l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 26 mars 2017

Histoire des décors













Il y a quelques années, j'ai retrouvé un cahier dans lequel j'avais consigné mes projets d'écriture du moment (depuis longtemps j'ai, sans le vouloir, sans le chercher vraiment, l'équivalent de dix ans d'écriture devant moi, soit entre cinq et dix projets de livres). Une page faisait mention de trois "décors", trois livres à écrire pour arriver à un ensemble et les notes étaient très précises : il y était question de Décor Lafayette, de Décor Daguerre et de Dita Kepler, nommés ainsi, et de la raison d'être de chacun.










J'ai été très étonnée de découvrir que le cahier datait de 2006. A l'époque, j'écrivais Franck depuis un an, n'en étais encore qu'au premier tiers. Tout entière plongée dedans, à un point que je n'ai ensuite plus retrouvé, je crois. Immergée, envahie durant des mois... Et pourtant, si on se fie au cahier, j'avais déjà idée de la suite : une extension de la notion de lieu (à l'oeuvre dans Fenêtres, Franck, Cowboy Junkies, Autour de Franck, Tu n'es jamais seul/e dans la nuit, Des Oloé et Laisse venir, si on y réfléchit) à celle de décor, prise dans une acception très large. 
















Décor, m'avait dit alors le Robert : ce qui tient de la décoration mais aussi du naturel, de l'artificiel, du fond, de l'arrière-plan, de la toile peinte, du lieu de l'accident (se retrouver dans le décor). Bref, tout et son contraire, le monde entier quelle que soit la scène, le virtuel, le réel, le factice... Tout sauf le personnage et l'histoire.













Voilà qui m'allait parfaitement. J'allais pouvoir faire des écarts. Même si c'était déjà le cas dans Franck (un personnage, appelé "l'homme", se métamorphose tout au long du texte jusqu'à devenir parfois une boule de papier qu'on froisse, et il est pour moi essentiel, c'est le point d'équilibre du livre, qui n'est ni une biographie ni une autobiographie pour cette raison même), ça restait discret. 



















Mes notes :
Décor 1 : Décor Lafayette. Le grand magasin, lieu de l'ancrage dans le sol, monument historique qui représente la France aux yeux des touristes, inamovible sur son boulevard, et pourtant conçu dès le départ comme devant faire tourner les têtes, effacer les repères : toujours en mouvement, sous peine de disparaître.
Décor 2 : Décor Daguerre. La rue Daguerre filmée en 1975 par Agnès Varda, lieu de l'immobilité selon elle (il ne s'y passe rien), fixé pour l'éternité sur pellicule et pourtant relégué à jamais dans le passé. 
Décor 3 : Dita Kepler. Là, ce n'est pas le décor passé au premier plan qui devient personnage, mais l'exact contraire : le personnage, qui n'en est plus un, a perdu son statut au profit de celui d'avatar d'une plateforme virtuelle, se change en pans de décor pour réussir à progresser dans le monde réel où je le plonge.



















Ce qui pose la question de l'immobilité et du mouvement ici est rattaché à des questionnements sur le vacillement de l'identité, de la pensée, du langage, de la santé mentale, en tout cas dans mon esprit. D'où le désir de ne pas faire de Dita Kepler un livre, mais d'écrire simplement des textes qui seraient lus en public de temps à autres. Ne pas figer, ne pas fixer Dita Kepler.





J'avais - et j'ai toujours - l'idée des trois décors dans cet ordre-là. Pourtant, je les ai écrits et ils sont parus d'une toute autre façon. J'ai commencé à écrire du Dita Kepler en résidence au Cent Quatre, en 2009, tandis que j'attendais la sortie de Franck. DK, inspiré par le lieu en travaux ne fut en effet jamais autre chose, à cette époque-là, qu'un support de lectures en public. 
Ensuite, j'ai écrit Décor Lafayette. Premier croisement des deux à la Bellevilloise où, ne réussissant pas à poursuivre Dita Kepler, parasitée par le manque d'accueil du lieu, j'ai écrit le chapitre sur la géante exhibée au Palais Royal. Je m'en souviens car Lya Garcia était venue incarner les deux, géante et Dita.














Décor Lafayette, donc, et sa parution chez Inculte en 2013. Décor Daguerre aurait dû suivre et je l'ai écrit cette même année, tout en faisant pour la première fois (ou presque), apparaître DK sur un support d'édition : ce fut Journal du silence journal de la lutte, écrit sur Twitter et retravaillé pour remue.net avec Joachim Séné.












