l'horloge de la gare de Chartres

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mardi 10 juillet 2018

Semaine #27 écoutes et compagnie



















Quelque chose ne revient pas encore, non, il faut à nouveau renoncer, cette fois à se rendre à Saint-Omer travailler avec les danseurs de Pièces détachées : crève-coeur mais pas moyen de faire autrement. 
Ce qu'il faut, c'est l'absence totale de pression, même lorsqu'il s'agit de faire des choses passionnantes (c'est toujours le cas, ce n'est pas la question). 
Retour à la BNF, à la piscine, à Chartres quand ce sera possible : élargir à nouveau le cercle mais sans le prévoir, sans le décider à l'avance. Accepter de n'avoir plus de prise. Et se nourrir.
Les beignets de lecture, à ce propos, se multiplient sur L'aiR Nu, allez donc écouter ici











J'écoute aussi Arte Radio, dans tous les sens comme d'habitude.
Ou encore la rencontre de remue.net autour des passeurs de poésie récemment mise en ligne, présentée par José Morel Cinq Mars, avec les libraires Anne-Marie Carlier, Sylvie Durbec et Pascal Thuot.
Je ne lis pas assez pour reprendre les 36 secondes tous les vendredis mais y reviens ponctuellement. La lecture, l'après-midi déjà ce n'est plus forcément possible.
Je me dis tout à coup que ce qui pourrait aider à retrouver de l'énergie, ça pourrait être la musique, aussi.

dimanche 22 avril 2018

Semaine #16 écoutes, chute, strates de temps














(Paris, parc des Buttes Chaumont)

Lundi mardi Reprendre en douceur, tiens donc, après une semaine chargée où il a fallu s'exposer, parler en public. Cette semaine, non. J'irai à Chartres vendredi collecter du son, me balader et écouter Krzysztof Styczynski, poète et éditeur qui travaille régulièrement avec Serge Teyssot-Gay, dormir à l'hôtel avant de rentrer à Paris, et c'est tout. J'ai envie de prendre un peu le temps, d'arrêter de courir. 
Le mardi, il fait beau, Bruits redémarre, à la fois vite et lentement. Les possibilités qu'il offre m'excitent et me font peur, presque. Tout s'ouvre sans arrêt. Peur ? Je coupe le rythme, vais nager. J'écoute les cris d'encouragement des jeunes nageurs qui passent une épreuve de sauvetage, font une course. La rumeur est rapidement trop forte, les voix s'étendent à l'ensemble du bassin. Sensation que nous nous cognons, à eux, à nous-mêmes.
(deux jours plus tard, le matin, tout le contraire : un maître-nageur passe du jazz tandis que le soleil illumine les lignes d'eau)

J'écoute aussi cette étonnante petite fille qui parle avec son père, raconte le dentiste et quelques horreurs sur Arte Radio. Aujourd'hui, ce doit être une jeune femme.

Plus tard, je reprends Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle. Elle écrit ceci :
La douceur est un rapport émerveillé à la pensée.
Une sensation d'apesanteur que partagent avec elle les cosmonautes, les comètes. La douceur allège la peau d'être peau, elle ne résonne pas, elle se fond, s'enroule autour des lignes du paysage, ne mouille rien, donne de l'espace aux choses, enlève leur poids aux ombres.
Lessive étendue sur le balcon, jambes nues, manches courtes : toutes les premières fois de l'année se déploient.

Mercredi La douceur, en ce qu'elle peut apporter à mon livre, commence à m'apparaître, toujours grâce au livre d'Anne Dufourmantelle. Je me souviens soudain que Dita Kepler s'en est approchée, que la question est là depuis longtemps, n'a rien à voir avec ce que le commerce en propose.
Je mets par ailleurs une nouvelle minute à Chartres en ligne, que voici :



