l'horloge de la gare de Chartres

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samedi 9 septembre 2017

A la vallée-aux-Loups













Cette année, durant toute la saison, c'est-à-dire de fin septembre à fin juin, j'aurai le grand plaisir d'animer des ateliers d'écriture dans la maison de Chateaubriand, à la Vallée-aux-Loups, un samedi après-midi par mois. Cette proposition s'intitule : Ce qui se déplace en nous.
Un bon nombre de participants semble déjà s'être inscrit, mais j'indique tout de même ci-dessous les thèmes de chaque séance, accompagnés du descriptif présent sur le site. Le premier rendez-vous, un peu exceptionnel puisqu'il commencera par une déambulation littéraire, aura lieu le 23 : autant dire que je commence déjà à m'y préparer...













23 septembre : Écrivains voyageurs
Comment voyager en visitant la maison d'un écrivain ? Comment s'approprier les lieux, s'inspirer de textes lus, entendus, pour se lancer à son tour dans l'écriture ? Déambulation littéraire suivie d'un atelier, cette séance invitera à entrer dans l’univers d’écrivains voyageurs : Chateaubriand, bien sûr, mais également des auteurs contemporains, autobiographes, poètes, romanciers, essayistes...













Samedi 21 octobre 2017 : Se préparer au voyage
Les livres des écrivains voyageurs peuvent être des sources d'inspiration : ils permettent alors de s'imaginer le voyage avant de le vivre, de l'écrire. Mais qu'y puiser, au juste ? Une proposition qui oscille entre documentation, mémoire et rêverie.













Samedi 25 novembre 2017 : De l’imaginaire
Se mettre en état de disponibilité, regarder le monde sous un angle différent, c'est parfois, tout simplement, commencer par changer de place. C'est pourquoi cette séance utilisera les différents espaces de la maison de Chateaubriand pour inviter les participants à écrire.



















Samedi 16 décembre 2017 : Entrer et sortir du cadre
Se décaler, se décentrer, ou au contraire suivre un même fil, creuser son sillon : comment l'artiste, l'auteur, jouent-ils avec le cadre, ses frontières, ses limites, pour trouver du neuf ?













Samedi 13 janvier 2018 : Décor(s)
Le décor, est-ce seulement un arrière-plan ? S'il est utile pour restituer une atmosphère, rendre une action plus vivante, ne peut-il pas également être observé pour lui-même ? Que se passe-t- il quand
on place le décor sur le devant de la scène, qu'il devient personnage ?













Samedi 3 février 2018 : Trajet(s)
Qui dit voyage dit trajet : comment faire de nos déplacements, courts ou longs, matière à écriture ? Prise de notes, attention portée à la vitesse, au défilement, au raccourci... Rythmes, images, sensations... Qu'écrire, dans le flux ?













Samedi 10 mars 2018 : A l'écoute du monde
Être à l’écoute du monde, c'est parfois être attentif aux sons qu'il produit, bruits, résonances, échos, reprises, chansons même, peut-être... Par quelles voix, par quelles sonorités nos écrits sont-ils traversés ? Pour voyager, ne suffit-il pas de fermer les yeux ?













Samedi 14 avril 2018 : Rencontres
Observer l’autre, cet inconnu ; le deviner, le reconnaître, se découvrir en lui... Une séance sur le regard et les voix narratives pour mieux se fondre dans la foule et/ou s'en distinguer, entamer un dialogue avec ceux que le hasard ou la curiosité mettent sur notre route.


















Samedi 19 mai 2018 : Parcours intérieur
Quand on voyage, quand on écrit, est-ce pour se fuir, se retrouver ? Est-ce pour devenir quelqu'un d'autre, finir par savoir qui l'on est ? Cette connaissance, si elle existe, constitue-t- elle un point d'arrivée, un ancrage ? Le parcours intérieur n'est-il pas mouvant, lui aussi ?