Mais pas de parution, finalement, de ce Décor Daguerre, manuscrit laissé de côté et retour à Dita Kepler grâce à deux propositions de publications : une chez Joca Seria (Ile ronde), l'autre aux éditions La Marelle (Anamarseilles) tandis que Décor Lafayette se retrouvait indisponible. 













Les trois décors, impossibles à lire en même temps ? Jusqu'à ce jour, oui, sauf à avoir le goût de la collection. 










Ce qui les unit, en tout cas, c'est ceci : à chaque fois, une femme marche, avance, arpente le décor. Dans DL, elle n'a pas de nom, elle est toutes les femmes. Dans DD, il s'agit très précisément d'Agnès Varda, et de temps à autres de moi. Dans DK, c'est Dita Kepler, qui porte un nom de femme sans en être une. Rue La Fayette, rue Daguerre, Second Life, Cent Quatre, Twitter, remue.net, lac de Grand-Lieu, quartier de la Friche à Marseille : en onze ans, le décor s'est étendu lui aussi.



















Jusqu'à il y a peu, j'étais incapable de savoir pourquoi cet ordre, DL, DD, DK. Maintenant c'est plus clair. 
Le premier dessine un arbre avec tronc et branches, mais sans racines : le tronc, c'est la rue La Fayette, les branches, les rayons des grands magasins.
Le deuxième lui ressemble, mais avec des racines : le tronc, c'est la rue Daguerre, les branches, les voyages de Varda et les miens, ses films, mes lectures ; les racines, ce sont les années 70, qu'elle montre et dont je me souviens. 
De ces histoires d'arbres j'ai déjà parlé ici, et plus d'une fois
Mais ce que j'ai compris il y a peu, c'est la jonction avec Dita Kepler : le dernier décor passe à l'horizontale. Les branches, les racines, c'est pareil. Sans début ni fin, capable de s'étendre perpétuellement, le dessin qui pourrait le représenter ne serait plus celui d'un arbre mais plutôt d'un rhizome.










(pardon, ici il s'agit d'une anamorphose)
Je livre là ce qui m'est venu au fil des années, de ces onze ans de décors : évidemment, je n'avais pas tout ça en tête dès le début. La forme rhizomique est celle qui me ressemble le plus, je crois, mais elle est difficile à transmettre, à faire comprendre : n'ayant pas de centre, de squelette défini, DK ne touche qu'un tout petit groupe de lecteurs. 

 







Parfois, ceux-là viennent dire : Dita Kepler, c'est moi !, ce qui me fait beaucoup de bien. 


Et donc aujourd'hui Décor Daguerre paraît, avec ses Demoiselles de Rochefort, ses débuts de la photographie, son boucher à l'heure de la sieste, son magicien anarchiste.
Pour l'instant, les gens le reçoivent, ne l'ont pas lu. Au moment où j'écris, il est en piles au salon du livre sur le stand de l'éditeur ; peut-être entre les mains de certains, dans la valise d'autres. Il est chez Agnès Varda, à la mairie du XIVe, chez le libraire des Buveurs d'encre...
Où va-t-il me conduire ? C'est à la fois la question qu'il me pose et le sujet du livre.















En attendant de le savoir, et même à l'accompagner comme on dit, je quitte le décor, en retourne à ce qui, en germe dans DD, m'occupe depuis trois ans : la question du portrait, du modèle, de qui regarde, est regardé. Un autre cycle, j'ai l'impression...
Et donc, à bientôt, bonne lecture ! Voilà ce qu'il me restait à dire, maintenant qu'il parle à ma place.

*

Note : les illustrations du billet suivent l'ordre des décors jusqu'aux photos du livre Décor Daguerre
Les plans de la rue La Fayette, tirés de DL, sont de Dominique Brenez ; les photos de l'arbre de mots-clés ont été prises par moi puis par les éditions de l'Attente ; les captures d'écran du Journal du silence de Dita Kepler sont celles du site remue.net ; les croquis d'anamorphoses viennent du livre Anamorphoses cité dans Anamarseilles. Quant à la petite photo de Marilyn, il s'agit d'un cadeau glissé dans le paquet par mon éditeur, que je remercie !

lundi 25 janvier 2016

L'écriture invisible

La vie matérielle : je suis en train de passer d'un ordinateur à l'autre, de quitter le vieux netbook acheté en 2009 avec l'argent du festival de littérature de Deauville qui m'avait accueillie pour Cowboy Junkies (soyons précis). Je copie donc mon dossier appelé écriture pour le transférer sur le nouvel ordi, soit 5098 éléments, paraît-il.

