l'horloge de la gare de Chartres

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vendredi 23 décembre 2016

rails, visages, façades et courbes


Apparences (4K) from Claire&Max on Vimeo.

Découvrant à l'instant cette vidéo sur un réseau social, avant même de lire l'article qui l'accompagne je me souviens d'une phrase de Fenêtres écrite il y a maintenant quinze ans, où j'imaginais faire tomber du doigt les façades des immeubles tout en poursuivant mon trajet sur la ligne 2.

Il ne s'agissait pas, comme ici, de révéler en creux quelque chose du Paris touristique, image véhiculée par les films de Woody Allen, par exemple. C'était, dans un même mouvement, faire de la ville un jeu de construction, ôter la façade comme chez Perec et s'abstraire de la brutalité, de la violence de l'environnement dont je ne parlais pas dans le livre.
C'était encore quitter le chemin tracé sans le perdre, sans descendre du wagon ni balancer par-dessus bord un travail dont j'avais besoin. Se dire qu'on pourrait imaginer ce qu'il y a derrière les façades sans vraiment le faire, ou alors très vite, placer un paquebot, une grotte, une prairie. Voir large, surtout dans les courbes c'était ça aussi me disais-je tandis que le métro retournait sous terre.

L'année 2016 aura été très très peu voyageuse, je m'en rends compte ces jours-ci. Manquent les lieux inconnus, les sensations nouvelles qu'il serait bon de temps à autres de trouver ailleurs que dans l'écriture et les rêves. Ne pas réduire le champ, jamais. 


Pour l'instant, être là encore, à New York, à tourner autour du sujet. Pour découvrir ce qu'il y a derrière le masque ? Non, non, au contraire : travailler la surface sans discontinuer.

Terminer ce livre, lui trouver une place et partir. Vouloir partir, comme mon personnage d'Une ville au loin mais sans se dépouiller de tout au point où il le fait - ne lui reste au bout d'un moment que la ligne abstraite des champs à travers la vitre du train. Tout englober, tout prendre, comme au temps des grands magasins.
Tout observer : juste un peu plus loin.

dimanche 17 juillet 2016

Journal de l'été #3



















Envie, ce matin, d'écrire un nouvel épisode de ce journal de l'été et de commencer par cette photo prise dans une cour de la rue Richelieu, à Paris, mercredi dernier. Photo à la volée avant de bifurquer, de grimper un étage, d'attendre dix minutes dans une salle à la déco pétaradante puis de me faire interroger durant trois heures sur ce que la RATP envisage pour compléter (remplacer ?) à terme le Navigo, passe mensuel si important pour mon personnage de Une ville au loin, qui lui permet d'en détourner l'usage, de s'imaginer d'autres vies.
J'ai dit que de toute façon je préférais le Navigo, mais ce n'est pas ce qu'on me demandait.
J'ai répondu à l'enquête pour recevoir de l'argent, suis ressortie avec un chèque, ai pensé : pour une fois que je gagne quelque chose sans projeter autre chose. J'ai marché jusqu'à la station Palais Royal. J'avais l'impression que pour une fois le monde était simple : on t'invite, on te demande ce que tu penses, combien tu es prêt à payer. On t'offre du jus d'orange, un thé, des gâteaux. On t'enregistre, te filme, on te le dit. On te parle gentiment, on te donne de l'argent, tu repars, tu oublies. 

 

Je suis rentrée chez moi attentive à cette sensation : le contentement peut-être, le léger soulagement de se dire qu'il est parfois possible de traverser dans les clous, de répondre à la demande sans chercher plus loin.
Je suis arrivée. Il était 18h. Suis allée me coucher direct.














Deux jours plus tôt (ou comment depuis tout à l'heure remonter le temps avant Nice, on le comprend j'espère), avec L'aiR Nu nous en étions toujours à projeter quelque chose pour gagner quelque chose : collecte Ulule qui au moment où j'écris n'en a plus que pour quelques heures avant d'échouer ou de réussir (vite vite), dossier Dicream que nous avons porté sur place avant la date limite avant d'apprendre qu'il manquait un papier : celui du formulaire, des cases à remplir.
On ne rit pas ? Si, si. On a stressé puis on a ri, tant ça nous ressemble. 
On a encore jusqu'à demain, rien n'est perdu.