Samedi 16 juin 2018 : Souvenir du voyage
Lorsque le voyage est fini, quelles traces en garder ? Comment les collecter ? Une séance entre passé
et avenir, avec pour point de départ le désir de garder du voyage tout ce qui fait mouvement, le rend
vivant et unique : l'inattendu, la surprise, le dépaysement.

lundi 28 août 2017

Mobiles immobiles : dix jours sur la Côte d'Azur


La rentrée s'annonce, et avec elle ses nouveautés. Je vais tenter d'être un peu plus présente sur ce blog pour en parler ces prochains temps, accompagner ce qui vient...
Pour commencer, dire que le mini-site de L'aiR Nu consacré à la tournée culturelle de la CCAS, dont j'avais simplement donné les dates ici, s'intitule Mobiles immobiles et qu'il est en ligne depuis ce matin. Vous pouvez y découvrir les textes proposés lors des déambulations, illustrés par des photos que j'ai prises sur place ou un peu à côté. A cause du mistral, seules quelques "cartes postales sonores" ont été enregistrées, on n'entend pas les voix des participants qui se seraient, sinon, perdues dans le vent. Les rencontres ont été belles, pourtant...
(Pour savoir ce qu'est une déambulation littéraire, voyez ici)


















La tournée, pour un auteur, est une drôle d'expérience, je trouve : difficile de savoir si on travaille à plein temps ou à temps partiel (la préparation en amont et sur place est conséquente), si on a par moments l'impression de se retrouver en vacances (est-ce qu'on se l'autorise ?), quel rôle on endosse (écrivain ? animateur ?).  On se sent à la fois mobile et immobile. On vient au contact, on attend. On noue des liens puis on change de ville. C'est à la fois lent et rapide. Dans les temps creux, impossible de lire ni d'écrire, tout occupé qu'on est de ce qui s'est produit, de ce qui va se passer.



L'un de mes moments préférés : celui où, mes 40 textes en main pour 10 qui seront lus, je me promène pour trouver une cohérence, un fil conducteur, alors que je ne connais pas les lieux. C'est le matin. Le camping est désert. Du bar à la pinède, du parking aux habitations, je me raconte ma petite histoire : on serait avec Albert Londres dans un café de Marseille, à la rencontre des marins du monde entier ; suivrait des yeux les jeunes nageurs de Corniche Kennedy ou l'adolescente en vacances de Brigitte Giraud, qui traîne près des tables de ping-pong ; prendrait le large, direction Tahiti, avec Victor Segalen...
Est-ce que je tente ce texte-là, plus difficile à faire passer ? J'ajoute un poème ? Je propose un essai ? Est-ce que je dis quelques mots de la maison d'édition de Martin Page et de Coline Pierré ? (oui). Etc.


C'est prendre la température, espérer qu'il y aura du monde, ne pas reproduire le même parcours que la fois d'avant. C'est se demander ce qu'on fait là, aller se ressourcer près de la mer, regarder les joggers, les bateaux en partance. Pour que ça fonctionne, l'accueil est primordial : il faut se sentir en phase, ne pas se dire qu'elle est absurde, cette idée de faire découvrir des textes à des vacanciers venus pour la plage. 













Un de mes moments préférés (bis) : quand le texte choisi, par la voix d'un autre, se met à résonner entre les pins, sur la terrasse, dans la descente, vers la piscine... Quand il faut se pencher vers le lecteur ou la lectrice pour être sûr de ne pas rater un mot et que nous voilà tout un groupe à tendre l'oreille, comme si c'était très important.


Et ça l'est, bien sûr, aucun doute. 

jeudi 3 août 2017

Tournée d'été


Balader qui voudra, lire, faire lire et découvrir des textes en fin d'après-midi ou début de soirée avant de proposer un moment d'échange autour de l'écriture le lendemain matin, voilà ce que je tenterai la semaine prochaine et jusqu'au 15 août sur la Côte d'Azur, de Six-Fours à la presqu'île de Giens, en changeant de ville tous les deux jours, dans les centres de vacances de la CCAS

les 7 et 8, je serai à Six-Fours
les 9 et 10, au Brusc
les 11 et 12, à Bormes-les-Mimosas
les 14 et 15, enfin, à Giens

J'ai téléphoné, demandé des informations sur ces lieux que je ne connais pas. J'ai entendu parler de plages, d'arbres, de poulailler, de jeux gonflables, de grands escaliers, d'îles qu'on voit au loin. J'ai préparé beaucoup de textes à lire, trop, ce qui me permettra de choisir, de ne pas forcément proposer la même sélection chaque fois (idem pour les exercices liés aux ateliers).

Avec L'aiR Nu, nous avons décidé, comme ce fut le cas lors de la déambulation au festival Visions sociales de Mandelieu, de consacrer un mini-site à ces balades, avec sons, textes et photos. Si tout se passe comme prévu, vous devriez donc retrouver à la fin du mois une trace sonore et visuelle de ces promenades par temps chaud. A bientôt, donc.

dimanche 26 mars 2017

Histoire des décors













Il y a quelques années, j'ai retrouvé un cahier dans lequel j'avais consigné mes projets d'écriture du moment (depuis longtemps j'ai, sans le vouloir, sans le chercher vraiment, l'équivalent de dix ans d'écriture devant moi, soit entre cinq et dix projets de livres). Une page faisait mention de trois "décors", trois livres à écrire pour arriver à un ensemble et les notes étaient très précises : il y était question de Décor Lafayette, de Décor Daguerre et de Dita Kepler, nommés ainsi, et de la raison d'être de chacun.