Jeudi Bruits a exactement quinze ans. Je veux dire par là que j'ai commencé à l'écrire il y a quinze ans. Où est passé le manuscrit ? Je fouille dans mes tiroirs, sur mes étagères. Je retrouve tout, sauf lui : un petit texte écrit le jour de mes 25 ans, des poèmes, un nombre incalculable de versions manuscrites, tapées à la machine (!), imprimées de fictions jamais terminées, jamais montrées à personne, encore moins publiées... Incroyable comme j'ai pu bosser comme ça, pour moi, dans le vide, c'est vertigineux.
Je suis faite de ces strates. Mon écriture vient d'elles. Brusquement, je mesure le travail et l'écart avec d'autres vies (professionnelles, j'entends). Il a fallu tout ce temps, ce silence, ces années pour pouvoir aujourd'hui écrire sur ce blog ceci : je suis en résidence pour un roman, Bruits. Mon livre précédent, Volte-face, est en lecture. Mon livre d'avant, A même la peau, est le fruit d'un travail avec une compagnie de danse. Celui d'avant encore, Décor Daguerre, m'a valu un coup de téléphone d'Agnès Varda l'été dernier. Etc. Et tout cela, je ne l'écris pas dans un nième carnet, une feuille volante que je retrouverai un jour mais ici, prêt à être lu, et sur le site de Ciclic, où des inconnus suivent le semainier. Difficile de mesurer exactement l'écart, mais il existe.

Une fois les carnets, les cahiers, les pochettes éparpillés partout, je découvre que la version d'il y a quinze ans est dans mon ordinateur (toujours sauvegardée, donc).
Elle contient 128 éléments datant de 2003 et 2004.
Il est fort possible que je ne m'en serve pas.

Les 36 secondes, elles, le vendredi, s'élèvent, grâce à Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli (lire l'ouvrage d'un physicien sur le temps et l'espace me fait un bien fou) et Blaise Cendrars.













Vendredi Chartres par très beau temps pour aller faire du son, traverser le jardin de l'évêché, longer la rivière, rien de mieux. Je commence à trouver mes repères et ce sera tout à fait le cas à la fin de ma résidence, je le sais. Pour cette fois, je collecte, croise, hasard ou non, trois habitués des ateliers, me rends à la lecture, dors à cet hôtel des Poèmes que j'avais pris en photo en février dernier.













Est-ce du tourisme ? De l'écriture ? Autre chose ? Un privilège, cette balade le long de la rivière où travaillaient les tanneurs, les lavandières de la ville basse au Moyen Age, auxquels je pense tandis que des lycéens discutent, se balancent des vannes, que les canards sommeillent, que je rate mille photos à prendre du son ?

A l'hôtel, je suis ce qui se passe à Tolbiac, découvre ce que j'ai exactement envie de lire.

Le samedi matin, terrasses tranquilles, marché. Des Anglaises, des Allemands vont à la cathédrale. Un père explique à son fils la différence entre une bibliothèque et une librairie. Je bifurque, retourne à l'Esperluète quand je fatigue, reprends le train avec trois livres. Je sais que j'ai bien fait de rester dormir cette fois, de prendre un peu plus de temps que d'habitude, ne serait-ce parce que j'ai pu raconter mon histoire de "minute à" à qui voulait l'entendre (deux m'arrivent par mail dès le dimanche : merci !).

















 
Retour à Paris à midi. L'après-midi, je décide de passer voir l'exposition d'Agnès Varda à la galerie Galerie Nathalie Obadia, dans le Marais, sachant qu'elle y sera. Je ne pense pas lui parler longtemps, juste lui faire un petit signe.
Le petit signe, c'est plutôt à moi-même que je le fais : en pleine cogitation à propos de Bruits (même cause, même effet, j'étais déjà rentrée dans une rambarde en allant à la piscine l'autre jour), juste avant d'arriver, je m'étale de tout mon long en traversant la rue de la Verrerie. Talons, robe de printemps, sang, pharmacie, belle écorchure au genou : j'arrive à la galerie avec un pansement conséquent, au moment même où Jane B. va s'assoir aux côtés d'Agnès V et lui parle. Bien. Je fais un tour, me dis qu'en ce qui concerne la conversation, ce sera pour une autre fois !















(la même Jane à la Galerie de l'Instant, même quartier, quelques temps plus tôt, lors du vernissage de l'exposition Gainsbourg, salle pleine à craquer, oh, partir, revenir)

Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment : ce que disait ce signe. Ce que je retiens, et qui m'intéresse, c'est ce que j'entends Rosalie Varda expliquer de cette cabane constituée d'une seule pellicule de 1965 et des deux autres (cabane des Créatures, que j'avais déjà vue à la fondation Cartier, cabane de Sans toit ni loi, qui n'existe pour l'instant qu'à l'état de maquette) : l'espoir qu'elles voyagent, intéressent ; que cette exposition soit un début. 




















