l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 20 mai 2018

Semaine #20 bleu du ciel, écoute, numérique, cartes, atelier, traduction


















(Dublin, où le referendum sur l'avortement a lieu le 25 mai)

En milieu de semaine ce n'est pas encore la grande forme, mais le poignet se remet et je peux donc écrire. Enfin écrire... Travailler, envoyer des mails, pas écrire Bruits, qui demande trop de concentration. La fatigue physique est encore là, un tour du pâté de maison, et j'ai cent ans. 











Je ne peux pas aller à Chartres comme je l'avais prévu, ce qui ne m'empêche pas d'y penser. Du reste, ce mercredi, j'ai le plaisir de découvrir que les émissions de radio menées par Olivier L'Hostis avec Virginie Gautier en avril et Joachim Séné en mai sont en ligne sur la page que me consacre Radio Grand Ciel (les liens conduisent vers les émissions). Elles font une bonne heure chacune mais je les réécoute avec joie toutes les deux à la suite. Il est rare d'avoir autant de place pour s'exprimer.

Et puis, tiens, je n'ai pas encore dit qu'une nouvelle minute, liée au temps d'avril, était disponible :

Ni que Joachim Séné en avait fait une à son tour : 


(bientôt ce sera celui de Virginie)

Jeudi Je finis de préparer la formation sur le numérique que je proposerai à des enseignants le lendemain, la lecture de Décor Daguerre avec Mathilde Roux à la galerie Michael Woolworth qui aura lieu  le soir et l'atelier d'écriture de la vallée aux loups du samedi tout en me disant que trois activités à la fois, franchement, est-ce une bonne idée ces temps-ci ? Sur le moment, je vois les deux jours qui viennent comme un marathon et la campagne où je me rendrai le samedi soir comme un horizon indépassable. Et pourtant, tout me plaît, dans ces jours à venir. C'est simplement le corps qui voudrait se reposer.

Vendredi













 
Le matin, donc, en route pour Clichy, où a lieu une formation sur la littératie numérique que je dois animer et pour laquelle je convoque des souvenirs de la fin du XXe siècle (passage au traitement de texte, apparition du lien hypertexte, du CD-Rom, de la connexion...) et d'ancienne professionnelle de la profession (websurfeuse pour un annuaire internet, pigiste pour la presse informatique, etc) dans l'idée de poser quelques questions qui, me semble-t-il, nous travaillent toujours (celles des supports de lecture et d'écriture, de la recherche de l'information, de la surcharge de travail, de l'identité en ligne, etc.).
En guise d'introduction, je lis les premières pages de Detroit, dit-elle de Marianne Rubinstein, que l'on peut également entendre dans les 36 secondes de la semaine.












L'écoute et l'accueil sont parfaits : merci beaucoup à Florence Bordeaux, rencontrée à la Maison de la poésie en janvier, pour cette invitation. Mais vite, il faut déjà repartir. Me voilà sous un ciel bleu cru, traversant une ville en travaux que je n'ai pas le temps d'explorer - hop, hop, rentrer à Paris finir de préparer l'atelier de demain, puis rejoindre Mathilde Roux pour répéter notre lecture-projection du soir.

















Olivier Brossard, maître de conférences en littérature américaine à l'Université de Marne-la-Vallée, m'a en effet invitée à venir lire lors d'une soirée dédiée à la cartographie et l'art qui fait suite à un colloque international sur le sujet.
En fait, ce qui est drôle, c'est qu'Olivier a assisté à la lecture de Ile ronde que nous avions donnée, avec Joachim, à Bouaye, lors de ma résidence au bord du lac de Grand-Lieu : directeur de la collection chez Joca Seria, il avait accompagné l'éditeur Bernard Martin ce soir-là. Lors de la réunion à l'université où nous avons été présentés, aucun de nous deux ne s'est souvenu de cette première rencontre. Olivier s'en est rappelé quelques mois plus tard, cependant, m'a alors conviée à lire et, vu le sujet, il m'a paru évident d'associer Mathilde à l'événement.