Je sais que j'écris davantage que ce qu'on peut en voir, et cela fait plusieurs jours que j'ai envie de rédiger un article sur ce qui n'apparaît pas, en tout cas pas maintenant, existe quand même, oui mais sous quelle forme, etc. Avant de m'y mettre, je regarde le contenu du dossier écriture que je suis en train de copier. Outre les multiples versions de tous les manuscrits (Franck, Décor Lafayette, Décor Daguerre...), les parties Ateliers, Résidences, L'aiR Nu et un certain nombre d'inédits, je trouve : 
- un vieux dossier reprenant le contenu de l'ordinateur précédent (début des années 2000) #miseenabîme
- de la documentation jamais lue sur "comment accueillir un écrivain en résidence" (j'ai déjà un avis sur la question)
- des photos de Richard Widmark
- un "Nouveau dossier" vide depuis le 29 janvier 2014
- tiens, un petit montage de textes pour Cécile Portier sur le thème de la marche en ville, que je suis très contente de retrouver. Si contente que le voici :


 

Quitter le terrain

La neige ne tombe plus, craque encore et nous jouons dans la lumière entre les phares et les portières. Nos parents dans les caravanes, les bonbonnes de gaz dans la soute, tout pose.
Notre ville de lumière nous tient chaud
Notre ville de lumière nous retient
Je cours en mâchant des cheveux
un peu plus loin dans l’ombre un enfant me suit
ou même deux

Les mômes, ne quittez pas le terrain
Les mômes n’allez pas à la ville

Mais nous allons quand même
La bruyère, les plates-bandes, la route
Qui nous rassurera ?

Vivre là, extrait de Bruits, roman en cours

Courir

On court, on court, la grande et la petite, quoique pas si petite, la petite, grande pour son âge, même. On court, la mère et la fille, et main dans la main je crois bien, pour aller regarder Les Demoiselles.
J'ai le souvenir de pavés, de trottoirs, d'une place qu'on traverse, le soir tombe, on contourne et on se précipite, vole presque, bientôt 20h30 le film va commencer.

On file, on file, deux silhouettes à manteaux, cheveux longs, l'une blonde l'autre brune, si vite qu'on dirait dans un couloir des hirondelles, sur un toboggan des sauterelles, deux super héroïnes propulsées par le vent ou montées sur ressorts, celle d'une boite à musique et poupée en tutu. Dans cette course en ville une joyeuse mécanique, voir ce qui intrigue, l'inconnu (mais de quoi elle me parle ? qui sont ces demoiselles ?).

Ah oui, il y a de la joie dans ce démarrage en flèche : enfin on est parties.

Mes demoiselles, texte inédit (extrait)


Suivre quelqu'un

Je te suis. Si tu le sais ou non, je l'ignore. Si tu détectes mon pas je ne pourrais le dire. Tu marches droit encore, allure au ralenti mais on peut présumer que tu sais où tu vas, mains dans les poches, nuques et dos raides. Ou plutôt non. Tu te penches déjà, à l'arrêt, au feu rouge, demandes quelque chose, l'autre ne répond pas. Tu t'agaces et oublies dans la nuit qui s'annonce. La rue par ses contours commence à s'estomper, poste, gare, voies et rails tandis que la station-service, néons offerts, prend position. Piéton, tu t'y diriges. 
(je me cacherais presque mais dans quelques instants ce ne sera plus la peine, tu ne verras plus rien. En tout cas je le crois, je ne suis pas à ta place mais)
Tu entres. La boutique vend de l'alcool jusqu'aux premières heures, y fait sa pelote, argent et conséquences qu'un jour elle n'assumera plus. Je sais ce que tu achètes. Je le saurais les yeux fermés. Te voilà ressorti, déjà plus indistinct, bras et jambes morcelés que la nuit dépareille – à quelques mètres à peine c'est toi, ce n'est plus toi devant la gare de l'Est, dans la rue Saint-Martin. Tu t'ébruites, t'émiettes. Autour le monde s'écarte et tu prends trop de place, gesticules et tu cries, et tournes sur toi-même. Sauf à te protéger pourquoi te suivre encore ?
(qui peut imaginer maintenant où tu vas)