(la cabane est une serre, dont voici l'entrée)

Semaine instructive, donc, des livres conseillés aux manuscrits retrouvés, de cette chute qui m'indique à quel point je ne serai jamais mondaine, c'est ainsi, à ce que m'apprend le livre de Carlo Rovelli sur la gravité quantique, du soleil qui change la vision de la ville à l'écoute de Chartres (orgues, gravier, rivière,  ados, cloches...). 

*
La semaine prochaine, nouveau départ : mercredi, ce sera Belfort, deux jours d'immersion pour écrire avec les danseurs de Pièces détachées.

mardi 26 juillet 2016

Journal de l'été #5














Il y en a trop, il y en a tout le temps, et vous voyez très bien de quoi je parle. Comment tenir le journal, comment dire l'été ? Comment dire quoi que ce soit d'autre que ce dont on parle ? Comment tenir ?


Je ne poste donc dans ce cinquième épisode que des photos de Marilyn Monroe en train de lire.


















Chez elle, au Beverly Carlton hotel au début des années 50, ou ailleurs.


Elle lit des romans, des essais, des scénarios, les lettres de ses fans.


Elle achète le journal, elle emprunte des livres à la bibliothèque. Elle écrit, elle répond, elle apprend, elle réfléchit.


















Elle s'enregistre, elle répète, elle chante, elle écoute du jazz en même temps. 















Elle pose, elle s'arrête, elle sourit, elle reprend, elle oublie.


















Elle achète, on lui offre des livres, elle rencontre parfois les auteurs.


















Les photographes la prennent en train de lire dès qu'ils entrent chez elle. Quand elle se déplace, elle emporte un ou deux livres.

 
















Parfois c'est léger, parfois ça occupe l'esprit.



































Je cherche à écrire ce qui se joue là, mais pas ce soir, pas sur ce blog. Ce soir je regarde.


















Nous sommes tous pieds nus adossés au rideau à fleurs chez Natacha Lytess, la coatch de Marilyn.


















Nous achetons le journal sous l'oeil de Philippe Halsman. 


Lisons Leaves of grass dans l'herbe. 


















Etalons le courrier par terre pour bien montrer aux producteurs que.


















Nous rêvons. Sommes et ne sommes pas ici. Sommes et ne sommes pas Marilyn.





























Parfois ne le sommes pas du tout.


Nous rêvons. Nous avons à dire et à faire, et besoin de silence.











Parfois il semble qu'elle nous aide.


















Parfois c'est vraiment autre chose. Une surprise, une scène coupée.


Les yeux baissés, le sourire forcé qui n'est plus de mise, quelque chose de cet ordre, aussi.

 

Qui s'approche de la pensée, s'y suspend.


A nouveau en spectacle.


















Puis non.


















Avec elle et sans elle lire à nouveau, faute de dire.

 

dimanche 3 juillet 2016

Journal de l'été #1

L'idée m'est venue avant-hier de tenir ici un journal jusqu'à septembre, feuilleton un peu relâché qui mentionnerait les lectures, les sorties, les occupations d'un été parisien, studieux et fauché, tourné ou non vers une rentrée dont je ne sais pas ce qu'elle va être. De parler de ce qui a été lancé, se fera peut-être, ou pas, qu'il faut poursuivre ou laisser en suspens. Des curiosités. De la vacuité. Du trop-plein. De ce qu'il y a autour, ou dedans, ou ailleurs : quelque chose de l'ordre du vrac (le vrac, ça se dit ?) quand il faut construire tout le reste. 

 

Tout pourrait commencer par cette lectrice des Buttes-Chaumont dont on ne verrait que le dos, placée au bon endroit, qui n'entend pas les voisins. Le ciel n'a rien d'un ciel d'été, c'est pourquoi elle et moi pouvons profiter des Buttes, du frais, de l'herbe, du vent léger. 