Nous voilà donc toutes deux, ce vendredi soir, à Bastille, dans une magnifique imprimerie d'art, présentant nos travaux après avoir écouté les poètes Stephen Collis et David Herd, et la spécialiste de l'anti-cartographie Liz Mogel. Nous reprenons, en version raccourcie, la lecture-projection de Décor Daguerre que nous avions faite à Cerise en 2013, et c'est une joie d'autant plus grande que cette résidence s'était révélée assez difficile à vivre, même si cela ne m'avait pas empêchée d'écrire.

Avant de lire, j'explique au public qui sont les trois femmes dont je vais parler : ma mère, dessinatrice cartographe qui m'offrait quand j'étais enfant de quoi dessiner et écrire ; Agnès Varda, qui explore le monde depuis tant de temps ; et Maryse Hache, qui m'envoyait des cartes postales et m'encourageait. Olivier Brossard (grand merci à lui), traduit ces explications en anglais. Puis la vidéo de Mathilde alterne avec les extraits lus, ce qui me permet de la regarder. A nouveau, j'y découvre des choses.


















Si vous souhaitez un compte-rendu de la soirée, c'est facile, il suffit d'aller chez Piero Cohen-Hadria : comme il le dit lui-même, les trois quarts de L'aiR Nu étaient là ! J'emprunte du reste à Mathilde le commentaire qu'elle a mis sous une photo que j'ai postée hier : "lieu superbe, accueil superbe, intervenants passionnants, salle comble et attentive, ambiance hautement chaleureuse (on se sentait loin des prés carrés parisiens et ce fut un bonheur)". 
Bonheur, en effet, d'autant que 80 personnes, au moins, étaient présentes, anglophones ou francophones : quelque chose, soudain, s'est aéré, élevé... Ce fut vraiment un grand moment.

Samedi















Très belles heures également à la Vallée au Loups le lendemain, où nous avons enfin pu réaliser notre fantasme : écrire dans le parc. C'était mon avant-dernier atelier, quelque chose va se clore le mois prochain, il n'empêche : que ce soit là, à Chartres, à Paris ou ailleurs, quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne, tout cela forme au fond un même ensemble, rien n'est jamais séparé.



















(voici l'oloé 2)

La semaine prochaine, nous irons à la Maison de la poésie, puis peut-être à Chartres, à coup sûr à Montpellier et à Sète (et je me ferai sans doute un cadeau pour mon anniversaire, tiens, yes !, lié au voyage ou au désir de traduction, c'est décidé). 
Bonne semaine à tous.

dimanche 15 avril 2018

Semaine #15 espace-temps

(la Vallée aux Loups au printemps)

Lundi Je commence pour de bon à écrire Bruits. Les premières minutes du livre sont tout sauf paisibles, je le savais, l'ai toujours su, et ce sont bien celles-là qui viennent. De [06:00] à [06:02] (le livre commence à 6 heures du matin), trois minutes de fiction violente, voilà pour la journée. Peut-être que la douceur de Chartres, je ne la découvrirai qu'après la résidence ? Ou jamais ? Qu'importe, ce qui compte est ailleurs, dans le mouvement. 
Et puis, comment faire autrement, avec ce qui se passe ces jours-ci à Notre-Dame des Landes et dans les universités ? 

Mardi Création d'une minute (sonore, celle-là) dans la galerie marchande près du Monoprix de Chartres, destinée à ce que j'aimerais voir devenir un portrait miniature et collectif de la ville, à la fin de la résidence.


J'aimerais, oui, que les habitants participent à ce projet, créent eux-mêmes leurs minutes et qu'en juillet nous ayons une heure d'écoute à proposer aux auditeurs. Pour cela c'est simple : il suffit d'enregistrer une ambiance sonore, d'écrire un texte, de le lire à voix haute, de mixer les deux sons et de faire une photo (vous habitez Chartres ? Vous avez quelque chose à dire de cette ville ? Bienvenue !).