J'ai été très étonnée de découvrir que le cahier datait de 2006. A l'époque, j'écrivais Franck depuis un an, n'en étais encore qu'au premier tiers. Tout entière plongée dedans, à un point que je n'ai ensuite plus retrouvé, je crois. Immergée, envahie durant des mois... Et pourtant, si on se fie au cahier, j'avais déjà idée de la suite : une extension de la notion de lieu (à l'oeuvre dans Fenêtres, Franck, Cowboy Junkies, Autour de Franck, Tu n'es jamais seul/e dans la nuit, Des Oloé et Laisse venir, si on y réfléchit) à celle de décor, prise dans une acception très large. 
















Décor, m'avait dit alors le Robert : ce qui tient de la décoration mais aussi du naturel, de l'artificiel, du fond, de l'arrière-plan, de la toile peinte, du lieu de l'accident (se retrouver dans le décor). Bref, tout et son contraire, le monde entier quelle que soit la scène, le virtuel, le réel, le factice... Tout sauf le personnage et l'histoire.













Voilà qui m'allait parfaitement. J'allais pouvoir faire des écarts. Même si c'était déjà le cas dans Franck (un personnage, appelé "l'homme", se métamorphose tout au long du texte jusqu'à devenir parfois une boule de papier qu'on froisse, et il est pour moi essentiel, c'est le point d'équilibre du livre, qui n'est ni une biographie ni une autobiographie pour cette raison même), ça restait discret. 



















Mes notes :
Décor 1 : Décor Lafayette. Le grand magasin, lieu de l'ancrage dans le sol, monument historique qui représente la France aux yeux des touristes, inamovible sur son boulevard, et pourtant conçu dès le départ comme devant faire tourner les têtes, effacer les repères : toujours en mouvement, sous peine de disparaître.
Décor 2 : Décor Daguerre. La rue Daguerre filmée en 1975 par Agnès Varda, lieu de l'immobilité selon elle (il ne s'y passe rien), fixé pour l'éternité sur pellicule et pourtant relégué à jamais dans le passé. 
Décor 3 : Dita Kepler. Là, ce n'est pas le décor passé au premier plan qui devient personnage, mais l'exact contraire : le personnage, qui n'en est plus un, a perdu son statut au profit de celui d'avatar d'une plateforme virtuelle, se change en pans de décor pour réussir à progresser dans le monde réel où je le plonge.



















Ce qui pose la question de l'immobilité et du mouvement ici est rattaché à des questionnements sur le vacillement de l'identité, de la pensée, du langage, de la santé mentale, en tout cas dans mon esprit. D'où le désir de ne pas faire de Dita Kepler un livre, mais d'écrire simplement des textes qui seraient lus en public de temps à autres. Ne pas figer, ne pas fixer Dita Kepler.





J'avais - et j'ai toujours - l'idée des trois décors dans cet ordre-là. Pourtant, je les ai écrits et ils sont parus d'une toute autre façon. J'ai commencé à écrire du Dita Kepler en résidence au Cent Quatre, en 2009, tandis que j'attendais la sortie de Franck. DK, inspiré par le lieu en travaux ne fut en effet jamais autre chose, à cette époque-là, qu'un support de lectures en public. 
Ensuite, j'ai écrit Décor Lafayette. Premier croisement des deux à la Bellevilloise où, ne réussissant pas à poursuivre Dita Kepler, parasitée par le manque d'accueil du lieu, j'ai écrit le chapitre sur la géante exhibée au Palais Royal. Je m'en souviens car Lya Garcia était venue incarner les deux, géante et Dita.














Décor Lafayette, donc, et sa parution chez Inculte en 2013. Décor Daguerre aurait dû suivre et je l'ai écrit cette même année, tout en faisant pour la première fois (ou presque), apparaître DK sur un support d'édition : ce fut Journal du silence journal de la lutte, écrit sur Twitter et retravaillé pour remue.net avec Joachim Séné.