Je lis ce livre, par exemple, Sporting club, offert par Yves, le libraire des Buveurs d'encre avec lequel je viens de monter un dossier de résidence pour l'an prochain. Monter un dossier, cela signifie avoir un nouveau projet d'écriture en tête et l'idée de tout ce qu'on pourrait proposer sur un an ; résumer sa vie son oeuvre ; établir la liste de ses publications, un dossier de presse, le budget ; rassembler, imprimer, photocopier un grand nombre de pièces ; ajouter deux exemplaires de deux livres qui ne vous seront pas retournés. Yves calcule que je passe 25 heures sur le dossier, lui 18. Nous le rendons juste à temps. Je vais même rue du Bac l'apporter en mains propres. C'est un moment très heureux : je traverse Paris mon dossier dans un sac en toile, il fait beau, doux, aucun obstacle ne se dresse. Les réceptionnistes du Conseil régional me vannent gentiment, ça n'arrive pas souvent, peut-être, l'auteur venu avec son dossier. Question d'économies (oui), d'assurance qu'il ne se perdra pas, mais aussi de liberté : celle d'avoir le temps de faire l'aller-retour, de s'asseoir dans un square, de regarder aux environs. Je passe près du Bon Marché qui ouvre, ah non, va ouvrir. Devant les portes des clients chic guettent les soldes. Je pense au décor Lafayette, bien sûr, mais aussi à Harrods où je suis retournée en janvier, grand magasin sur lequel finalement je n'ai rien écrit.  

 

(la preuve du dépôt du dossier, photo conseillée par le réceptionniste)

Dans le métro, un type regarde la couverture de Sporting club, premier roman d'Emmanuel Villin, épreuves non corrigées, mise en vente le 1er septembre. Durant ma lecture, je note ce qui m'intéresse égoïstement, pour mon propre livre : la piscine d'une ville qui ressemble à Beyrouth, bassin au-dessus duquel des avions passent bas.















Tout pourrait commencer et continuer par la lecture, l'écriture, la marche, la ville : voilà qui n'étonnerait pas grand monde. Lecture de graffitis, slogans des manifs où il m'arrive de me rendre seule, de rentrer épuisée par la violence physique, psychique, épuisement qui dure des jours. Pages web de journaux qui sont de moins en moins ceux qu'on retrouve en kiosques. Livres papier. Livres numériques et papier. Textes écrits à l'ordinateur, recopiés à la main. Légendes de photos. Mails pour trouver de l'argent, répondre à une offre, relancer. Ecrans.


















Surveillances est un livre qui m'intéresse en soi mais également "pour l'écriture", projet différent de celui qui m'a fait monter le dossier de résidence. Quoique. J'ai acheté Surveillances au Marché de la poésie, lieu où j'ai également bu un verre avec mon nouvel éditeur, tchin, top là, retrouvé des amis. Nous revoilà rive gauche, tiens, après la rue du Bac c'est maintenant Saint-Sulpice, sans compter la rue de Rennes bloquée d'une manif, trois façons d'envisager un quartier de la ville et chaque fois l'écriture au centre - comme il est étrange d'aller seul en manif quand on est écrivain, c'est-à-dire rien (l'écriture n'est pas un métier affirmait, péremptoire, l'encadré d'un livret destiné à ceux qui veulent accueillir un auteur en résidence, livret parcouru l'autre jour, j'avais envie de mordre). 

 













Je pensais faire court, l'article est déjà long. Nous en étions au dossier rendu. Prendre le métro et se dire, voilà, je balaye d'un geste le projet pour la résidence, je reviens à ce que j'ai à faire, mon livre en cours sur Marilyn Monroe. Oui, mais, il y a encore L'aiR Nu, Une ville au loin le site, le financement participatif qui m'occupe l'esprit, Une ville au loin le livre, qui paraît d'ici quelques jours...
Pour Ulule, il faut envoyer des mails, demander, expliquer, il y a la joie devant les réactions de ceux qui aiment notre page mouvante, de ceux qui font grimper le montant des dons. En même temps, j'ai peur qu'on n'y arrive pas, les délais sont courts, ça m'obsède un peu. Tout ce qu'on pourrait faire, si ça marchait, et l'élan que ça nous donnerait ! 
En attendant,  il faut écrire.