Mercredi Ce jour-là, c'est Saint-Ouen la ville de référence, où j'ai vécu il y a vingt ans et où le conseil régional d'Ile de France est désormais situé. Une rue Simone Veil qui ne se trouve pas sur la carte, un groupe de voyageurs qui, sorti du métro, s'y dirige d'un seul homme : de nouveaux repères pour l'audonienne que je fus. Tout un quartier se construit derrière le quartier de la mairie où je retrouve des bâtiments connus, la salle de sport qui était alors ma bibliothèque, le parking où je m'entraînais à conduire... Bruits, qui est un très gros projet, pourra avancer après l'été grâce à la convention que je signe ce matin-là. Secrètement, je me félicite d'avoir commencé à l'écrire, délaissant l'emprise du Marilyn et l'atonie secrétée par l'attente pendant qu'il est en lecture : j'évite ainsi l'impression de voler les gens...



















Jeudi Bruits, de plus, commence à vivre sa vie sans moi, puisque le 12 ont lieu conjointement à Paris la soirée de lancement de la revue Espace(s) du CNES, dans laquelle sont publiées les minutes minuit et minuit une du manuscrit, et à Chartres la rencontre avec Virginie Gautier.


(photos de Yann Dissez)

L'équipe du CNES m'a proposé de venir lire mon texte mais s'y est prise trop tard. La minute minuit reste donc au chaud dans les pages de la revue tandis que j'interroge Virginie sur ses livres, sur le rapport qu'elle entretient avec la fixité et le mouvement en particulier. Elle nous lit à la fin trois extraits de son texte en cours, lié à la marche qui l'a conduite il y a quelques mois de chez elle à Notre-Dame des Landes : il nous fait forte impression.
C'est une très belle soirée, vraiment, et je suis contente à plus d'un titre : parce que c'est la première fois que nous organisons quelque chose toutes les deux mais également parce que je n'avais pas animé de rencontre avec un auteur depuis longtemps et qu'il me semble m'en être tirée (ouf ! joie et soulagement).


Tant mieux, d'ailleurs, car le lendemain soir, c'est Joachim Séné que je cuisine sur sa relation à l'écriture, au numérique, au code, au collectif... Nous sommes à la Vallée aux Loups, dans la bibliothèque de Chateaubriand dont la disposition a changé pour l'occasion. Joachim a installé un réseau wifi interne et peut projeter sur écran des exemples de ce qu'il fait en ligne, sur son site personnel comme sur relire ou rature. Nous parlons également de L'aiR Nu, puis il lit un passage de son dernier livre paru, Equations football.
Il était important pour moi de faire entendre l'auteur, pas seulement le créateur numérique. L'écoute dans la salle est belle, le public semble découvrir tout un univers et nous le dit : on sent bien que quelque chose s'ouvre et circule, cette fois encore.














(photo de Joachim Séné)

Samedi Me voilà déjà de retour dans cette même bibliothèque, pour mon atelier mensuel. La veille, j'ai lu un extrait du dernier livre de Virginie Gautier dans les 36 secondes, et j'en parle un peu lors de cette session dédiée aux rencontres, aux voyages. Une fois de plus, et malgré le nombre important de participants, tout le monde s'écoute. C'est un atelier bien peuplé, littérairement parlant, aussi : on y entend des extraits de textes de François-René partant pour l'Amérique, d'Albert Londres de passage à Marseille, de Martine Sonnet qui arpente son Montparnasse Monde, de Jérôme Game nous livrant à la vie des aéroports (dans les 36 secondes également) et de Françoise Héritier dont le dernier livre est une ode aux rencontres.

Ecrire, disions-nous : la suite la semaine prochaine...

dimanche 25 mars 2018

Semaine #12 première(s)













 
Semaine où je n'écrirai ici sans doute pas beaucoup, car il y a à faire.

