l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres
Affichage des articles dont le libellé est journal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est journal. Afficher tous les articles

dimanche 18 septembre 2016

Journal de l'été #11













Ainsi il ne faut pas attendre, jamais, quoi que ce soit. Il faut envoyer le dossier, le CV, le texte et se comporter comme si cela n'avait pas été fait, n'avait pas existé, n'avait jamais eu lieu. Comme si  on n'y avait pas consacré des heures, des jours, des semaines. Il faut fermer le fichier, en ouvrir un nouveau et continuer sans supposer quoi que ce soit.



















C'est inhumain, ça ne fait aucun doute, c'est bien pourquoi il y a tant d'abandons.




Il faut rester sourd aux silences, au mépris qu'on croit percevoir. Faire comme si ce monde n'avait pas existé, n'avait rien demandé, n'avait pas le pouvoir de dire : toi tu pourras manger toi non. Barrer cela d'un trait et le jour suivant se remettre à chercher ailleurs.



Latence inhumaine, épuisante passivité de cette attente qui s'étire sur une saison. On se fait balader, y croit encore parce que, tout simplement, la réponse pourrait nous sortir des ennuis pour un automne entier (je parle ici vie matérielle, on l'aura compris). On pense gestion d'énergie. Ne pas se laisser épuiser. On pense absurdité du camp d'en face, manque de compétences, de professionnalisme. Qu'est-ce que ça change ? Rien, sauf à écrire sur le sujet. 



On se dit qu'on engrange. On essaye de ne pas se laisser contaminer. On s'exhorte : continuer à vivre, à sortir, à écrire, à profiter du monde. Ne pas se réduire, ne pas s'enfermer. On se dit, et c'est une décision : l'automne ne sera pas une saison de l'attente.

samedi 3 septembre 2016

Journal de l'été #9





Une respiration. Autre chose que Paris pour la première fois depuis le début de l'été, cesser de subir l'entrave, le désir de voir large à nouveau, même à y regarder de très près. 













Se sentir pauvre, se sentir malade ont pas mal en commun. C'est se détourner sciemment de ce qui, croit-on, ne nous appartient plus parce que à quoi bon - inutile de développer, c'est justement de cette lassitude dont il est question.













Pauvre, malade, des adjectifs qui sentent leur XIXe siècle, la honte, l'outrance, l'outrecuidance, la plainte, la geignardise, la maladresse, j'en passe. On s'en fout. Pas de fausse pudeur. L'amour des mots simples, plutôt.













D'autant que dans le chemin du houx, solitude, silence, une énergie tire par la manche, décline son identité, annonce qu'à Paris elle continuera de se montrer. D'accord, c'est noté. Et pour plus de sûreté c'est même inscrit ici, sur ce billet de blog.

Retour à Paris, après trois jours de houx, de roses.

 

A Paris, j'attends depuis un mois et demi une réponse pour un boulot qui devrait me sauver l'automne, matériellement parlant. J'attends, j'attends. Si jamais ça marche, je l'appellerai l'automne sentimental. Ne pas y penser. Ne pas se dire : ça va marcher / ça ne va pas marcher. Continuer d'écrire.
Dans la boîte aux lettres, ce qui était attendu là aussi, mais sans inquiétude, s'en vient : le contrat de Décor Daguerre



Il arrive l'avant-dernier jour du mois d'août, signe bienveillant de rentrée. Et l'énergie du chemin circule, donne le ton : désormais, tous les vendredis minimum dit-elle, on la verra réapparaître. Elle passera d'un livre à l'autre, d'un fichier son à une photo couleur. Ce n'est presque rien, juste les 36 secondes de L'aiR Nu qui se remettent en route, deviennent hebdomadaires. Mais ce rythme léger, ce désir de lectures appellent.

dimanche 28 août 2016

Journal de l'été #8














En réalité, il s'agit d'un été passé au fond d'un lit ou presque - on va chez un médecin, un autre, dans un cabinet médical pour faire des examens, un autre, avec la peur qui s'interpose tandis que les résultats n'indiquent rien de probant. Le monde est donc réduit au corps, à la douleur, à la chaleur, au bruit dehors et à l'incertitude. L'esprit n'y est plus du tout, impossible de lire, écrire on n'en parle pas, tout juste y a-t-il moyen de regarder des films et essayer de sortir faire la photo du jour.














