faut établir des devis, répondre aux mails, relancer, organiser les prochains mois. C'est une bonne partie du travail, souvent la plus importante.



















Le jeudi 11 c'est la soirée à la librairie Charybde, rue de Charenton, orchestrée par Gilda Fiermonte. Je poste cette photo d'Isabelle Delatouche pour dire la grande complicité qui me lie à Gilda depuis des années, au gré de nos pérégrinations mutuelles (et merci à Isabelle pour le regard qu'elle pose sur Décor Daguerre et qu'elle m'a fait partager).
Avant la lecture, je suis invitée à passer, dans la même rue, au vernissage de l'exposition de Public averti, un collectif d'artistes créé par Laurent Herrou et Pauline Sauveur qui présente à la galerie Graphem des  photographies de Michel Barrière et Vincent Labaye jusqu'au 4 février. Je ne reste que quelques minutes, évidemment occupée de la soirée à venir et de ce que je vais y lire, mais l'accueil de Laurent et Pauline est très chaleureux, donne envie de suivre cette expérience particulière qu'est l'exposition dans son ensemble, intitulée Ce qui reste_Mitä Jää.














Le vendredi c'est la reprise des 36 secondes sur L'aiR Nu avec, bien sûr, un hommage à POL et à ses auteurs. L'après-midi je me rends à la bibliothèque Desnos, à Montreuil, qui en a fait tout autant. Nous envoyons nos voeux à Maria, à Bratislava, je découvre que "mon" sous-sol a muté, s'est doté de nombreuses cloisons puis je repars joyeuse, comme à chaque fois.




















Et l'écriture, là-dedans ? Pas d'autre écriture cette semaine que celle des mails, de cet article, de mon journal et de ce que je griffonne pendant l'atelier de la Vallée aux Loups le samedi. Pas d'autre lecture que celle des textes enregistrés pour la fameuse "nuit" à venir. J'écoute Julien Maret, dont j'aime tant Rengaine et Ameublement, sur France Culture, ainsi, grâce à un lien de Guillaume Vissac, qu'une fiction de Yoko Ogawa dont l'héroïne a des problèmes d'audition (tiens, tiens...).
Yoko Ogawa fut ma découverte de 2017, ce qui m'a conduite à écrire cet article et à enregistrer cette lecture pour L'aiR Nu, par exemple :



(penser à cet article que je veux écrire sur Ella Maillart pour Bookwitty, cet autre sur Virginia Woolf)
(lire plus, sur tout)











Enfin, le samedi soir il y a, bien sûr, l'hommage rendu à Philippe Rahmy à la Maison de la poésie, soirée orchestrée par Sébastien Rongier, magnifique d'intelligence, de coeur, d'humour, de force. Les textes de haute volée, gravité, légèreté mêlées, les photos, les voix, les propos : tout donne envie, en sortant de la salle, de courir continuer à écrire. Aussi, un très grand merci à remue.net, à tous les intervenants.
(ah, je mets ce petit lien, tiens, et cet autre)



















Sur ce, retour à vous savez qui (il paraît par ailleurs que le Général Instin a été vu avec la chevelure de Marilyn : j'attends ça de pied ferme !). La semaine prochaine, nous irons également faire un tour à Chartres, puis à la Vallée aux Loups.
Bonne semaine à tous.

*

photos : Joachim Séné pour la Nuit de la lecture à la Vallée aux Loups, Inge Morath (Marilyn qui danse), moi (le métro aérien, l'horloge), Eve Arnold (Marilyn endormie), Isabelle Delatouche (Gilda et moi), remue.net et la maison de la poésie, Lawrence Schiller (Marilyn sortant de la piscine).

mercredi 26 avril 2017

Diptyque revient

 
Si vous habitez Besançon, je suis heureuse de vous l'apprendre : Diptyque sera joué au le 4 mai à 20h Théâtre Ledoux. Attention, la jauge est limitée et les réservations se font uniquement auprès de Anne Bouchard : anne.bouchard@les2scenes.fr 
Pour ma part, j'y serai, très contente d'assister de nouveau à la représentation et de retrouver toute l'équipe de Pièces détachées, d'autant que j'arrive avec une bonne nouvelle : le texte que j'ai écrit, plus long que les fragments entendus sur scène, paraîtra le 16 novembre prochain aux éditions publie.net sous le titre A même la peau. Deux versions seront disponibles, l'une papier, l'autre numérique.