Te suivre, texte paru dans la revue d'ici là


















Le premier de ces trois extraits, Vivre là, est issu d'un roman, Bruits, que non seulement je n'ai jamais terminé mais dont j'ai utilisé le titre pour écrire un second texte durant 365 jours l'an dernier, qui n'est pas un roman et dont je n'ai encore rien fait. Je m'aperçois à l'instant que ce premier Bruits (le roman), ah merde, mais j'y tiens beaucoup, en fait, il faudrait vraiment que je m'y remette ! Selon mon vieux dossier écriture (celui de l'ordinateur qui précède le précédent), la dernière fois que j'ai touché au texte, c'était en 2004. Et, hum, Vivre là est en ligne sur remue.net... à l'époque où il s'agissait encore du site de François Bon ! Pour une conférence que je dois animer mercredi à Evry, je suis depuis quelques jours en pleine exploration du web des années 90-2000. Eh bien voilà. Nous y sommes.

Le second extrait, vous l'avez peut-être déjà croisé : il appartient à la série Mes demoiselles, que j'avais postée ici même et qui, en réalité, est un des feuilletons qui constituent Décor Daguerre (Demy Varda etc). 

Le troisième est un texte paru dans la revue dirigée par Pierre Ménard, d'ici là, originellement écrit pendant un des ateliers qu'il a menés à l'espace Château Landon en 2010. Ceux qui ont lu Franck auront peut-être reconnu une parenté avec mon livre (c'est le cas). La revue d'ici là, autrefois payante, est désormais en accès gratuit. Autant dire qu'en fait, ces trois textes retrouvés étaient à la fois et depuis longtemps sur le disque dur de mon / mes ordinateur(s) et quelque part en ligne. Mais où ? Et comment les atteindre, en général ? Et pourquoi les exhumer, soudain ? Et les autres, alors, tous les inédits qui restent éternellement dans le dossier écriture, qu'en faire, si je les aime encore ?

L'écriture invisible, c'est en partie cela, je crois : ce qu'on a oublié. Ce à quoi on s'est voué corps et âme à une époque (mais vraiment) et que, malgré tout, on n'a pas terminé. Qu'on a délaissé pour passer à une autre forme, qui elle a trouvé une fin. Qu'on ne peut plus relire à cause d'un seul refus (c'est le cas de mes poèmes pour la route, dont trois sont parus en anthologie, pourtant). Qu'on n'a jamais eu le courage d'envoyer en lecture, parce que sûr-e à l'avance de ne pas trouver la bonne case. Qu'on ne met pas en ligne pour autant - et là, je me demande pourquoi.
Je me dis que mon désir d'être lue, s'il existe bien, est toujours second, il n'y a rien à faire. Le désir premier, c'est d'écrire. Etre lue n'est pas, chez moi, le moteur principal et c'est sans doute un handicap. Un manque, une faiblesse. Etre lue est pourtant essentiel si je veux continuer à écrire, et je suis très loin d'être indifférente au fait de ne pas l'être, ou pas assez (il n'y a qu'à voir l'effet que me fait le manque de réaction face aux parutions d'Ile ronde ou d'Anamarseilles. Je n'en parle pas ici mais c'est évidemment très difficile). Pourquoi je ne mets pas en ligne tous ces inédits si j'y tiens toujours, par exemple, sans parler des les faire parvenir à un éditeur ?


















Réponse : parce qu'entre temps je suis passée à autre chose. Je me dis que j'aurais toujours le loisir, un jour, de revenir en arrière et ce n'est jamais le cas. Il y a toujours un, deux, trois, quatre nouveaux projets droit devant. Mais du coup, rien ne fructifie. J'écris tout le temps et c'est presque tout ce qui se passe. C'est trop d'efforts pour le résultat obtenu, ça ne va pas. 
Certes, me dira-t-on, mais c'est normal, puisque tu ne prends pas en compte (ou pas assez, en tout cas) le fait d'être lue au moment même où tu écris. C'est assez vrai. Je ne le prends parfois pas en compte du tout. Parfois un peu quand même. Mais jamais énormément, c'est certain. Ce qui m'intéresse, au moment où j'écris, c'est d'aller chercher du neuf, pas encore de savoir comment je vais le communiquer. 
(tout cela est dit grossièrement, c'est évidemment plus complexe, mais j'ai besoin d'avancer)