Dimanche Me rends chez Christie's pour la première fois pour admirer les tableaux de la collection Rockefeller bientôt en vente. Un Gauguin magnifique représentant une vague géante, des baigneurs minuscules qui s'enfuient, mais trop de monde devant : je ne collecte que cette petite pomme de Picasso.
Lundi, mardi La relecture de Volte-face galope, j'en suis à la moitié. Très étonnée du peu de corrections pour le moment. Ca ne saurait durer, si ?
Et Bruits ? Pour avancer un peu, je monte et poste cette minute sexy (!) et douce à la médiathèque de Chartres : 


Mais déjà, mardi soir, publie.net fête ses dix ans, et nous intervenons avec Virginie Gautier et Joachim Séné pour une lecture à trois voix, balade dans les textes récents ou plus anciens de la maison. Lucien Suel, Maryse Hache, Juliette Mezenc, Pierre Ménard, Cécile Portier, Mathilde Roux, Martine Sonnet, Sébastien Ménard... (j'en oublie). Joachim propose, pour L'aiR Nu, un mur mouvant d'extraits de textes que vous retrouverez bientôt en ligne.











On y entend












(Julien Boutonnier)











(Fred Griot)
Nadine Agostini au début, François Bon à la fin et entre eux deux d'impressionnantes lectures de Julien Boutonnier et de Fred Griot avec ses musiciens, le tout présenté, courtes citations de Christine Jeanney à l'appui, par Guillaume Vissac, après rappel de ce qu'est aujourd'hui la maison par Philippe Aigrain, le président de publie.net.

















(ici, Guillaume Vissac)
Les photos ci-dessus, sauf celle de Julien Boutonnier prise par Pierre Ménard, sont de Philippe Aigrain. A ce propos, Pierre Ménard  a capturé quelques fenêtres sur mon Ipad : bravo pour le coup d'oeil !



















Nous sommes tous, dans l'ensemble, assez bariolés, à naviguer dans le catalogue...

(Roxane Lecomte, à qui on doit les très belles couvertures des livres, avec Philippe Aigrain)













Bien contente également d'y avoir vu François Bon, qui lisait du Berit Ellingsen. Le dimanche suivant, il met en ligne une vidéo de la soirée sur sa chaîne Youtube, qui en annonce d'autres : à suivre, donc, la semaine prochaine.

Que vive publie.net et son équipe, et qu'ils prospèrent : ce qu'on m'aura dit plusieurs fois, après les lectures, c'est à quel point nous semblons nous entendre. Oui, c'est vrai. Pas de concurrence mais une écoute réelle, du soutien mutuel. Utopique ? La question ne se pose pas : c'est du présent pur, qu'on savoure après avoir fait au mieux pour que les choses fonctionnent. 
Ensuite, elles se mettent à circuler : ainsi, à la Vallée aux Loups j'irai interroger Joachim en avril sur son travail, retrouverai Virginie à Chartres ce même mois, puis à Montpellier fin mai en compagnie de Juliette Mezenc et de Guénaël Boutouillet... Parmi les gens avec lesquels je monte des projets ou travaille, tous ne se connaissent pas. Quand ils se rencontrent, j'ai souvent dans l'idée qu'ils vont s'entendre et, en effet, ça marche. Etonnant, non ?

















(Cowboy Junkies, photo de Christophe Basterra)

Mercredi jeudi vendredi  Départ pour Clermont-Ferrand mercredi et son festival Littérature au Centre, au sein duquel je vais parfaitement me sentir, à la fois un peu seule et entourée, trouvant le temps de voir un ami, poursuivre la relecture de VF, parler de Bruits et donc y penser, croiser la manif du jeudi, rencontrer des lycéens, écouter la passionnante conférence d'Olivier Mongin sur les villes et les flux, assister à une représentation de danse liée au thème, si porteur, des émotions refoulées...
Pas le temps pour les 36 secondes, par contre, qui attendront la semaine prochaine.


















(valise de VRP à plusieurs éditeurs)














(salle vide du lycée où j'interviens le jeudi, juste avant l'arrivée des élèves. J'y lis des extraits de Fenêtres et de A même la peau, effectuant, en tout cas pour moi, une sorte de boucle métropolitaine, montre le teaser de Diptyque, celui de Laisse venir et je ne sais plus trop quoi encore... L'heure file à toute vitesse, pas le temps de beaucoup d'échanges mais une belle écoute)


















(se balader dans son pâté de maisons et hop, voilà ce qu'on trouve)