Ainsi, à partir de maintenant, Diptyque se réfère à la pièce chorégraphique, A même la peau au texte. Et pour être complète, j'ajoute que la première partie, D'ici là, devient dans le livre A l'approche, tandis que la seconde, L, est maintenant intitulée En pièces.

Et comme une bonne nouvelle ne vient pas seule, j'ajoute que d'autres projets avec la compagnie sont en train de naître... C'est peu dire que je m'en réjouis !

(photo de la compagnie Pièces détachées)

mercredi 5 avril 2017

Autre facette de 2013

Tandis que paraît Décor Daguerre, croisement de l'année 1975 et de l'année 2013, je fais du rangement dans mes archives et tombe sur ces notes prises à Besançon durant le festival Les Petites fugues à la fin de cette année 2013. Peut-être ai-je pensé à un moment les utiliser pour clore le livre, je ne sais plus. Ce qu'elles me disent aujourd'hui, c'est ce que j'ignorais alors : la présence de Caroline Grosjean dans la salle lors de ma présentation de Décor Lafayette, sa découverte de mon livre sur les Cowboy Junkies, puis notre travail commun l'année suivante au sein de la compagnie Pièces détachées.
Trois ans et demi plus tard,  alors que je retrouve ce texte, me rappelant le travail avec les danseurs, nos incursions à Belfort, Saint-Claude, Fougerolles..., voici ce qui apparaît devant moi : 
- la programmation de Diptyque au Théâtre Ledoux de Besançon le 4 mai, ville où je vais donc retourner
- la parution le 15 novembre prochain du texte de Diptyque aux éditions Publie.net sous un nouveau titre que je cherche encore
- l'invitation à participer aux deux nouveaux projets de Pièces Détachées, Exit 87 et Honeycomb.

Que se passe-t-il quand on rentre de tournée, demande le texte. Tout ce qui, invisible alors, très longtemps après finit par se dérouler. Ce n'est pas question de patience. En tout cas, elle ne suffit pas. C'est le présent du café, de la chambre d'hôtel qui comptent.













En tournée

Besançon, Iguane café, novembre 2013

Ne voir presque rien. Regarder les visages, distinguer des accents, tandis que les corps engoncés dans les pulls, polaires, manteaux, accélèrent, s'engouffrent, disparaissent en ouvrant des portes.
Passer devant le Musée du Temps, dont les arcades, la cour attirent – mais quoi, pas le temps ? Quels choix fait-on ?
Songer à ceux qui ont vécu ici, y viennent, tournent, s'en vont. Ces deux-là, au café, à la table d'à côté, parlent logement, Paris, Strasbourg. Ils sont peut-être comédiens, musiciens. Ce serait facile de les croiser ici ou là, à l'est, à l'ouest, au centre.
Une petite heure à écrire sans savoir quoi, se souvenir des montagnes de la veille, dans la nuit, des tournants, des cuisines éclairées, des décorations de Noël.
Apprendre au bout d'un moment que les musiciens travaillent pour la Croix rouge, en réalité : existences inventées des voisins de comptoirs, de bars, multiplicité des possibles qui continue d'émerveiller. Pourquoi l'écrire, ne pas l'écrire ?