L'écriture invisible, c'est aussi autre chose : l'écriture en carnet, sous format papier de ce qui pourrait s'écrire sur ce blog. J'ai bien conscience, depuis un moment, de ne plus écrire dans cette interface. De proposer simplement des informations sur ce que, par ailleurs, vous ne pouvez pas lire : par exemple, sur Diptyque, une pièce chorégraphique que non seulement vous n'avez pas vue, mais qui ne fait entendre qu'une petite partie de ce que j'ai écrit. Or, quand la chorégraphe Caroline Grosjean m'invite à noter mes réflexions à partir de notre expérience commune, qu'est-ce que je fais ? Je commence par utiliser un carnet, et non me servir de mon blog. Mais pourquoi, enfin ? Je ne sais pas. Sans doute la beauté du carnet et le fait qu'il s'agisse d'un cadeau me poussent-ils à agir ainsi : ce sont des propulseurs. Mais tout de même.

J'ai écrit De la ville au Loing (le texte pour la résidence de L'aiR Nu) sur un carnet bleu, que j'ai ensuite recopié et retravaillé au clavier avant de lire à voix haute et d'enregistrer le texte tapé pour l'envoyer aux autres membres du collectif sans le leur donner à lire.
J'écris sur un cahier rouge un journal de mon nouveau livre lié à la figure de Marilyn Monroe alors que je n'ai plus avancé sur le texte depuis un moment.
J'ai entamé le texte consacré à Diptyque sur le beau carnet. 
Et être lue, alors ? Où et quand et comment ? Ce n'est pas que le sort de mes textes ne m'intéresse pas, au contraire. C'est bien pour donner une chance au livre que j'ai enregistré l'intégralité d'Anamarseilles. Que faire de plus, de mieux ?
Je réfléchis.
Et me demande :est-ce que tout cela parlerait à quelqu'un ? 


*
(ce propos est sans doute à suivre)
(quant aux, photos, elles sont tirées du dossier gigogne écriture, où je ne mets normalement pas d'images. Je crois que celle de Fenêtres à la vitre est d'Emmanuel Delabranche et que la première vient d'une exposition sur les ouvriers en grève de l'usine Chaffoteaux, dans la région de Saint-Brieuc. Les gravures sont des illustrations du Petit Poucet et de La Belle au bois dormant)

mercredi 13 janvier 2016

Anamarseilles, lecture intégrale




Petit cadeau de début d'année : se promener, se perdre dans Marseille, passer de l'éventail au couteau, de la gare Saint-Charles à la corniche Kennedy, se déplier, se tordre, longer la rue et les rails, c'est désormais possible en version audio grâce à la lecture intégrale et gratuite d'Anamarseilles présente sur le site de la Marelle.


Magie de la mise en ligne de Pascal Jourdana : on peut, comme dans le livre, choisir de commencer par le parcours qu'on veut : anamarseilles (version Dita Kepler, fiction, poème, anamorphose) ou Anne à Marseille (version autobiographique, souvenirs, désirs, questions qui se posent durant une résidence). La page comprend, outre le découpage en fichiers son très courts, la possibilité d'écouter le texte en continu. Elle permet également de suivre le voyage en images.



Ainsi, prenez ou non un casque, fermez les yeux si vous voulez, installez-vous confortablement et bon voyage !
PS : en ce 18 janvier, la page a été clarifiée et allégée par la Marelle, les photos s'affichent plus vite et la logique du texte, de sa structure, est plus visible.

dimanche 27 décembre 2015

Crossroads / 28

La dernière fois qu'est apparue cette rubrique, il y a six mois environ, j'évoquais ce qui était en train de se terminer (l'écriture de Diptyque), ce qui était en cours (Bruits), ce qui allait arriver (la parution d'Anamarseilles, L'aiR Nu en résidence à Moret).
Alors, où en sommes-nous ?



Nous sommes à la gare de Moret. Nous descendons du train, prêts à nous perdre dans les environs (cela s'appelle De la ville au Loing, journal fictif en cours d'écriture pour la résidence de L'aiR Nu)



Nous sommes dans la salle du théâtre de Bouxwiller, en Alsace, pour la première de Diptyque : ce sera le 9 janvier prochain à 20h30 (ci-dessus, une partie du texte et la danseuse Magali Albespy, photographies de Pièces détachées).