(voici la rue que j'emprunte pour aller à la piscine d'habitude. Un matin, je suis tellement fatiguée que je ne me souviens plus du titre du livre consacré à la nage que j'ai l'intention d'écrire l'an prochain. Heureusement ça revient)














Qu'est-ce qu'on peut faire ? Emprunter des DVD à la bibliothèque, trouver des films sur YouTube et se donner l'illusion de travailler quand même en regardant ou revoyant dans le désordre : Clash by night, Niagara, All about Eve, The Asphalt Jungle, Some like it hot, Let's make love, Gentlemen prefer blondes, Love nest, Don't bother to knock, Bus stop, How to marry a millionnaire, River of no return, Ladies of the chorus, Let's make it legal... Je donne les titres de ces films en anglais non par snobisme, mais parce que l'édition des DVD de Marilyn Monroe que je trouve ne comporte généralement pas de sous-titres en français, ce qui me pousse à les regarder en anglais sous-titré pour les sourds, description des bruitages et musiques incluse. 
J'aime bien - et ça me permet de lire quelque chose, mine de rien.

J'aime aussi ce passage de Clash by night où Peggy, ouvrière dans une poissonnerie, renvoie dans les cordes son macho de petit ami.


Les films dans lesquels elle joue me fascinent rarement, c'est pourquoi, à l'origine, je n'avais pas l'intention de les revoir. Il fallait tout de même se débarrasser de l'atroce VF que nous infligeait la télé quand j'étais adolescente. Découvrir, par exemple, l'étonnante voix de Marilyn dans Bus stop. L'accent du sud de son personnage, Chérie, la métamorphose. 
(bon, là, c'est sous-titré en portugais)


Intéressantes, aussi, à regarder : les bandes-annonces des films. On y découvre chaque fois comment l'actrice est traitée par Hollywood. C'est limpide même, comme si l'inconscient des producteurs était projeté sur l'écran. N'ayant pas encore revu The Misfits, que je ne connais un peu par coeur, je ne m'étais pas penchée sur son trailer. Eh bien c'est très révélateur, là aussi. Alors que le film a été écrit pour aider Marilyn Monroe à quitter son personnage de femme-objet, la bande-annonce opère un virage à 180. Arty, peut-être, pour l'époque sur le plan formel, mais totalement réducteur, et même faux.


Il me reste à revoir le film, ainsi que The Prince and the showgirl, dont je n'attends pas grand chose. 
Quoi d'autre de l'été ? Ceci : 



















fait-divers de plus de cent ans, transposé sous nos fenêtres d'aujourd'hui il y a quelques jours à peine













Bifurcation, alors, vers l'oloé 2.

Et puisqu'il est à nouveau possible de lire et d'écrire, je termine par ces mots du dernier roman de Thierry Beinstingel, Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, qui m'accompagnent d'autant mieux que la sensation décrite s'estompe, me quitte, va disparaître, s'évanouir, nul doute ne saurait durer : 

Un corps malade est sans unité, réduit à un tas de chair et d'os plus ou moins décrépis. Il faut attendre la mort ou la guérison pour retrouver un semblant d'existence, un sens, une identité, un intérêt manifeste pour la grande communauté des hommes. La mort et c'est un nom à graver sur une pierre tombale, une date de naissance et l'année en cours. Ce sont des soupirs et des larmes, des souvenirs à égrener pour une ou deux générations suivantes avant un ultime effacement. La guérison et on peut participer de nouveau à la vaste société. On retrouve la position debout, les mots, la langue. 

C'est ça : debout et retrouver les mots, ceux des autres et les siens. Il est temps.

dimanche 21 août 2016

Journal de l'été #7














Ce n'est pas un mois d'août qui ressemble à ce que j'en vois sur les réseaux, photos de mer, sentiers, petits plats et lectures qui défilent, se répondent parfois. C'est un août réduit à peu jusqu'ici, le lit, le balcon, le quartier, des DVD aux traductions aléatoires, quelques salles de cinéma. De cette immobilité naît un défi très simple : prendre et poster une photo chaque jour pendant un an. Rien de révolutionnaire, rien de neuf là-dedans mais il faut s'y tenir, top là. Les photos notées n/365 passent sur les réseaux, elles aussi.