Le jeudi, c'est donc intervention au lycée, le vendredi, au sein du festival. Je présente une partie de ce que je fais en compagnie de Bernard Lescure, professeur de lettres que je remercie de sa générosité, de son attention à ce que j'écris, s'il passe sur ce blog. J'ai l'occasion de montrer un peu du Dita Kepler codée par Joachim Séné et le teaser de Diptyque, si beau...
A la sortie, une spectatrice me dit qu'elle me trouve déroutante, mais qu'elle a envie d'aller y voir de plus près. Déroutante ? Je me trouvais très cohérente, moi, pourtant, avec mes décors personnages, mes personnages décors, ma narration arborescente ! Mais voilà qui me plaît, et je prends, bien sûr.
Je découvre par ailleurs que tous les Décor Daguerre présentés devant la salle ont été vendus : c'est la première fois que j'entends cette phrase, "on a tout vendu" ! (on ne m'en voudra pas : je me fais le plaisir de la noter ici, pour les jours de déprime, s'il y en a)


















A l'aller, j'avais profité de ma place de première en Intercité au maximum (pas de bruit, soleil illuminant le paysage mais pas sur le visage...) pour relire VF avec attention. Au retour, toujours en première, je me retrouve avec une place imaginaire, une mystérieuse place 34 qui n'est pas indiquée. Place imaginaire en première, en première vraiment mais dans l'imaginaire, place qui invite à en prendre une autre, wagon qui contient cette place... Voilà qui est parfait.

Samedi : à la cinémathèque, Peaux de vaches de Patricia Mazuy, avec Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire, film qui décape. La réalisatrice, qui intervient à la fin de la projection, a un franc-parler qui me réjouit. Au festival de Clermont, à un moment je me suis sentie basculer quand un historien qui intervenait sur les bas-fonds, son sujet de prédilection, nous a englobés dans un tout, celui des gens qui n'en font pas partie mais qu'ils fascinent. Prenant sa suite, j'ai indiqué que non, je ne pouvais faire partie de ce tout, ai expliqué pourquoi. Que d'une certaine façon, je me sentais du côté des bas fonds - merci alors à Bernard Lescure, qui a lu Franck, de son appui.
Le lendemain, même si je n'en sais rien, il m'a semblé que Patricia Mazuy aurait pu dire la même chose.

Dimanche : continuer la relecture de VF, puis se rendre au festival Sidération du CNES. J'ai candidaté par mail pour enfiler une combinaison spatiale, mais pas de nouvelles, à mon avis ça ne marchera pas... Tout comme les vidéos de François, à suivre la semaine prochaine.

dimanche 11 février 2018

Semaine #6 paroles, messages, silence














Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps (ci-dessus, l'horloge de la gare de l'Est). Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout.



















 (Villon, Paris Xe : pour la première fois me voilà écrivain dans ma bibliothèque)

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera.
Achat du Marilyn and me de Lawrence Schiller en numérique. Je commence à lire (et donc à traduire, pour moi) le texte mais la paperasse administrative ressurgit. C'est évidemment agaçant, mais il faut se libérer l'esprit pour réussir à retrouver le photographe en 1960 qui débarque sur le plateau du Milliardaire à 23 ans sans faire son fier devant Marilyn en collants. 
La neige empêche les repérages aux Buttes pour l'atelier. Demain ?
Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire.














mardi Ce Marilyn and me se révèle plus intéressant que prévu. Avancer le plus possible dans la semaine (mantra). Ecrire écrire écrire écrire si je tape le verbe cent fois est-ce que j'aurai avancé d'un pouce ? Peut-être. Cette neige tombe à pic, en tout cas. Il faudrait être complètement dans le blanc, calfeutré, loin de ce qui se passe en public ces jours-ci.