 













 
Heureusement, Marilyn is everywhere, même au plus kitch, même jetée à la poubelle (photo de M, que je remercie).

samedi 14 juin 2014

Ce qu'il y a

Ce qu'il y a c'est toujours autant de livres à lire, et ceux déjà lus oubliés, une phrase, un passage reviennent parfois en mémoire le samedi matin allongée sur le canapé à réfléchir à je ne sais quoi ah si à ces livres autour, dont certains n'ont pas été rouverts depuis des années

toujours autant de livres à écrire et les anciens à défendre toujours, certains continuent de vivre sans qu'on le sache mais à l'ignorer où passe l'énergie ? Il y a celui qui a été écrit il y a deux ans et qui devrait paraître. Celui qui a été écrit il y a trois ans et qui devrait être traduit. Celui qui a été écrit l'an dernier et auquel il faut trouver un éditeur mais je considère que ce n'est pas de mon ressort, que ce n'est pas mon métier et j'en suis déjà au suivant voire à celui d'après, voire à celui d'après encore tout en sachant qu'il ne faut pas lâcher mais quoi ? Celui que je dois écrire avant fin août et auquel hier après l'avoir expliqué à l'éditeur pour qu'il l'explique aux représentants je ne comprenais plus rien.















Celui (encore un autre) pour lequel on m'a également passé commande il faudrait que je le recontacte pour signer le contrat mais tu te vois passer ta vie à ça, toi (car il y a toujours quelque chose de cet ordre qui survient au moment d'écrire, comme si l'écriture tombait du ciel  la nuit et que le jour on n'avait plus à y penser) ?
Et encore un autre, qui me revient.

Il y a d'être passée de ville en ville, d'activité en activité, de texte en texte, allées et venues dans ce qui, à un moment, a été d'une importance capitale pleurer après lecture d'extraits de Franck lus par quelqu'un d'autre, que je n'aurais pas lus ainsi, j'y pense en entendant le texte c'est pourquoi l'émotion me surprend d'autant (au Blanc, pendant le festival) ; réussir à lire en public la crise d'angoisse de la fille des escalators dans les grands magasins sans que ça me trouble ensuite en proportion, tandis que l'an dernier à Belfort le passage avait déclenché une migraine (au Blanc toujours, avec Jean-Marc Montera) ; lire encore en public un extrait de Décor Daguerre lié à l'enfance, joli moment devant très peu de monde (dans la bibliothèque d'un village). Retrouver le niveau d'intensité exact, voulu et maximum à lire et à chanter un texte auquel je n'avais plus touché depuis longtemps (à l'Université Paris 7).

Il y a la vie matérielle toujours très difficile, je n'en parle jamais ici mais c'est le cas, et la réflexion que je mène pour tenter de m'en sortir tandis que j'entends au fur et à mesure qu'il n'y a plus de budget, que les projets sont décalés à l'année prochaine, voire à la suivante j'ai un trou de six mois dans le planning financier top départ c'est le moment de me proposer des choses inavouables / le planning écritures projets est lui parfaitement excitant et dense, tout ne cesse de croître

il y a la liberté 
totale
eh oui illusion ou non je m'en fous

soleil pluie monter dans un bus changer d'itinéraire grimper au premier étage d'un café et surtout se rendre parce qu'on écrit là où on ne serait pas allé/e


dimanche 18 mars 2012

lire écrire relire réécrire nager

lire par fragments ou en entier
relire un roman (ou plutôt des passages) qui fut déterminant à dix, quinze, vingt ans
lire un seul mot
lier les phrases
relire les siennes
et encore et encore et encore jusqu'à ce que plus rien ne bouge
ou alors laisser du jeu
lire des inconnus
pas de préface pas de résumé on ne sait rien 
léger vertige : aura-t-on un avis ?
relire pour être payée
se fixer sur des points de grammaire
parler structure surtout ne pas se hasarder plus loin
ne rien dire
laisser le dos les doigts faire le travail sur le clavier
les heures passent et le soleil tourne
lire ensuite pour soi dans le métro 
Tangente vers l'est de Maylis de Kerangal par exemple
prendre la tangente, oui, après les trois heures de relecture à taper sans rien dire
rentrer et relire son texte
version 1 version 2 les changements je les arrête quand ?
écrire son journal penser ce n'est pas de l'écriture tant mieux
lire son courrier 
préparer l'atelier
lire à haute voix les textes des autres
préparer sa lecture
se relire à voix haute
chaque millimètre écran papier a son importance
lire et relire et écrire réécrire et un jour dire stop
j'envoie
fichier pages qui s'accumulent
demain je passe à la poste