(tiens, voilà bien ce qui nous ressemble, plutôt)

*

J'ai appris pour Nice à 6h30 du matin, tandis que je voyais défiler ma timeline, sa nuit blanche. Quatre de vos amis sont en sécurité à Nice me disait Facebook. On comprend tout de suite, désormais, n'est-ce pas ?
Est-ce qu'on se précipite pour regarder ? 
Nice. Sécurité. On laisse les mots envahir la pièce. On attend. On retarde. Ca dure combien ? Une, deux minutes à peine. 
 












Ensuite ? 
Regarder le mur, le plafond. Devant soi sans voir.

J'avais un truc inavouable à faire pour tenter de gagner de l'argent, un test, j'ai serré les dents toute la journée et je l'ai fait. Je n'ai rien écrit sur les réseaux sociaux (je ne poste plus rien dans ces cas-là, pourquoi dire ?) (dans ces cas-là résume tout). Mais évidemment j'alternais l'écriture du test inavouable avec la lecture des articles, des nouvelles, des commentaires. Les monstruosités, les horreurs, les premières réflexions. Pas les rumeurs : plusieurs heures, déjà, s'étaient écoulées. Pas les images : depuis des années je les regarde plus.
Dire son effroi puis, très vite, presque en même temps, sa consternation devant les déclarations des politiques ? Le dire ? Le taire ? Je ne sais pas. Je me demande : l'effroi et le mépris qui alternent à toute vitesse, se répondent, qu'est-ce que c'est que cette violence supplémentaire ? Quel nom pour cette déchirure ?

Sans rien oublier, de la fenêtre postée ci-dessus détailler longuement mur et ciel, le bleu du dedans, dehors.

*

Je place ici la cour qui est belle et sans lien avec le travail ; une photo d'Albert, escargot aimé de ma mère (photo prise par elle) ; le dossier incomplet mais bientôt complété de L'aiR Nu ; un collage de Mathilde Roux qui se trouve dans Une ville au loin ; une photo de fenêtre de Thierry Beinstingel, liée dans son esprit à Dita Kepler.
Embrasser le monde, toujours.

dimanche 10 juillet 2016

Journal de l'été #2


L'été arrive, donc, et avec lui notre livre numérique paru le 7 juillet, téléchargeable à partir du site de L'aiR Nu, à cette adresse. Au moment où il est enfin accessible, où survient ce léger pincement, cette vibration dans la poitrine, onde qui s'élargit, hésite à prendre ses aises, à déborder mais refuse de se dissiper, joie secrète de qui est allé au bout (et à plusieurs, joie redoublée !), à ce moment-même paraît un article de Franck Queyraud sur Diacritik dans lequel il m'interroge sur la littérature, le numérique, Dita Kepler, Décor Daguerre et mille choses encore.

A cet instant précis je longe à Châtelet le couloir en travaux qui mène des lignes 11 à 14, direction BNF. 


























La ville est au loin, mais les gens tout près.
(cliquez sur les photos pour lire)


Parfois quelque chose de mon personnage se glisse dans ces phrases devant lesquelles je m'arrête, homme ou femme qui se cabre, ne veut plus de sa vie ancienne - mais sa colère est individuelle, morcelée, invisible.















Joie, disions-nous, alors repartons. A la BNF Marilyn m'attend. Il y a aussi le financement Ulule, qu'on surveille comme le lait sur le feu. Viennent nous soutenir TV5 Monde et, depuis ce matin, Mini Labo, qui propose d'intégrer cette affiche à nos contreparties : 
 
















tandis que je photographie la carte achetée à la Bellevilloise à Mathilde, et qu'il est également possible d'obtenir via Ulule : 


(nous avançons, l'horizon nous parle)

Dans le métro, depuis le début du mois il y a plus de monde encore qui monte, fait la manche, joue de la musique. Parfois on entend deux chants dans le même wagon. J'ai l'impression de quêter moi aussi, bien sûr, et c'est ce que je fais. Un mail à 110 personnes m'a donné trois réponses, les aides viennent parfois d'ailleurs, inattendues. 
Qui sait ? 