Demain, consacrer la journée aux livres des photographes, sur les photographes. Pierre Ménard, ce jour, lance une série d'ateliers dédiés à l'écriture et la photographie : s'en saisir ?
Hâte que reparaisse son Comment écrire au quotidien, et de l'avoir en version papier.
Je me souviens soudain que la toute première fois que j'ai trouvé mention d'un de mes livres, c'était sur son site : Fenêtres pris comme exemple pour un atelier, bien avant que nous nous connaissions.


















mercredi et jeudi. Photographes, disions-nous. Lawrence Schiller à lire, à traduire et Garry Winogrand pour les 36 secondes du vendredi. Se perdre dans l'image, réinventer le New York de 1950, 1960, 1970 grâce à ce catalogue trouvé à la bibliothèque qu'il faudra rapporter un jour. Et sinon ? La neige, bien sûr, qui dans mon quartier à Jaurès couvre les tentes des réfugiés, les met en danger tandis que dans les médias les politiques délirent sur les chiffes et les choix de ceux qui vivent à la rue, majeurs, mineurs. Dégoût de ces discours qu'ils "assument", dégoût du verbe assumer comme une fin de non recevoir.

Mona Chollet fait passer ce message type, à relayer auprès de anne.hidalgo@paris.fr, dominique.versini@paris.fr, branka.giljaca@paris.fr :
Bonjour,
Je me permets de vous contacter pour vous signaler qu'aujourd'hui encore des centaines de personnes exilées ont passé la nuit dans la rue, dans des tentes ou à même le sol, à Jaurès, Porte de la Chapelle, au canal Saint Denis etc..
Les températures sont glaciales, il neige et ces personnes n'ont nulle part où s'abriter. Malgré l'annonce du Plan Grand Froid, elles sont toujours dehors et en grave danger.
Parmi elles, il y a des mineurs, des personnes particulièrement vulnérables et fragiles.
Au regard de l'urgence de la situation, je vous demande de bien vouloir procéder à une mise à l'abri immédiate de ces personnes.
J'ose espérer que vous n'attendrez pas qu'il y ait des morts de froid pour agir. Des vies sont en jeu.
Cordialement



















La neige, aussi, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient.





































Voilà aussi ma ville.

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire.














(photo de Mathieu Simonet)

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous ce tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.
Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.



















Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.
20h. Je rentre avec le bonheur d'avoir grâce à cette rencontre, ce jeu, ce silence, évacué ce qui me traverse depuis quelques jours, mais ne va pas tarder à revenir.

Vendredi et samedi Ce qui me traverse, m'empêche de me concentrer et même de dormir, c'est une invitation maladroite à venir parler d'un de mes livres, à traverser la France en pleine semaine pour 20 minutes d'intervention sans précisions logistiques, pas même sur la date exacte et, après questionnement, sans être payée non plus : en somme, à faire joli dans le décor, à travailler comme s'il s'agissait d'un loisir alors que nous sommes dans un cadre professionnel. La place de l'auteur, qui semble n'avoir ni corps ni besoins ? Eh bien elle sera à sa table de travail : je préfère écrire. Lundi, j'enverrai un mail, après avoir pris trop de temps à ruminer. Thierry Beinstingel, sur son site, semble découvrir cette absence de considération professionnelle envers les écrivains, à laquelle j'ai été beaucoup confrontée et dont j'avais l'impression, ces derniers temps, de sortir.
Ne pas se laisser atteindre (apprendre à).


















(1962 : l'écrivain et poète Carl Sandburg, octogénaire, apprend à Marilyn Monroe comment lutter contre les insomnies par la pratique d'exercices de relaxation. Photo d'Arnold Newman)

En attendant, le vendredi, réunion pour préparer les dix ans de publie.net. Je termine aussi Marilyn and me, dont une scène m'a particulièrement frappée. Bien longtemps que je n'avais pas lu en entier un livre en anglais : un événement à petite échelle.
Continuer à écrire. Ne pas se laisser perturber. J'arrive à la fin du manuscrit, j'ai tendance à reculer, à introduire une séance non prévue, à vouloir devenir totalement exhaustive au lieu de liquider les quatre (ou huit) chapitres qui restent. C'est stupide, il ne faudrait pas.