Attention, ça se complique : le même jour, le 9 janvier, à 18h00, nous sommes également à la bibliothèque de Montigny-sur-Loing pour le vernissage de l'exposition de Mathilde Roux.
(comment est-ce possible ? L'anamorphose, peut-être ?)



Et nous nous trouvons à Marseille, encore (ici dans l'oloé rouge, ou pension Edelweiss, située rue La Fayette) surtout depuis l'enregistrement intégral d'Anamarseilles. Nous sommes au sous-sol du théâtre du Merlan où Dita Kepler a été ligotée (anamarseille 5) ; aux côtés de Jean-Marc Montera à la bibliothèque de la Joliette ; en train de traverser le parc Longchamp ; devant l'affiche d'un homme recherché ; à la gare Saint-Charles ; dans une calanque, etc.


Nous sommes dans la Vallée de la mort, en Californie, à courir avec cette jeune fille, pour un nouveau projet dont ici je n'ai encore rien dit.


A la dernière page de l'anthologie du Général Instin, parue il y a peu (nous fûmes à la Maison de la poésie lors de "sa" soirée le 4 décembre dernier, où nous le déclinâmes).


Dans l'attente de voir comment la céramiste Christine Tchepiega va utiliser des extraits de Fenêtres et Décor Lafayette, ce qu'elle compte faire bientôt (ci-dessus un soliflore à miroir d'eau qui me fascine).


Et nous sommes également en vacances, pour finir, ce qui signifie que nous ne sommes pas, là, tout de suite, en atelier d'écriture à Villetaneuse ou au Blanc, moins encore à préparer une conférence sur la littérature et le numérique pour la canopée d'Evry qui aura lieu le mois prochain. 
Ni même, non plus, à Veneux, pour le festival de L'aiR Nu qui se déroulera le samedi 23 janvier et dont je reparlerai très bientôt. 
Non, non. Pour l'instant, nous sommes simplement à Marseille, dans la région de Moret, à Bouxwiller, la tête dans le bruit et près de Los Angeles : une fois de plus, à la croisée des chemins.

(nb : et en 2016, veiller à ne pas abuser de ce nous qui flotte entre singulier et pluriel, n'est-ce pas ?)

mercredi 16 décembre 2015

Anamarseilles, à l'intérieur




Je suis en train d'enregistrer Anamarseilles en entier, en suivant le découpage du texte. L'ensemble sera à disposition, en écoute gratuite sur le site de la Marelle quand j'aurai terminé, proposition faite à Pascal Jourdana dans l'idée d'effectuer, de mon côté, une dernière chose pour ce livre après en avoir annoncé la parution ici et ailleurs, publié des extraits, lu le début en public, envoyé un mail à quatre-vingt-dix-neuf personnes et tenté de créer une vidéo à partir d'un diaporama sonore (échec cuisant et renouvelé).
Pascal a dit oui.



Lire à voix haute, enregistrer seul-e dans sa chambre est une chose très intime. Pendant que j'écris cet article, je réécoute ce que j'ai déjà lu et monté et je cherche, parmi les photos de 2012, celles qui sauront le mieux dire ce moment. Les images prises à l'intérieur de la villa, que je n'avais presque jamais montrées, m'appellent tout à coup.



(on voit ici le sac à pommes rouges dans lequel j'ai rangé depuis les cartes postales de Maryse Hache et celui du Merle Moqueur, offert par Marie-Hélène Desestré au Cent Quatre. Le lit n'est pas très bien fait, j'en conviens)

J'écoute et je vois à quel point ce livre est lié à un ou plusieurs labyrinthes, comme greffé, plaqué dessus, happé par les chemins, les impasses qu'il's) dessine(nt). Le labyrinthe, c'est le cerveau de Dita Kepler, sans cesse au bord du court-circuit tant elle a peur d'être façonnée par ce qu'on attend d'elle - c'est en tout cas ce qu'elle imagine. C'est aussi les quartiers qui rayonnent autour de la Marelle, rues qui montent et descendent au point que la géographie en est bouleversée : il devient possible, par exemple, de faire grimper un fleuve en haut d'une colline. 



Dans l'anamarseille #1 au bout d'un moment elle est perdue, Dita, et nous aussi, il faut avouer. C'est normal, elle apprend à relier les contraires, ce qui n'est jamais évident. Il faut un peu de courage pour continuer. 



