Revenir au café le lendemain, la musique a changé. Continuer d'écrire dans une chambre d'hôtel sur cour et sous les toits, au bout d'un long couloir en regrettant de ne pas voir la ville, de ne rien regarder. Par la fenêtre une verrière, des façades imbriquées, du ciel, de la montagne. Les oiseaux cessent de chanter quand ils sentent le déclic de l'appareil qui cherche à capter, à figer. On entend à peine leur vol. 

Que se passe-t-il ensuite, quand on rentre ? Quand on a parlé de son travail sans discontinuer (de ce qu'on a créé, monté de toutes pièces parfois des années plus tôt), quand on a été accueilli dans plusieurs villes, fait tant de rencontres, que se passe-t-il à descendre du train, prendre le métro et ouvrir la porte de chez soi ? A-t-on envie de se jeter sur le lit, ou sur le train suivant, par difficulté à se délester de la tension nerveuse ? Ici, dans la chambre de l'hôtel au bout du couloir, tout est calme : est-ce un calme identique à celui d'une vie perçue comme ralentie une fois la clé dans la serrure ? (ralentissement, linéarité illusoires). Ici, dans le salon, c'est encore mieux que dans la chambre : une haute et large fenêtre arrondie coupe la tête des passants jetés dans un froid rapide – un couple à double bonnet gris, une brune qui regarde ici, boucles au vent. Café, silence, un peu de temps, luxe absolu.











mercredi 18 mai 2016

Diptyque, suite



















Samedi 21, dans le cadre de la Nuit européenne des musées, la compagnie Pièces détachées proposera Fragments, un programme original en trois temps, avec la chorégraphe Caroline Grosjean, la danseuse Magali Albespy et le guitariste Rémi Aurine-Belloc. On pourra entre autres y découvrir une vidéo qui permet de lire une partie du texte de Diptyque, vidéo que je pourrais montrer ici par la suite.
Tout cela se passera au musée de l'Abbaye de Saint-Claude, dans le Jura, ville où une partie de ce texte a été écrite quand nous étions en résidence l'an dernier.















J'élabore par ailleurs un projet de lecture avec Jean-Marc Montera dans le cadre d'un festival. Pour l'instant rien n'est sûr, mais l'idée de faire vivre le texte de Diptyque de mon côté, en parallèle avec le travail de la compagnie, est en train d'émerger, tandis que Caroline Grosjean a annoncé sur le site de Pièces détachées son désir de voir le texte exister sous la forme d'un livre-objet. 

Même de façon imperceptible, tout avance, n'est-ce pas ?

lundi 25 avril 2016

apparition


Tu es dans l'eau, debout et nue. Le cadrage du photographe t'a tranchée à la verticale. Il te manque un tiers du corps ou peut-être même la moitié. Il te manque un sein, le bras gauche, une cuisse, un genou, un tibia, un pied. Il t'a aussi coupé la tête, presque sectionné le bras droit.
L'eau grise est celle d'une piscine, de Jamaïque précise le livre. Elle déforme le bas de ton corps, fait dériver ton ombre qui renseigne sur le temps qu'il fait, beau, ainsi que sur ton geste hors champ : relever les bras en couronne pour soutenir la tête, posture que le photographe suggère, pose d'actrice, de mannequin, de modèle qu'il ne se permet pas, ne fait entrer dans le cadre que par cette ombre au centre, très présente mais qui reste légère. A bien y réfléchir, il y a peut-être une certaine ironie dans ce geste tombé à l'eau, qu'un coup d’œil rapide ne reconstitue pas – il faut regarder longtemps, vouloir lire l'image, même, pour qu'il daigne apparaître.
De l'ironie ? Oui, c'est possible. Mais le décalage qu'elle induit ne change rien à la beauté du corps fixé sur pellicule : l'écart ne s'impose pas, se donne pas comme tel. Ainsi le photographe gagne-t-il en subtilité, autant dire sur tous les tableaux.
Ce qu'on voit le mieux, ce qui frappe, c'est un grain de beauté au-dessus d'un téton, le nombril, le pubis.
Ce qu'on voit le mieux, je le crois, c'est le biceps du bras tronqué. A peine remarque-t-on les poils de ton aisselle qui, si on considère que ton corps est ton instrument de travail, devraient surprendre, même à l'époque. Chez toi, l'épilation est chose étrange. On ne sait que penser de ce pubis-là, en triangle écrasé par la ligne de l'eau.
Ce qui frappe, c'est ce que l'eau déforme de ton corps : la cuisse gauche, à qui elle invente un bourrelet ; la jambe qui perd de sa longueur, tout entière ramassée dans un genou en creux. À bien y regarder, et pour qui te connaît, ton ombre paraît plus réelle que ton corps. Faut-il que tu t'inquiètes ?