La semaine prochaine, bien avancer, donc avant un atelier le mercredi à la Vallée aux Loups (sauf nouvel épisode de neige), l'inauguration de ma résidence à Chartres le jeudi à 18h (j'y lirai à nouveau la première partie de A même la peau avec les sons envoyés par Jean-Marc Montera, je pense - ci dessus, une photo piquée sur son mur Facebook hier) et un atelier d'écriture dans la galerie photo de l'Esperluète le vendredi.
Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

dimanche 21 janvier 2018

Semaine #3 night and days



















Chose promise, chose due : le général Instin m'envoie une photo de lui-même affublé de la chevelure  warholienne de Marilyn : merci Général ! 

Pour le reste, la semaine commence de façon moins flamboyante : il faut finir d'organiser la Nuit de la lecture à la Vallée aux Loups et les événements ultérieurs en manquant de sommeil. Textes à lister, documents à formater, branchements, écrans, enceintes, fichiers, horaires à prendre en compte, paperasse à dompter, calendrier à mettre en place, répondre à tous, rappeler, communiquer, ne pas oublier de..., tandis que la poste ne joue pas le jeu, perd des lettres importantes. C'est s'accrocher aux todo lists, remettre à plus tard toute élaboration, création.

réduire la voilure
se concentrer sur une seule chose
parler aux autres le moins possible

le soir, regarder la nouvelle vidéo de Marina, la jeune femme de L'eau douce
(à agrandir, ici les vidéos débordent)
(penser à changer de maison virtuelle tandis que Marina déménage ?)


Est-ce que la douceur est question d'organisation ? Est-ce qu'il s'agit d'une construction ?

mercredi Aller la chercher, cette douceur, ce sera en tout cas ce que je ferai à Chartres ces six prochains mois. Je n'en parlais pas jusqu'à présent car cela n'avait pas été annoncé mais c'est désormais officiel : la très bonne nouvelle de ce début d'année, c'est que je suis en résidence autrice associée à la librairie L'Esperluète jusqu'à fin juin. D'ailleurs, voici déjà ma page sur le site ! Il n'y a pas grand chose encore mais le calendrier va se remplir. De bruit et de douceur, tel sera le nom que je donnerai à l'ensemble des interventions qui seront liées à mon prochain projet d'écriture.

Trouvé d'abord en arrivant cet












(cliquez pour agrandir) puis ce qui pourrait devenir mon













de la ville. Ensuite, des signes, des lettres, le nom de cette ville...













(comme pour l'hôtel, agrandissez, regardez bien)

























et ce mystérieux


















Enfin, c'est l'Esperluète, et le premier cahier carnet de la résidence :













Douceur du trajet et de la journée, des rencontres et des perspectives : comme si le sujet s'était imposé, ce mercredi-là, alors que nous préparions le calendrier. Dans le train, pourtant, voilà ce que je lisais :














Au retour, agenda bien rempli, il faut régler les derniers détails de cette Nuit de samedi pour laquelle l'équipe de la Vallée aux Loups, la médiathèque de Chatenay-Malabry et L'aiR Nu ont beaucoup travaillé, je crois qu'on peut le dire.













Voici la bibliothèque de la maison de Chateaubriand transformée, prête à accueillir les enfants (que nous ne verrons quasiment pas, nous, sauf lorsqu'ils passeront dans le cabinet Girodet où Joachim Séné écrira un texte)



















la salle de réunion devenue loge (pendre la robe, occuper le terrain)













les "nuits" de Joachim sur le bureau de François-René













les écrans que nous allons disséminer pour lire, faire voir, faire entendre... Photos prises, comme on le comprend, avant que la soirée ne commence : ensuite, c'est plonger dans le grand bain.

Dans la salle à manger, on peut entendre des lectures enregistrées mixées avec des bruitages de nuit du monde entier : vous pouvez aller les écouter, vous aussi, puisqu'elles se trouvent ici. Un conseil : relaxez-vous, la page se lance toute seule. 34 morceaux, c'est parfait à l'heure de la sieste, par exemple ! (il était question de douceur, tout à l'heure, n'est-ce pas ?)

A ce propos, (Ni bruit ni fureur), cette autre vidéo de la semaine :



La semaine prochaine, ici-même, on parlera Droits de cité je pense (avec Delphine Bretesché, nous sommes invitées par la Maison des écrivains aux Enjeux contemporains de la littérature jeudi).
Bonne semaine à tous !