Dans l'anamarseille #2 apparaissent le fleuve et la colline, qu'il ne faut pas voir telle quelle d'abord, ni gravir tout de suite. Tout étant, ici, sujet à métamorphose, c'est en premier lieu un théâtre, celui de la Colline, bien sûr, où se joue une adaptation des Autonautes de la Cosmoroute - une histoire de trajet Paris Marseille, tiens tiens. A travers le livret de la pièce, Julio Cortazar confirme à Dita l'idée de voyager à travers les lettres de l'alphabet. Pour elle, l'appui, ce sont les A, B et C qui dessinent les anamorphoses et sous lesquelles elle met un nombre incalculable de choses (C comme Colline, comme ciel, comme craie, comme caillou, comme Cortazar...).



(autre chambre de la Marelle)

Tout en écrivant, j'écoute le texte lu, donc. Quand je me (re)lis, je vois bien que c'est compliqué, cette histoire, alors j'ajoute : aucune substance hallucinogène n'a été consommée ni cachée en ces lieux. 



Dita Kepler, c'est ma façon de conjurer les angoisses, les heurts. De faire un portrait des méandres.
(ici, dans l'entrée)
De mimer la plasticité de nos circuits, de nos avancées, de nos reculs. Je ne sais pas à quoi ça ressemble, ni si ça ressemble à quelque chose de connu. 



En tout cas, il y a du monde, dans ce livre solitaire, plein. Des écrivains, des gens qui donnent des cadeaux, des passants. Dans la partie Anne à Marseille, on croise des amis, perdus ou non, morts ou vivants. On trouve le contenu, par le menu, de la valise bruitiste de Jean-Marc Montera. Et un faux souvenir d'enfance. Des cages ouvertes. Le portrait d'un homme recherché... 

Vous avez vu ? On est sortis, ça y est.
Je retourne à mes sons. A très bientôt j'espère. 

mercredi 2 décembre 2015

Anamarseilles : tentatives de définitions















Etrange besoin que celui d'inventer des mots. Encore l'oloé a-t-il son utilité de  temps à autres : il arrive que certains l'utilisent sans savoir d'où il vient, ce qui me fait toujours plaisir. Mais l'anamarseille ? Pardon ? Comment ça ? De quoi est-il question quand on commence à raconter l'histoire d'un personnage qui, sous l'influence d'un livre d'histoire de l'art, s'anamorphose à Marseille ? (raconterhistoire, personnage sont déjà des trompe-l'oeil, comme on peut s'en douter)

Pour accompagner la parution d'Anamarseilles aux éditions La Marelle (oui, voilà, ça y est, il est sorti et j'y reviendrai sans doute un peu plus tard) en guise d'introduction, je vous propose de retrouver ci-dessous les définitions de quelques mots qui ont leur importance dans le livre et qui s'y trouvent, d'ailleurs, dès le début : je ne fais ici que les recopier. J'ajoute cependant dans ce billet la "vraie" définition de ce qu'est une anamorphose, tirée du Petit Larousse à couverture rouge de mon enfance, premier de tous les dictionnaires que j'ai reçus en cadeau.


Mais commençons.




















Anamorphose 

Dilatation, projection des formes hors d'elles-mêmes, conduites en sorte qu'elles se redressent à un point de vue déterminé.
Rébus, monstre, prodige.
subterfuge optique où l'apparent éclipse le réel

Les mots et bribes de phrases ci-dessus sont tirés du livre Anamorphoses dont il est question ci-dessous.

Selon le Petit Larousse à couverture rouge : 
n.f. (gr. ana, en remontant, et morphê, forme). Image déformée d'un objet, donnée par un miroir courbe ou par un système optique non sphérique ainsi que par les appareils à rayons X (déformation conique des ombres). II Peint. Effet d'optique consistant à déformer ce qui, vu sous un certain angle, reprend son aspect véritable. 

















(on remarquera au passage que cette page Larousse ornée d'un ananas s'ouvre sur le mot ana (recueil de bons mots, de récits plaisants) et se termine par anarchie (système politique et social suivant lequel l'individu doit être émancipé de toute tutelle gouvernementale II Etat d'un peuple qui, virtuellement ou en fait, n'a plus de gouvernement)


Anamorphoses

Anamorphoses, ou Thaumaturgus opticus, Jurgis Baltrusaitis, Flammarion, 1984, collection « Les perspectives dépravées » : ouvrage côté 704.9 BAL, contenant à l'origine une feuille-miroir métallique servant à déchiffrer les anamorphoses cylindriques afin de découvrir dans le reflet l'image cachée. Cette feuille-miroir n'y est plus. La première chose à faire est sans doute d'en trouver une autre, ou d'y substituer un élément approchant.