Que montrer quand on ne bouge pas ? Le monde qui vient à soi, dès le deuxième jour : 













MHD, qui habite en face (et tient ici, de dos, le tabouret sur lequel il vient de s'assoir), débarque avec son disque d'or. La cité rouge le fête, prend la pose au carrefour. Je ne suis pas la seule à photographier, loin de là. Après-midi d'afro trap, d'éclats du disque dans la lumière, smartphones et rires. 












C'est un jour de lessive aussi, autrement dit : de vie au balcon (à gauche, vision de la butte Bergeyre, à droite celle du soleil couchant). 













Voici la butte, justement, dont je fais le tour en dix minutes le lendemain et que je suis trop fatiguée pour photographier davantage : on se contentera des lampadaires des escaliers. 
De retour sur le balcon, cette vision du 15 août : 













Rien ne bouge plus désormais.
Ce qui reste ouvert, heureusement, c'est la page Facebook des Parisiens d'août de Stéphane Mercurio, que je suis chaque jour avec grand plaisir.
Ce qui vient à moi, c'est aussi ce qui s'invite quand j'arrive à écrire. Par exemple cette vidéo, découverte parce que je m'intéressais à la décomposition du mouvement par Edweard Muybridge : 


ou ces essais d'un professeur du MIT dans les années 50, qui me fascinent (double-cliquez pour la regarder en grand, c'est mieux) :



Tout est très ralenti, sinon.
C'est bien de décomposition du mouvement qu'il s'agit ce mois-ci, sans doute, oui. Alors continuer à regarder, même à marcher dix pas













et s'obliger à sortir pour voir













(ce qui fait l'été)

dimanche 31 juillet 2016

Journal de l'été #6


Ce qu'il y aurait de doux à raconter, ce serait la journée passée à s'occuper des contreparties de l'Ulule (classer, trier, écrire les adresses, un petit mot, signer, choisir les cartes, fermer les enveloppes) en compagnie de Luna, mascotte de L'aiR Nu


















(eh oui, même ici il y aura eu des photos de chat)

 

et voir les jours suivants sur les réseaux quelques photos du courrier reçu.













(les envois les plus encombrants partiront un peu plus tard)


Douceur de savoir qu'à la rentrée, quoi qu'il arrive, nous pourrons avancer. Pour l'instant, en cette veille d'août, L'aiR Nu se met en pause, après avoir ajouté deux vendredis de suite de courtes lectures dans ma rubrique 36 secondes, extraits de textes de J.B Pontalis, Annie Leclerc, Fabienne Swiatly et Michel Butor. 

 

A la rentrée, j'essayerai de poursuivre : deux nouveaux sons, très simples, très courts, tous les vendredis. Bobler, interface sur laquelle je m'appuyais, a disparu mais en utilisant Evernote on n'est pas loin d'obtenir cette même souplesse. J'aime les petits rendez-vous, aussi pourquoi pas ?

Et à propos de rendez-vous, j'attends demain avec impatience : la documentariste Stéphane Mercurio va en effet poster chaque jour du mois d'août, sur une page facebook dédiée, un élément lié à son nouveau projet, intitulé Les Parisiens d'août
Voici ce qu'elle en dit : 
Une déambulation caméra au poing le long d’un itinéraire qui commence sous le périphérique parisien dans le parc de la Villette le 1er août et qui se terminera le 31 août quelque part, le long de la Seine, je filmerai. Toujours le long des rivages de la capitale, en suivant d’abord le canal puis la Seine.
Je marcherai chaque jour trois ou quatre heures avec une caméra, toujours à pied, seule. Je ferai donc l’image et le son. Le lendemain, je reprendrai exactement à l’endroit
et à l’heure ou je me suis arrêtée la veille. Je m’accorderai 5 jours off pendant le mois d’août que je choisirai au dernier moment. Je mettrai 8 jours pour faire le tour du cadran mais le 31 août l’aventure prendra fin.