et pendant ce temps-là plus d'images 
l'appareil-photo ne veut plus rien savoir
laisser le manucrit dans sa pochette rouge

aller nager

mardi 15 novembre 2011

Aux Folies, quand il parlait d'Hubert Nyssen



















Je me souviens de la place que nous occupions, lui et moi, ce jour-là, aux Folies de Belleville : juste à côté de la table d'où parfois, tôt le matin, je regarde aujourd'hui les camions, les cyclistes grimper en direction de la rue des Pyrénées. 
C'était l'après-midi. Pourquoi nous être retrouvés là, alors que nous passions tout notre temps à la Sorbonne ? J'habitais Jourdain, oui, mais lui ? A Télégraphe, peut-être, il me semble que ça me revient. Partage de la ligne 11 qui relie Les Lilas à la station Châtelet, entraîne au centre-ville vers le quartier Saint-Michel (les PUF, Gibert, la librairie Compagnie, qu'il vénérait, le Champo et l'Action Christine). C'était avant qu'il ne réussisse les concours, ne devienne professeur, n'achète une maison au milieu des champs.

Nous étions étudiants en lettres et voulions devenir écrivains. C'était clair, net, ça et pas autre chose.

Cet après-midi-là, il m'a parlé d'Hubert Nyssen, chez qui sa soeur venait d'effectuer un stage, et de Paul Auster dont nous découvrions les romans. De  Nina Berberova, aussi ? Sûrement, je ne sais plus. Il s'était rendu chez Nyssen durant l'été et lui qui jusque ici ne jurait que par les éditions de Minuit au point, je crois, de lire tout ce qui paraissait, en était revenu ébloui. 
Je me souviens de son enthousiasme (brusquement, notre place au café se décale, nous ne sommes plus au même endroit. Il est possible que je condense quatre ou cinq souvenirs en un seul). Son enthousiasme, donc, pour l'homme et pour le lieu : il avait dormi chez lui, au milieu des livres. Devenir éditeur, à son tour, et ailleurs qu'à Paris ? Pourquoi pas ?
Je me souviens aussi, et c'est assez absurde, de ce qu'il disait de sa soeur : douée en langues vivantes, voyageuse, dotée de toutes petites mains. Les miennes, les siennes à lui, étaient petites aussi, ni mains de pianistes ni mains de travailleurs. Pourquoi la conversation avait-elle bifurqué ? (durant le stage s'agissait-il de fabriquer les livres ?). Bref, nos mains, la tasse, la soucoupe, la cuiller et le sucre sur la table bancale du café Les Folies.

Nous nous sommes beaucoup écrit pendant qu'il était à l'armée. Parlions écriture, lectures, lectures et écriture, ainsi de suite. Il a passé les concours. J'ai renâclé.
Il a réussi le Capes, a commencé à gagner de l'argent, s'est acheté cette maison au milieu des champs, la voiture pour y accéder. Nous nous sommes perdus de vue.

Parfois je tape son nom dans un moteur de recherches. Aux dernières nouvelles, il est toujours professeur. Ecrivain ? Je ne l'ai pas trouvé. Mais peut-être écrit-il sous un autre nom que le sien ?

Vit-il toujours au milieu des champs ? Et qu'a-t-il ressenti hier, quand il a su la mort d'Hubert Nyssen ?

