jeudi 2 janvier 2014
sans trop savoir (au Louvre, 1er épisode)
dimanche 20 janvier 2013
J-4
mercredi 30 novembre 2011
Dans le magasin à fiction
samedi 20 février 2010
Ecouter Nathalie Sarraute
Tropismes lu par Nathalie Sarraute, qui en explique la genèse, Madeleine Renaud et Isabelle Huppert.Trois notes de piano entre elles. Retrouver la voix douce de Madeleine Renaud entendue il y a peu dans la nuit, nouvelle de Maupassant qu'on aurait crue écrite pour elle (par elle). Se souvenir de Harold et Maud au Théâtre de la ville. Se souvenir de Nathalie Sarraute écoutée sur cassette, texte lu par l'auteur, chaque mot détaché, si bien lié au suivant, cassette désuète, retrouvée sans pouvoir rien en faire. Se souvenir d'Isabelle Huppert dans Les Cahiers du cinéma parlant de Nathalie Sarraute. Se rappeler aussi le petit cheveu sur la langue d'Isabelle Huppert, maîtrisé de plusieurs manières, donnant à la phrase son léger, continuel suspense. Revenir à la voix de Nathalie Sarraute, proche de la pierre, quand celle de Madeleine Renaud évoque le bois clair, celle d'Huppert le fer, le verre (mais pourquoi penser, inévitablement alors, aux toits du Grand Palais ?).
Violences. Rapports de force. Menaces, conversations, dissections, l'expression une femme d'intérieur entendue dans un salon de thé...
lundi 19 octobre 2009
19 octobre 1999, jour de la mort de Nathalie Sarraute
C'était cette interview d'elle, peu de temps avant, par une journaliste du 20 heures :
" Quel conseil donneriez-vous à un jeune écrivain ?
(elle réfléchit quelques secondes)
- Ne pas écouter les conseils."
Et Tu ne t'aimes pas : Vous ne vous aimez pas. Mais qui n'aime pas qui ?
Elle avait 99 ans. Evidemment, j'y pensais de temps en temps, au fait qu'elle allait mourir. Mais j'ai pleuré. Il m'a regardé, a eu l'air inquiet. Je l'ai regardé aussi, lui ai dit de ne pas s'inquiéter, que ces larmes n'avaient rien à voir avec lui. Lui ai dit qui elle était, et qu'elle venait de mourir, et qu'elle avait 99 ans, et que peu importait cet âge...

Lors de la visite de la Bellevilloise, samedi, thématique liée aux décors, nous avons lu un extrait d'Ici. Le voici :
C'est là de nouveau, ça emplit tout... ça se tient là immobile, immuable, aucun changement d'une fois à l'autre... le pan de mur en plein soleil, les larges pavés arrondis, l'herbe entre eux d'un vert grisâtre, l'épaisse pierre patinée du vieux banc et au-dessus les branches couvertes de fleurs roses qui montent du mince tronc rugueux en touffes duveteuses... Et voici dans cette immobilité parfaite, dans ce silence... il semblait qu'il ne pouvait y avoir ici aucune présence... brusquement ces mots : « Comment il s'appelle déjà, cet arbre ? ». …
Mais ce n'est rien, une brève intrusion, une menace de destruction qui sera repoussée en une seconde... « C'est... c'est... » Le nom est là, il attend, tout prêt à accourir, il n'y a qu'à l'appeler... « C'est un... c'est un... voyons c'est un... » et il ne vient pas... le talisman qu'il suffit chaque fois de saisir et de tendre, le talisman qui détourne le mauvais oeil n'est plus là... mais que se passe-t-il ? mais ça ne s'est jamais passé, c'est la première fois...
L'inspecteur indifférent, insensible se tient sur le seuil, il attend... qu'il prenne patience, il l'aura, la pièce exigée... elle était toujours ici... comment a-t-elle pu se perdre ? il faut bien chercher, elle va sûrement se retrouver...
Le pan de mur, les pavés, l'herbe, le banc sont devenus un peu irréels, inconsistants... un décor dressé là pour que sur lui l'arbre se détache... Un arbre anonyme, un arbre étranger... il doit absolument révéler son identité, il ne faut pas le lâcher, il faut l'interroger encore et encore, tenir là, exposé, son mince tronc rugueux, ses branches couvertes de touffes de fleurs qui se dressent comme des panaches, des plumets... il faut l'enserrer, le presser, le soumettre à la question... mais rien n'en sort, pas le moindre indice, rien qui puisse permettre de retrouver son nom...
Peut-être que de le traiter avec plus de douceur, le ramener et le replacer dans son décor réel où il s'épanouirait à l'abri de toute contrainte... devant ce petit mur blanchi à la chaux, derrière ce banc, sur cet espace rond entre les pavés où il s'enfonce... peut-être que dans cette ambiance familière tout naturellement il se laisserait aller... mais il ne livre rien... il se dresse à distance... un arbre sans plus... juste un arbre...
Eh bien alors que tout autour de lui disparaisse, qu'il ne reste ici que ce qui n'est qu'à lui, cela seul, il faut l'examiner de très près, c'est cela seul qui le distingue de tous les autres arbres, ce sont là ses signes particuliers... ces branches de fleurs rose pâle... duveteuses, vaporeuses... elles flottent autour de lui... elles l'entourent d'une brume légère... Quelque chose se condense, va sourdre... qu'est-ce que c'est ? C'est quelque chose de joyeux, oui, de rieur... des rires... des ris... ris... Tamaris... aucun doute possible, c'est un tamaris... d'un seul coup tout est revenu... un tamaris... le talisman était passé tout près, mais il n'avait servi à rien... comment ce gros et encombrant lisman qui était accroché à ta aurait-il pu permettre de suivre à la trace, de rejoindre tamaris ? Ta-ma-ris...
Nathalie Sarraute, Ici, Gallimard, 1995.
Ce matin, on peut lire également des textes de Nathalie Sarraute sur Tiers Livre et Lignes de fuite, et consulter leurs liens bien sûr.