(photo de Stéphane Mercurio)

Elle ajoute : 
Le temps d’une déambulation urbaine au rythme de l’été. Je flânerai dans Paris afin de m’abstraire du rythme effréné de la ville et retrouver celui de ses habitants l’été. Rester au fil de l’eau est un gage de sérénité d’apaisement pour moi. 
Ce qui me rappelle ce que dit Annie Leclerc, justement, même s'il s'agit alors d'immersion.
J'ai hâte de découvrir le résultat et d'y revenir chaque jour. Ce qu'on sait pour le moment, c'est qu'il s'agira de la publication d'une image, d'un son, d'une vidéo ou de quelques lignes : un petit instantané, comme un petit bonbon à déguster. Ces petits moments publiés sur la toile ne seront pas la matière principale du film à venir mais une mise en bouche, un partage, autre chose. Un autre récit permettant aux autres d’ajouter leur histoire ou leur souvenir au mien.

 

(photo de Stéphane Lavoué)

En attendant, je suis allée regarder la série d'Arte intitulée Pause photographique : onze fois, durant deux ou trois minutes, on y suit le photographe Stéphane Lavoué faire le portrait de gens aussi différents que Zinédine Zidane, les comédiens du Français, Vladimir Poutine, Nabilla ou Pierre Soulages. La voix off de Lavoué, son récit à la première personne, les photos qui se succèdent et dans lesquelles on semble se promener : c'est tout, c'est en apparence très simple et c'est passionnant. En quelques secondes, on se retrouve à la place d'un portraitiste qui doit composer avec le décor, la pression de l'entourage, l'humeur de la star, son sourire forcé... Mon préféré ? Soulages, à l'attitude parfaite : la classe incarnée. 
Et vous avez jusqu'au 1er juillet 2038 à 23h59 pour aller voir, figurez-vous.

samedi 23 juillet 2016

Journal de l'été #4



















vendredi

Avenue Jean Jaurès il y a ce balcon, rouge et seul au monde, sur une façade blanche. Un homme, une femme y passent-ils la tête, parfois ? Se penchent-ils ? Observent-ils les élèves du cours Florent situé tout à côté ? Ce sont des questions de rien, des questions de fenêtres, les mêmes que celles que recense mon livre écrit il y a une quinzaine d'années maintenant. 
Le soir de la finale de l'Euro, je discute avec mon amie, la céramiste Christine Tchépiéga. De sa cour, on entend les rumeurs du match, les exclamations des gens en terrasse sans en deviner davantage. Elle me montre le premier des objets (sculptures ? comment nommer ce qu'elle est en train d'inventer ?) à l'intérieur desquels on pourra lire des extraits, très courts, de Fenêtres et de Décor Lafayette. Ce qu'elle me présente, qui n'est pas encore terminé, a déjà sa forme définitive, s'inspire du passage dans lequel un grand-père fantasmé, vivant dans un squat, boit son café au bol en regardant passer les métros de la ligne 2. On dirait une sorte de maison-salon, ou chambre, ou fenêtre, épurée et abstraite, intime. Tel quel, c'est déjà magnifique. Je suis très émue de cette connivence amicale et artistique. Ce que Christine crée à partir de ce que j'écris, je n'aurais jamais pu l'imaginer, me le représenter. Au moment où je le vois pourtant, l'évidence me traverse : je reconnais ce qui n'appartient qu'à elle. Le plancher de la pièce qu'elle invente, ce sont les rideaux du squat ; le bol résume tout entier le grand-père ; la forme du toit rappelle une phrase qui n'apparaît plus dans le texte...
C'est peu dire que j'ai hâte de découvrir la suite. Que va-t-elle faire de mon passage sur la violence de la ville, écrit en franchissant les voies de la gare du Nord ? Comment présentera-t-elle Mademoiselle Lapierre, la géante du Palais royal ?


Une des toiles de Christine, peinte à partir d'un texte que je lui avais confié il y a plus de vingt ans, fait apparaître dans un cadre un viaduc ou le pont d'une voie ferrée. Je l'ai sous les yeux au moment où j'écris, où je poste cette photo de mon carrefour, panneau d'aluminium croisé en revenant des Buttes Chaumont qui se déchire et le distord, l'amenuise, le réduit, l'inverse. Je regarde la photo, le tableau, à l'abri dans ma chambre. Je pense à mes questions de rien prolongées par bien autre chose : en bas de l'avenue ce matin, la police évacuait les centaines de migrants qui campaient depuis plusieurs jours entre Colonel Fabien et Jaurès. Une vidéo tourne sur les réseaux depuis tout à l'heure. On voit avec quel mépris, quelle violence un policier s'adresse à une jeune mère avec bébé. Le commentaire précise qu'un autre policier (si j'ai bien compris) a balancé trois coups de pied dans la poussette où le bébé se trouve.
Comment tenir encore ce journal, avec toute cette honte ?