*

Notes prises après avoir lu le très beau texte de Christophe Grossi, Le Catalogue d'Hubert Nyssen (lire à 20 ans), sur son site, Déboîtements.

mercredi 7 septembre 2011

avec ou sans #cartepostale



















Va voir ailleurs si la terre est belle, un peu, va voir si ça tient, si ça te dissout, si la vitre ouverte, si la voix les notes t'emportent, si tu t'en empêches ou si tu te lances, va-t'en, va savoir si l'ombre et si l'épaisseur et si l'air marin et si les nuages et la transparence te changent, et si tu t'effaces, et si ça t'invente, c'est ainsi peut-être, peut-être autrement, mieux ou pire qui sait, t'enchante ou te broie, pour mieux en rêver, oublier encore et oublier mieux, tout en écoutant, et les yeux ouverts, le monde indocile.


tentative de description d'un livre numérique lu, aimé, avec ou sans carte postale

lundi 15 août 2011

Deux semaines de cartes postales

Quelques jours avant le 1er août, j'ai envoyé un message sur Twitter expliquant à mes abonnés que j'avais envie de recevoir des cartes postales entre le 1er et le 15 du même mois. Il s'agissait de "vraies" cartes, indiquais-je, ce qui sous-entendait sans lien, sans gif animé, écrites à la main et envoyées à mon adresse postale, précisée sur demande en message privé.
Ce qui, en langage Twitter, donnait : 

a tout à coup envie de recevoir des cartes postales (des vraies ;-) et ce, durant les deux premières semaines d'août #lubie

Message envoyé dans l'après-midi, repris le soir : 

réitère sa demande de l'après-midi : recevoir des cartes postales les 2 premières semaines d'août (adresse en DM) #lubie #parismorneplaine

J'avais indiqué qu'il s'agissait d'une lubie parce que je n'avais aucune idée de ce que je ferais de ces envois. Je pensais évidemment informer les expéditeurs de la bonne réception de leur carte, via message privé toujours, mais c'est tout. Enfin... je me doutais que j'en tirerais peut-être quelque chose (comprenez : en ligne), mais je ne savais pas quoi et ne voulais pas y penser, trop occupée par le texte que j'écris en ce moment.

L'expérience n'est pas terminée, lenteur de la poste oblige. Mais puisque je voulais recevoir les cartes entre le 1er et le 15 août, autant ne pas attendre celles qui arriveront demain ou les jours suivants : je les ajouterai à ce billet au fur et à mesure, voilà tout.














Le premier jour, je n'ai pas reçu de carte, ce qui est assez logique. Par contre, une dizaine de personnes m'a proposé de m'en envoyer, chiffre au-dessus de mes prévisions et qui m'a fait plaisir (depuis, cinq autres de mes followers, je crois, ont rejoint les premières recrues). J'ai eu envie de marquer le coup, même sans carte. Mais comment faire part de cette absence ? J'ai décidé de photographier chaque jour les cartes reçues et le(s) livre(s) consultés ou lus.
J1 : pas de carte, mais un roman policier trouvé l'an dernier sur une étagère destinée au pilon et terminé dans la journée. J'ai envoyé la photo via Twitter (qui venait juste d'améliorer ses services en proposant un nouveau système d'intégration d'image au message, d'ailleurs) et sur Facebook. 
A propos de Facebook : ce n'est pas sur ce réseau-là que j'ai lancé mon appel, pourquoi ? J'y ai pourtant deux à trois fois plus d'amis que sur Twitter... Mais justement : Twitter offre une plus grande proximité avec les gens que l'on y croise, me semble-t-il. Par contre, mettre aussi les photos sur Facebook, dont l'interface permet de créer des albums, oui. Même sans expliquer le projet (tout à coup, la #lubie est devenue projet, impulsé par les réponses mêmes de mes abonnés).














J2 : les premières cartes arrivent. Je prends consciencieusement des notes pour mon livre sur les grands magasins (Décor Lafayette) et lis un manuscrit (image de ma #viedelectrice, hashtag récurrent sur Twitter). Des deux expéditrices, j'en connais une "en vrai".















J3 : cinq cartes d'un coup, voilà qui commence à ressembler à quelque chose ! A une expérience, oui :  comme c'est le cas pour la plupart des gens, par la poste je ne reçois que des factures. Alors cinq cartes arrivées le même jour... Parmi elles, une seule m'a été expédiée hors #lubie. Les autres viennent de Twitter.