 *
Le texte ci-dessus est le début de L, seconde partie du Diptyque que j'ai écrit l'an passé pour la compagnie de danse Pièces détachées. On peut en entendre des fragments, lus ou chantés par les danseurs (should you worry ?) dans cette vidéo :


La photographie qui le précède n'est pas celle que le texte décrit. Il s'agit d'un portrait de Marilyn Monroe pris par Earl Moran, grand spécialiste des pin-up, à la fin des années 40. Pourquoi poster cet article aujourd'hui ? Probablement parce que, écrivant en ce moment un livre sur Marilyn dont le sujet est assez proche de celui de L (une femme photographiée par un homme, pour le dire vite), l'envie me vient de le sortir un peu de cette invisibilité dont j'ai déjà parlé ici. Parce que les deux textes commencent à se rejoindre, que des points de jonction se mettent à apparaître. Quelque chose du mouvement, et donc de la vie, s'en vient : je ne sais pas encore le nommer, mais voici.

mardi 8 mars 2016

l'écriture invisible #2

Mon premier article sur ce que j'ai appelé l'écriture invisible m'a valu un nombre de visites important, ce dont je vous remercie. Depuis, on m'a suggéré l'idée d'en faire une suite, de ne pas laisser la réflexion en suspens. Voici donc quelques pistes, pensées qui me sont venues après la vision et l'écoute de vidéos de la compagnie Pièces détachées. L'écriture invisible ne se réduit pas nécessairement à l'absence de publication. Elle peut faire également partie d'un processus artistique. 

Ainsi, la première vidéo, qui est en réalité un fichier son, permet d'entendre en intégralité le début du premier tableau de Diptyque, intitulé D'ici là (nommé, parfois, Ce corps-ci ce corps-là). Lorsque la pièce est jouée, on n'a pas accès à tout ce texte, simplement à des bribes, mêlées à d'autres passages que je ne lis pas ci-dessous. Sur scène, ce qu'on entend, c'est une re-création, choix de Caroline Grosjean, la chorégraphe, qui a pioché ce qu'elle voulait où elle voulait. 
Cette lecture de D'ici là est par ailleurs un objet unique et clos puisqu'elle a été effectuée à mi-parcours avec le guitariste Rémi Aurine-Belloc qui, finalement, est intervenu sur le second tableau, pas le premier. Pour l'instant, vous ne pouvez pas l'écouter directement ici (j'ai demandé à pouvoir le faire, intégrerai un nouveau code dès que je l'aurai). Mais en cliquant sur le lien une fenêtre s'ouvrira - et je trouve assez drôle de voir un Sorry s'afficher ainsi sur mon article, vu le sujet !
L'enregistrement dure six minutes.


AUDIO - live-A.Savelli-R.AurineBelloc from pieces detachees on Vimeo.

C'est le créateur sonore Zidane Boussouf  qui, finalement, a travaillé sur ce premier tableau. La vidéo ci-dessous permet à la fois d'entendre sa proposition et de saisir cette histoire de bribes dont je parlais tout à l'heure. Je l'ai déjà postée ici mais il me semble qu'elle prend un relief différent si on la regarde à la suite de la lecture initiale avec Rémi.


d'ici là from pieces detachees on Vimeo.