Encore un dossier à monter, pour L'aiR Nu cette fois. J'établis notre calendrier, de septembre 2016 à juin 2017, en intégrant tous nos projets. En me disant que tout va marcher.

dimanche 3 juillet 2016

Journal de l'été #1

L'idée m'est venue avant-hier de tenir ici un journal jusqu'à septembre, feuilleton un peu relâché qui mentionnerait les lectures, les sorties, les occupations d'un été parisien, studieux et fauché, tourné ou non vers une rentrée dont je ne sais pas ce qu'elle va être. De parler de ce qui a été lancé, se fera peut-être, ou pas, qu'il faut poursuivre ou laisser en suspens. Des curiosités. De la vacuité. Du trop-plein. De ce qu'il y a autour, ou dedans, ou ailleurs : quelque chose de l'ordre du vrac (le vrac, ça se dit ?) quand il faut construire tout le reste. 

 

Tout pourrait commencer par cette lectrice des Buttes-Chaumont dont on ne verrait que le dos, placée au bon endroit, qui n'entend pas les voisins. Le ciel n'a rien d'un ciel d'été, c'est pourquoi elle et moi pouvons profiter des Buttes, du frais, de l'herbe, du vent léger. 



Je lis ce livre, par exemple, Sporting club, offert par Yves, le libraire des Buveurs d'encre avec lequel je viens de monter un dossier de résidence pour l'an prochain. Monter un dossier, cela signifie avoir un nouveau projet d'écriture en tête et l'idée de tout ce qu'on pourrait proposer sur un an ; résumer sa vie son oeuvre ; établir la liste de ses publications, un dossier de presse, le budget ; rassembler, imprimer, photocopier un grand nombre de pièces ; ajouter deux exemplaires de deux livres qui ne vous seront pas retournés. Yves calcule que je passe 25 heures sur le dossier, lui 18. Nous le rendons juste à temps. Je vais même rue du Bac l'apporter en mains propres. C'est un moment très heureux : je traverse Paris mon dossier dans un sac en toile, il fait beau, doux, aucun obstacle ne se dresse. Les réceptionnistes du Conseil régional me vannent gentiment, ça n'arrive pas souvent, peut-être, l'auteur venu avec son dossier. Question d'économies (oui), d'assurance qu'il ne se perdra pas, mais aussi de liberté : celle d'avoir le temps de faire l'aller-retour, de s'asseoir dans un square, de regarder aux environs. Je passe près du Bon Marché qui ouvre, ah non, va ouvrir. Devant les portes des clients chic guettent les soldes. Je pense au décor Lafayette, bien sûr, mais aussi à Harrods où je suis retournée en janvier, grand magasin sur lequel finalement je n'ai rien écrit.  

 

(la preuve du dépôt du dossier, photo conseillée par le réceptionniste)

Dans le métro, un type regarde la couverture de Sporting club, premier roman d'Emmanuel Villin, épreuves non corrigées, mise en vente le 1er septembre. Durant ma lecture, je note ce qui m'intéresse égoïstement, pour mon propre livre : la piscine d'une ville qui ressemble à Beyrouth, bassin au-dessus duquel des avions passent bas.















Tout pourrait commencer et continuer par la lecture, l'écriture, la marche, la ville : voilà qui n'étonnerait pas grand monde. Lecture de graffitis, slogans des manifs où il m'arrive de me rendre seule, de rentrer épuisée par la violence physique, psychique, épuisement qui dure des jours. Pages web de journaux qui sont de moins en moins ceux qu'on retrouve en kiosques. Livres papier. Livres numériques et papier. Textes écrits à l'ordinateur, recopiés à la main. Légendes de photos. Mails pour trouver de l'argent, répondre à une offre, relancer. Ecrans.


















Surveillances est un livre qui m'intéresse en soi mais également "pour l'écriture", projet différent de celui qui m'a fait monter le dossier de résidence. Quoique. J'ai acheté Surveillances au Marché de la poésie, lieu où j'ai également bu un verre avec mon nouvel éditeur, tchin, top là, retrouvé des amis. Nous revoilà rive gauche, tiens, après la rue du Bac c'est maintenant Saint-Sulpice, sans compter la rue de Rennes bloquée d'une manif, trois façons d'envisager un quartier de la ville et chaque fois l'écriture au centre - comme il est étrange d'aller seul en manif quand on est écrivain, c'est-à-dire rien (l'écriture n'est pas un métier affirmait, péremptoire, l'encadré d'un livret destiné à ceux qui veulent accueillir un auteur en résidence, livret parcouru l'autre jour, j'avais envie de mordre). 