Mais pas de parution, finalement, de ce Décor Daguerre, manuscrit laissé de côté et retour à Dita Kepler grâce à deux propositions de publications : une chez Joca Seria (Ile ronde), l'autre aux éditions La Marelle (Anamarseilles) tandis que Décor Lafayette se retrouvait indisponible. 













Les trois décors, impossibles à lire en même temps ? Jusqu'à ce jour, oui, sauf à avoir le goût de la collection. 










Ce qui les unit, en tout cas, c'est ceci : à chaque fois, une femme marche, avance, arpente le décor. Dans DL, elle n'a pas de nom, elle est toutes les femmes. Dans DD, il s'agit très précisément d'Agnès Varda, et de temps à autres de moi. Dans DK, c'est Dita Kepler, qui porte un nom de femme sans en être une. Rue La Fayette, rue Daguerre, Second Life, Cent Quatre, Twitter, remue.net, lac de Grand-Lieu, quartier de la Friche à Marseille : en onze ans, le décor s'est étendu lui aussi.



















Jusqu'à il y a peu, j'étais incapable de savoir pourquoi cet ordre, DL, DD, DK. Maintenant c'est plus clair. 
Le premier dessine un arbre avec tronc et branches, mais sans racines : le tronc, c'est la rue La Fayette, les branches, les rayons des grands magasins.
Le deuxième lui ressemble, mais avec des racines : le tronc, c'est la rue Daguerre, les branches, les voyages de Varda et les miens, ses films, mes lectures ; les racines, ce sont les années 70, qu'elle montre et dont je me souviens. 
De ces histoires d'arbres j'ai déjà parlé ici, et plus d'une fois
Mais ce que j'ai compris il y a peu, c'est la jonction avec Dita Kepler : le dernier décor passe à l'horizontale. Les branches, les racines, c'est pareil. Sans début ni fin, capable de s'étendre perpétuellement, le dessin qui pourrait le représenter ne serait plus celui d'un arbre mais plutôt d'un rhizome.










(pardon, ici il s'agit d'une anamorphose)
Je livre là ce qui m'est venu au fil des années, de ces onze ans de décors : évidemment, je n'avais pas tout ça en tête dès le début. La forme rhizomique est celle qui me ressemble le plus, je crois, mais elle est difficile à transmettre, à faire comprendre : n'ayant pas de centre, de squelette défini, DK ne touche qu'un tout petit groupe de lecteurs. 

 







Parfois, ceux-là viennent dire : Dita Kepler, c'est moi !, ce qui me fait beaucoup de bien. 


Et donc aujourd'hui Décor Daguerre paraît, avec ses Demoiselles de Rochefort, ses débuts de la photographie, son boucher à l'heure de la sieste, son magicien anarchiste.
Pour l'instant, les gens le reçoivent, ne l'ont pas lu. Au moment où j'écris, il est en piles au salon du livre sur le stand de l'éditeur ; peut-être entre les mains de certains, dans la valise d'autres. Il est chez Agnès Varda, à la mairie du XIVe, chez le libraire des Buveurs d'encre...
Où va-t-il me conduire ? C'est à la fois la question qu'il me pose et le sujet du livre.















En attendant de le savoir, et même à l'accompagner comme on dit, je quitte le décor, en retourne à ce qui, en germe dans DD, m'occupe depuis trois ans : la question du portrait, du modèle, de qui regarde, est regardé. Un autre cycle, j'ai l'impression...
Et donc, à bientôt, bonne lecture ! Voilà ce qu'il me restait à dire, maintenant qu'il parle à ma place.

*

Note : les illustrations du billet suivent l'ordre des décors jusqu'aux photos du livre Décor Daguerre
Les plans de la rue La Fayette, tirés de DL, sont de Dominique Brenez ; les photos de l'arbre de mots-clés ont été prises par moi puis par les éditions de l'Attente ; les captures d'écran du Journal du silence de Dita Kepler sont celles du site remue.net ; les croquis d'anamorphoses viennent du livre Anamorphoses cité dans Anamarseilles. Quant à la petite photo de Marilyn, il s'agit d'un cadeau glissé dans le paquet par mon éditeur, que je remercie !

mardi 14 mars 2017

la villa, les rails



















Ce blog comme une respiration. Comme autre chose que le texte fermé dans son traitement de textes, lequel parfois avance, parfois inquiète, parfois permet lui aussi de respirer. 
J'avais envie d'écrire ici sur le séjour de L'aiR Nu à Marseille, sur notre déambulation mais je l'ai déjà fait en introduction de notre page web puis dans les carnets de résidence, l'espace réservé aux auteurs de la Marelle. Changer de support, est-ce se répéter ? Est-ce vouloir toucher de nouveaux lecteurs ? Seulement ça ?