(nb : les illustrations de ce billet, en dehors de la page Larousse, sont issues du livre Anamorphoses. Il suffit de cliquer dessus pour les agrandir)




















Dita Kepler

mon avatar dans le jeu Second Life, plate-forme dont elle s'extirpe, où on ne la voit jamais. Personnage collectif dans le reste du monde. Peut voler, planer, se métamorphoser en fonction des lieux où elle tombe. Peut conserver une forme humaine, se changer en pans de décors, se diviser, etc. Est-elle invisible, transparente aux yeux des humains ? Peut-elle communiquer avec eux ? Ce genre de question se pose, sans réponse évidente.
Ce qu'on sait, c'est que le bruit du monde (ses slogans, ses phrases) lui traverse la tête, d'où la sensation qu'elle éprouve de ne pas réussir à penser. Ici, on constatera qu'elle est capable de lire, cependant.










anamarseille


version courte :
anamorphose de Dita Kepler, qui arpente la ville de Marseille en s'étirant d'un point A à un point C. Elle passe parfois par un point B à mi-parcours (pas toujours)

version plus longue :
Pour une raison tenue secrète, Dita à Marseille va s'anamorphoser. Elle partira pour cela d'un point A et va s'allonger, se tendre, briser ses contours, bref résoudre la question de sa forme sans jamais quitter cet ancrage, le point A, jusqu'à joindre un point C dont la distance pourra varier. De l'un à l'autre, devenue courbe, elle passera parfois par un point B.
Les points A, B, C pourront être des lieux, des textes, des hommes, des personnages, des objets, etc. Toujours aimés.
Elle, pour les lier, pourra devenir onde, fil, brin de laine, ligne, dessin, rail : nous verrons. S'enrouler et se dérouler, se suspendre, se disloquer, se lancer, s'extraire, ici comme aux alentours, tel est le programme en tout cas.












Voilà. Il y a dans le livre cinq anamarseilles qui forment une première partie, rédigée en 2012 et justement appelée Anamarseilles. La seconde, plus autobiographique peut-être, est tirée d'un jeu de mots dont je n'avais pas le début de l'idée quand j'ai écrit la première, je le jure. Vous n'avez pas encore deviné ? Elle s'intitule Anne à Marseille, ah ah, bien sûr.
(et voilà l'ana du Larousse apparu, quasi)

mardi 28 avril 2015

Dita Kepler : en septembre à Marseille















La place est restée vacante, depuis trois ans : Dita avait déserté l'oloé ci-dessus, situé à la Friche, et qui a disparu depuis. Je savais qu'elle était censée s'anarmorphoser - à Marseille donc. J'avais inventé le mot pour cette métamorphose, écrit les cinq premières anamarseilles... Depuis, elle attendait. 
Durant tout ce temps, elle est passée de Twitter à remue.net, a repris de l'élan, a foncé vers Nantes, s'est scindée en deux (un géant, une jeune fille rencontrés au bord d'un lac, dans une île). Mais quelque chose en elle était resté là-bas, à la villa La Marelle



















(dont voici la cuisine).
A vrai dire, je ne savais pas comment reprendre ce texte de 2012 qui, techniquement, est ce que j'ai écrit de plus difficile, il faut l'avouer. Je n'arrivais presque plus à le faire bouger et je ne pouvais pas en écrire davantage. Et puis, un peu bêtement, très simplement, j'ai pensé qu'anamarseilles pouvait devenir a(nne)àmarseilles. C'est ce qui s'est passé. Anamarseilles, qui paraîtra si tout va bien en septembre aux éditions La Marelle, aura la forme d'un diptyque : Dita d'abord, et moi ensuite, parcourrons la ville, chacune à sa façon (la mienne, je crois, est plus fluide. Etrangement, il semble que je vais plus vite qu'elle !)
Il y aura du château d'eau, du train, du parc, un théâtre, un éventail, des cages et la maison du crime.
On y suivra un petit circuit, rue, mer, corniche, livre, peinture, parc, calanque...















Parfois on me demande si elle, ce ne serait pas un peu moi. Sur Second Life, ça ne fait aucun doute. Mais je n'y vais jamais. Pour le reste (c'est-à-dire ailleurs), qui sait ?