La nuit, depuis deux nuits, entre trois et cinq je me réveille. Je regarde dans la pénombre ma bibliothèque. 
Et pendant que j'écris, onglet ouvert sur les réseaux pour retrouver cette vidéo prise à Jaurès, c'est d'une fusillade à Munich qu'il s'agit maintenant. Plus question de terminer cet article. Tout est suspendu.

samedi
 


 Je pense à ceux que j'aime.

Hier, je me disais en arrêtant d'écrire : j'aurais tellement voulu parler de L'aiR Nu encore dans cet article, de cette force que nous donnent depuis quelques jours ceux qui nous ont soutenus, ont permis le succès de notre appel. De ces plus de cent trente personnes avec nous.
Si je poste ces affiches déchirées ce n'est pas pour la déchirure, c'est parce qu'en les voyant dans le métro j'ai pensé à Pierre Ménard qui les collectionne et qui, sous son nom de Philippe Diaz, préside notre association tandis que Caroline, sa femme, est notre trésorière. C'est une façon de les embrasser, de se rappeler un verre pris en leur compagnie à rire, à discuter, à cogiter l'Ulule.

 













Si je poste ces deux couvertures de livres maintenant, nouveaux extraits de livres lus et mis en ligne dans la rubrique 36 secondes de L'aiR Nu, ce n'est pas pour faire de la pub mais pour dire que ces voix, J.B Pontalis parlant de l'importance des fenêtres, Annie Leclerc des bienfaits de l'eau, ce ne sont pas que des douceurs consolatrices, des questions de rien. Ce sont, quoi qu'on en dise, des formes de résistance.



Retournons-y. Retournons lire.

dimanche 17 juillet 2016

Journal de l'été #3



















Envie, ce matin, d'écrire un nouvel épisode de ce journal de l'été et de commencer par cette photo prise dans une cour de la rue Richelieu, à Paris, mercredi dernier. Photo à la volée avant de bifurquer, de grimper un étage, d'attendre dix minutes dans une salle à la déco pétaradante puis de me faire interroger durant trois heures sur ce que la RATP envisage pour compléter (remplacer ?) à terme le Navigo, passe mensuel si important pour mon personnage de Une ville au loin, qui lui permet d'en détourner l'usage, de s'imaginer d'autres vies.
J'ai dit que de toute façon je préférais le Navigo, mais ce n'est pas ce qu'on me demandait.
J'ai répondu à l'enquête pour recevoir de l'argent, suis ressortie avec un chèque, ai pensé : pour une fois que je gagne quelque chose sans projeter autre chose. J'ai marché jusqu'à la station Palais Royal. J'avais l'impression que pour une fois le monde était simple : on t'invite, on te demande ce que tu penses, combien tu es prêt à payer. On t'offre du jus d'orange, un thé, des gâteaux. On t'enregistre, te filme, on te le dit. On te parle gentiment, on te donne de l'argent, tu repars, tu oublies. 

 

Je suis rentrée chez moi attentive à cette sensation : le contentement peut-être, le léger soulagement de se dire qu'il est parfois possible de traverser dans les clous, de répondre à la demande sans chercher plus loin.
Je suis arrivée. Il était 18h. Suis allée me coucher direct.














Deux jours plus tôt (ou comment depuis tout à l'heure remonter le temps avant Nice, on le comprend j'espère), avec L'aiR Nu nous en étions toujours à projeter quelque chose pour gagner quelque chose : collecte Ulule qui au moment où j'écris n'en a plus que pour quelques heures avant d'échouer ou de réussir (vite vite), dossier Dicream que nous avons porté sur place avant la date limite avant d'apprendre qu'il manquait un papier : celui du formulaire, des cases à remplir.
On ne rit pas ? Si, si. On a stressé puis on a ri, tant ça nous ressemble. 
On a encore jusqu'à demain, rien n'est perdu.