Ne parler que voyage, paysage à la vitre, souvenir rapide d'Aix sous un ciel menaçant, jours plus doux à Marseille avec la Friche à traverser, les quartiers de la Belle de Mai, des Chutes-Lavie tandis qu'il n'y a toujours personne dans les rues en pente, que le château d'eau en haut du parc Longchamp disparaît sous les échafaudages, que l'entrée du parc sent le crottin (et les mats qui tintent au Vieux Port, cet hôtel où j'ai mal dormi, les méandres du musée... tout s'enroule, se déroule, disparaît dans le vent).



















De retour à Paris, j'ai passé plusieurs heures sur un petit enregistrement que j'ai effectué pour L'aiR Nu, texte qui recouvre en partie un autre texte, laisse entendre des bruits de travaux, de trains. Qu'est-ce que je voulais faire, à tenter d'effacer le texte initial écrit sur la villa par un autre expliquant que je ne pouvais l'écrire ? Quelle inquiétude se dessinait là ? 















Il faudrait dire les rires, le passage à la mer, les cafés, les envies de se revoir, les graphes et la friction des skates à l'entrée de la Friche, la musique entendue, les repas pris ensemble et pas seulement ce vertige né de l'absence de sommeil, du peu de mots disponibles, du tourbillon, vitesse de ces jours où tout ce qu'on rêvait advient. 













On regarde filer alors que c'est le présent encore. On sait bien que ça ne s'attache pas, glisse, ce présent parfait. Que ce n'est pas le moment d'écrire ni même de prendre des photos. Il s'agit d'écouter les gens, de les faire lire et de créer un site pour que quelque chose s'inscrive, se déploie.


Permette un jour d'aller ailleurs, déambulation qui nous a conduit en un an de Strasbourg à Marseille, devrait m'entraîner à Cannes au mois de mai et sur la Côte d'Azur en août. 
(mais oui !)
(monter un dossier, réfléchir, envoyer des mails)













Nous faisons, tricotons, oublions, repartons, discutons avec le sentiment, parfois, d'être devant un vide. Mais non. 













Mais non, au contraire. Tout est là qui tient dans le mouvement.

vendredi 20 janvier 2017

Où mènent les 36 secondes

Un jour de novembre dernier qui ressemblait à une journée d'été, dans une rue de Montmartre je suis tombée sur une boucherie qui, à l'entrée de la boutique, vendait pour trois fois rien des terrines de grès dans lesquelles étaient entassés quelques livres donnés par les clients. Les terrines s'achetaient, les livres non. J'ai pris ceux-là, après avoir remercié la bouchère.

Que faire du butin ? Je ne connais pas l'alphabet cyrillique, mais j'ai fini par comprendre que le volume de droite mentionnait Dostoïevski. J'ai cru qu'il s'agissait d'un livre de lui. Comment en être sûre ? J'ai envoyé une photo de la couverture à ma soeur, Lou Brenez, qui parle russe. C'est un livre sur Dostoïevski à Saint-Petersbourg m'a-t-elle appris, écrit par Evguenia Saroukhanian, paru en 1970. Jamais traduit en français, avons-nous découvert ensuite.


(Paris, janvier 2017. Tentative non validée de présentation du livre pour la page de L'aiR Nu. Décision sororale commune)

Quelques temps plus tard, nous avons décidé d'utiliser le livre russo-montmartrois pour la rubrique 36 secondes. Lou a choisi un passage qui évoque Crime et châtiment, l'a lu et traduit. Nous avons revu ensemble cette traduction, que j'ai lue à mon tour, et voilà comment L'aiR Nu, d'une promenade dans le 18e à un café près du jardin des Plantes où j'avais apporté le livre, d'une boucherie (j'ai pensé à Daguerréotypes, bien sûr) à un site web, est un peu bilingue, depuis ce matin...













Que deviennent nos lectures, silencieuses ou sonores, et comment circulent-elles ? A l'instant, grâce à la diffusion de cet enregistrement sur L'aiR Nu, j'apprends que Dostoïevski à Petersbourg est un très bon livre, qui invite à sillonner la ville en découvrant des paysages, en suivant des itinéraires. Celui qui nous le dit n'a pas le temps de le traduire, ajoute-t-il : dommage (on pouvait s'en douter, remarquez : cliquez sur le lien, vous verrez pourquoi !). Il lance l'idée que Lou s'y colle : à suivre ??