Rémi a donc finalement joué sur le second tableau, intitulé L. Vous ne pouvez pas vous en rendre compte, mais le texte de L est assez long. A l'origine, c'est même une fusée à trois étages. Premier étage (celui que Caroline a conservé mais dont elle n'a, encore une fois, utilisé que des bribes) : la description de photos ayant toutes pour sujet le même modèle, une femme vue en noir et blanc, dont on comprend qu'elle est dotée d'un physique assez exceptionnel et qui entretient avec le photographe des rapports étroits, sans qu'on puisse déterminer précisément lesquels (séduction ? rivalité ? émulation ? soumission ?). Deuxième étage : ce que je dis de cette femme hors séances. Troisième étage : l'évocation du lieu où j'écris le texte, me fondant sur un livre de photos que je feuillette. L désigne le livre.
Sur scène, dans la vidéo ci-dessous, ce qui émerge ce sont en particulier deux citations :
A bien y regarder, et pour qui te connaît, ton ombre paraît plus réelle que ton corps. Faut-il que tu t'inquiètes ? repris par Magali Albespy sous la forme chantée Should you worry ?
et
De la dérive et du contrôle, il devrait être un peu question, martelé par Vidal Bini avant qu'il ne soit censuré par Mathieu Heyraud. J'avais indiqué à Caroline que dans mon esprit, cette phrase était à peu de choses près lancée à la gueule du lecteur, mais ce fut ma seule intervention. 


L - second tableau de diptyque from pieces detachees on Vimeo.

Ce que j'ai écrit, et qui équivaut à cinquante-cinq pages de livre environ, ne peut évidemment être lu ou dit en intégralité sur scène. C'est un matériau pour la chorégraphe. Mais c'est aussi, pour moi, un texte complet. J'y tenais, j'en avais besoin. Caroline cherche en ce moment à le faire publier en intégrant sons et images, trouvant une forme qui permette de comprendre ce passage du texte entier aux bribes.
A suivre, donc.

dimanche 3 janvier 2016

D'ici là (Diptyque, premières vidéos)

Que la nouvelle année danse, je vous le demande, que désirer de mieux ?
Caroline Grosjean m'a envoyé, hier et ce matin, deux vidéos qui présentent le premier tableau de Diptyque, intitulé D'ici là. C'est avec joie et fierté que je les poste ici, accompagnées de mes voeux et du désir de continuer à écrire et faire de telles rencontres, toujours.



D'ici là c'est, de mon côté, une série de textes dont le premier a été inspiré par une proposition de la revue du même nom à partir d'une citation des Illuminations de Rimbaud avant que je n'entame ma collaboration avec Pièces détachées. J'ai ensuite écrit six textes de plus, les ai confiés à Caroline Grosjean qui en a prélevé des fragments, s'en est servi comme d'un matériau, comme on peut s'en rendre compte. 

J'aime beaucoup cette idée du texte-élément, texte dont on n'entend qu'une partie, extraits tirés de passages qui n'apparaissent pas dans l'ordre. La série des sept D'ici là obéit à un rythme très régulier, sans heurt, qui n'a plus vraiment lieu d'être lorsqu'elle devient danse. Le second tableau, L, est très différent, du moins dans l'écriture - je ne peux en dire plus pour l'instant, il me faut attendre le 9 janvier à Bouxwiller pour savoir ce que Pièces détachées en a fait !

Mon interface n'étant pas idéale pour l'intégration des vidéos, n'hésitez pas à les passer en plein écran ou à cliquer sur les liens d'ici là situés dessous pour les voir dans de meilleures conditions, et même les partager -  que 2016 soit entre autres l'année de diffusion de Diptyque all over the world, n'est-ce pas ?

Je vous embrasse, vous souhaite une année 2016 libre et vibrante.