J4 : à nouveau le manuscrit, que j'aurais terminé de lire ce jour-là, un roman d'Erri de Luca acheté en vacances et deux cartes d'Avignon (ce ne seront pas les dernières). L'envoi des photos sur Twitter suscite des commentaires : on commence à me dire quand les #cartespostales ont été postées et à s'inquiéter de ne pas les voir arriver. De mon côté, je tente de comprendre à quelle heure passe le facteur, ce dont je me fichais éperdument jusque là (entendez : depuis quelques années).














J5 : deux cartes, en noir et blanc (le hasard). Pas de livre mais j'ai passé la journée à lire et à relire mon texte en cours, dont à ce moment-là je n'ai pas imprimé de page : photo de l'écran, donc.














J6 : c'est dimanche, pas de carte. J'en profite pour faire prendre l'air à ce qui commence à ressembler à une petite collection.














J7 : pas de carte, pas de livre non plus car la tête dans le mien toute la journée. Impression et musique, à la place.














J8 : toujours pas de carte. Sur Twitter, d'Avignon, Marseille ou Paris, nous commençons à nous poser des questions sur le service de la poste. De part et d'autre, nous voilà en attente : à l'heure des mails, situation inédite.
A la bibliothèque de Montreuil, je trouve Passion simple d'Annie Ernaux (lu dans la journée) et Pan de Christophe Tarkos auxquels s'ajoute Sévère de Régis Jaufret que je viens de commencer. Ce qui me frappe : tout ce qui est dit au début de Passion simple ne pourrait plus se dérouler de la même façon aujourd'hui . La narratrice ne sort plus de chez elle parce qu'elle attend un coup de fil de son amant sur son poste fixe. Lorsque le téléphone sonne enfin et qu'elle décroche, elle est déçue si ce n'est pas lui, etc.
Partie à l'étranger quelques jours, le seul moyen qu'elle trouve de rester liée à lui est l'envoi d'une carte postale. Il ne la reçoit pas.














J9 : dix cartes dans la boite ! Je les photographie à Paris Plage (19e arrondissement), sur les marches d'un pont qui enjambe le canal de l'Ourcq.


















J10 : le facteur (#jeunefacteur), rencontré pour la première fois il y a quelques jours, m'a paru enthousiasmé par l'idée d'apporter autre chose que les éternelles missives d'EDF and co. Durant ces dix jours, quelques habitudes se créent, en particulier celle de recevoir une à deux cartes par jour de la même personne, cartes numérotées avec très beau texte au dos. 
Pour les photos, je tente de varier les plaisirs : voici le zinc, brûlant l'été, de mon balcon.



















J11 : tant que j'y suis, et pour fêter les huit cartes reçues ce jour-là, photo de Britney sur une peau de bête (légendée ainsi sur Facebook et Twitter, ce qui lui vaut son petit succès ;-)
(et me voilà à mettre des smileys sur ce blog, tiens)















J12 : première recette de cuisine parmi les cartes postales, un livre, un disque et l'assurance, via Twitter, de recevoir encore du courrier dans les jours à venir.















J13 : Dimanche, à nouveau. Comme les chandelles, en tout, je compte trente-six cartes. Joli, non ?

Sommes le 15 août. Attendons la suite.

16 août. La voici :














J14 (oublions le 15 août) : six cartes reçues, dont un marque-page (la belle idée), qui me font faire le tour du pays : Albert, ville traversée moult fois en train du temps de Béthune, sans jamais y poser le pied ; Marseille, et entre les deux le Cotentin, Paris et sa BNF. Britney, passée de la peau de bête à la valise, a-t-elle rencontré le narrateur de Jean Rolin ? Je ne le dirai pas mais depuis tout à l'heure, lecture terminée sur la ligne 2 direction Etoile, je le sais.














J15 : le #jeune facteur arrive pile au moment où je m'en vais, valise de la veille en main. J'intercepte sept cartes, photographiées ici dans le TGV avec L'Eloge de la fuite d'Henri Laborit. L'une d'entre elle, très mystérieuse, consiste en papier plié entièrement scotché de noir, qu'il faut détacher délicatement pour en connaître l'expéditeur et le contenu. Se trouve aussi une carte-poème. De tout cela je reparlerai bientôt.
Au total : 49 #cartespostales emportées en vacances.