(tiens, voilà bien ce qui nous ressemble, plutôt)

*

J'ai appris pour Nice à 6h30 du matin, tandis que je voyais défiler ma timeline, sa nuit blanche. Quatre de vos amis sont en sécurité à Nice me disait Facebook. On comprend tout de suite, désormais, n'est-ce pas ?
Est-ce qu'on se précipite pour regarder ? 
Nice. Sécurité. On laisse les mots envahir la pièce. On attend. On retarde. Ca dure combien ? Une, deux minutes à peine. 
 












Ensuite ? 
Regarder le mur, le plafond. Devant soi sans voir.

J'avais un truc inavouable à faire pour tenter de gagner de l'argent, un test, j'ai serré les dents toute la journée et je l'ai fait. Je n'ai rien écrit sur les réseaux sociaux (je ne poste plus rien dans ces cas-là, pourquoi dire ?) (dans ces cas-là résume tout). Mais évidemment j'alternais l'écriture du test inavouable avec la lecture des articles, des nouvelles, des commentaires. Les monstruosités, les horreurs, les premières réflexions. Pas les rumeurs : plusieurs heures, déjà, s'étaient écoulées. Pas les images : depuis des années je les regarde plus.
Dire son effroi puis, très vite, presque en même temps, sa consternation devant les déclarations des politiques ? Le dire ? Le taire ? Je ne sais pas. Je me demande : l'effroi et le mépris qui alternent à toute vitesse, se répondent, qu'est-ce que c'est que cette violence supplémentaire ? Quel nom pour cette déchirure ?

Sans rien oublier, de la fenêtre postée ci-dessus détailler longuement mur et ciel, le bleu du dedans, dehors.

*

Je place ici la cour qui est belle et sans lien avec le travail ; une photo d'Albert, escargot aimé de ma mère (photo prise par elle) ; le dossier incomplet mais bientôt complété de L'aiR Nu ; un collage de Mathilde Roux qui se trouve dans Une ville au loin ; une photo de fenêtre de Thierry Beinstingel, liée dans son esprit à Dita Kepler.
Embrasser le monde, toujours.

dimanche 10 juillet 2016

Journal de l'été #2


L'été arrive, donc, et avec lui notre livre numérique paru le 7 juillet, téléchargeable à partir du site de L'aiR Nu, à cette adresse. Au moment où il est enfin accessible, où survient ce léger pincement, cette vibration dans la poitrine, onde qui s'élargit, hésite à prendre ses aises, à déborder mais refuse de se dissiper, joie secrète de qui est allé au bout (et à plusieurs, joie redoublée !), à ce moment-même paraît un article de Franck Queyraud sur Diacritik dans lequel il m'interroge sur la littérature, le numérique, Dita Kepler, Décor Daguerre et mille choses encore.

A cet instant précis je longe à Châtelet le couloir en travaux qui mène des lignes 11 à 14, direction BNF. 


























La ville est au loin, mais les gens tout près.
(cliquez sur les photos pour lire)


Parfois quelque chose de mon personnage se glisse dans ces phrases devant lesquelles je m'arrête, homme ou femme qui se cabre, ne veut plus de sa vie ancienne - mais sa colère est individuelle, morcelée, invisible.















Joie, disions-nous, alors repartons. A la BNF Marilyn m'attend. Il y a aussi le financement Ulule, qu'on surveille comme le lait sur le feu. Viennent nous soutenir TV5 Monde et, depuis ce matin, Mini Labo, qui propose d'intégrer cette affiche à nos contreparties : 
 
















tandis que je photographie la carte achetée à la Bellevilloise à Mathilde, et qu'il est également possible d'obtenir via Ulule : 


(nous avançons, l'horizon nous parle)

Dans le métro, depuis le début du mois il y a plus de monde encore qui monte, fait la manche, joue de la musique. Parfois on entend deux chants dans le même wagon. J'ai l'impression de quêter moi aussi, bien sûr, et c'est ce que je fais. Un mail à 110 personnes m'a donné trois réponses, les aides viennent parfois d'ailleurs, inattendues. 
Qui sait ? 


Encore un dossier à monter, pour L'aiR Nu cette fois. J'établis notre calendrier, de septembre 2016 à juin 2017, en intégrant tous nos projets. En me disant que tout va marcher.