 













Je pensais faire court, l'article est déjà long. Nous en étions au dossier rendu. Prendre le métro et se dire, voilà, je balaye d'un geste le projet pour la résidence, je reviens à ce que j'ai à faire, mon livre en cours sur Marilyn Monroe. Oui, mais, il y a encore L'aiR Nu, Une ville au loin le site, le financement participatif qui m'occupe l'esprit, Une ville au loin le livre, qui paraît d'ici quelques jours...
Pour Ulule, il faut envoyer des mails, demander, expliquer, il y a la joie devant les réactions de ceux qui aiment notre page mouvante, de ceux qui font grimper le montant des dons. En même temps, j'ai peur qu'on n'y arrive pas, les délais sont courts, ça m'obsède un peu. Tout ce qu'on pourrait faire, si ça marchait, et l'élan que ça nous donnerait ! 
En attendant,  il faut écrire.

 













 
Heureusement, Marilyn is everywhere, même au plus kitch, même jetée à la poubelle (photo de M, que je remercie).

jeudi 30 juin 2016

L'aiR Nu : pour nous aider à avancer



















Tandis que se profile la parution de Une ville au loin, prévue le 7 juillet, livre numérique gratuit accompagné de son site (voir ci-dessous), L'aiR Nu lance sur Ulule un appel à financement participatif qui se trouve ici.
Pourquoi donc ? Tout est expliqué sur la page, vous verrez. En résumé, nous aider à atteindre notre objectif nous permettrait de créer des modules sonores et déambulations, bien sûr, mais également de nous faire connaître et de convaincre de nouveaux partenaires. 

Nous avons 19 jours pour y arriver.

Sachez encore qu'est possible :
de contribuer à partir de cinq euros
de payer par carte bancaire
de prendre un pseudo
de recevoir ou non des contreparties (c'est au choix)

Si nous n'atteignons pas notre objectif, vous n'êtes pas débités. Si nous l'atteignons, vous voilà, de fait, adhérents de l'association, ce qui vous permettra d'avoir régulièrement de nos nouvelles.














Pour l'instant, l'actualité de L'aiR Nu, c'est donc la parution du livre Une ville au loin le 7 juillet et l'appel à participation valable pendant 19 jours.
C'est également la mise en ligne, en ce moment même, de la page mouvante de L'aiR Nu dédiée à Une ville au loin : tout bouge, tout se déplace, vous allez voir. Il y a de quoi lire, écouter, regarder, se promener. Bonne visite !
http://lairnu.net/une-ville-au-loin/










C'est encore, le 20 septembre prochain, la participation de Pierre Cohen-Hadria aux journées d'étude de l'Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBDP) à Caen, où il évoquera notre résidence. Nous avons également monté un dossier afin d'intervenir en région nantaise à la rentrée, variation de ce que nous avions proposé à Strasbourg. Des nouvelles bientôt, on espère !

En attendant, grand merci à vous d'avance.

mercredi 22 juin 2016

Une ville au loin : à paraître


Depuis le 2 avril, date de la fin de la résidence à Moret Seine et Loing, L'aiR Nu a continué à travailler. Je suis très heureuse de pouvoir vous annoncer la parution prochaine, début juillet, de notre livre numérique intitulé Une ville au loin. Il sera proposé en téléchargement gratuit, accompagné d'un site sur lequel on retrouvera des éléments en rapport avec le texte (photos, sons, liens...). 













Je devrais plutôt écrire avec les textes car il y en aura trois, l'un écrit par Pierre Cohen Hadria, l'autre par Joachim Séné, le dernier par moi tandis que Mathilde Roux proposera une balade toute en  cadastres et mots dont elle a le secret. La réalisation du livre a été confiée à la célèbre dame au chapal, Roxane Lecomte.















Dans Une ville au loin, on trouvera une femme qui vit dans la région mais travaille à Paris, prend le train chaque matin ; un homme qui attend quelqu'un sur le quai d'une gare ; un dernier personnage qui, de Paris, hésite, voudrait partir mais...














Il y aura des bribes de chansons, des considérations hydrométriques et une allusion à La Quatrième dimension. Des questions pratiques, un indicateur de chemin de fer, des noms de lieux qui enchantent, des voisins de wagon. Quelques absents et du paysage à la vitre. Des péniches, des mariniers. De la musique et Jean Giono. 













On vous attend donc, si vous le voulez bien, aux alentours du 7 juillet pour découvrir cette ville au loin.