l'horloge de la gare de Chartres

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lundi 8 juin 2009

Fenêtres de Nouvelle-Zélande







Comme déjà dit sur ce blog, je crois, la Nouvelle-Zélande est l'un des endroits du monde qui m'attire le plus, évidemment "à cause" de Janet Frame.





































D'elle il a enfin été un peu question ces derniers temps en France, en particulier sur France Culture qui lui a consacré une émission et un dossier. On trouve également un article sur son oeuvre dans le dernier numéro du Matricule des anges.









(la fenêtre ci-dessus me fait beaucoup penser à la caravane dans laquelle elle s'installe pour se mettre à écrire, à la fin d'Un ange à ma table - le film de Jane Campion)




























Mon amie Christine, qui m'a rapporté ces photos (certaines prises à Auckland ; pour Oamaru, haut lieu framien, voyez ) y a joint le programme d'un festival littéraire qui a eu lieu au mois de mai. Evidemment, on y trouve une rencontre la concernant. J'imagine que pour les écrivains néo-zélandais, elle doit encore prendre beaucoup de place, trop peut-être, quand ici on ne la connaît quasiment pas.



















































Pas question que je n'y aille pas un jour... En attendant, grand merci à la photographe.

lundi 24 novembre 2008

Cowboy nu de New York

Comme d'autres, j'aime bien aller voir ce que les internautes tapent dans Google, lorsque leurs requêtes font apparaître un lien sur ce blog dans les premières pages (sans pour cela qu'ils le consultent : peu importe). Ce que j'aime surtout, c'est observer la liste des résultats pays par pays.

Ainsi, aux Etats-Unis, quelqu'un cette semaine cherche un cowboy nu de New York : assemblage parfait des syllabes, apparition soudaine de John Voight en gigolo dans Macadam cowboy. Un autre Américain tape : "Il ne se passe rien de rien" (mais si, enfin : voir plus haut !). On trouve aussi ces maux occidentaux typiques : "souffrir de l'open space", "brique anti bruit".

Ce qui est frappant, surtout : en Algérie, au Canada et en Allemagne,"Loos" arrive en premier. En troisième position des requêtes les plus fréquemment tapées sur google.de, c'est même encore plus clair : le "centre pénitentiaire de Loos" est demandé.

En Belgique on voudrait savoir "comment bien lire à haute voix" ; en Algérie, "comment écrire un message des amoureux" ; au Canada, "comment fonctionnent la nuit et le jour" (gulp).

Un autre Canadien pose la question : est-ce qu'il y a des cowboys en Nouvelle-Zélande ?

Un Espagnol voudrait des nouvelles de Fanny Ardant. J'ai écouté la dame lire La Duchesse de Langeais l'autre jour et l'ai marqué dans une petite rubrique à droite : ça suffit pour que mon blog se retrouve en première position sur google.es !

Un Suisse cherche un "globule sur la peau". Un autre veut "trouver facilement ailleurs". En France ce qu'on souhaite, majoritairement, c'est que "La Rochelle bouge", qu'on se le dise.

Il y aussi les tubes, les idoles, les indétronables : le Père Goriot, la dame de pique, Rimbaud, Verlaine, les open spaces qui tuent et le boulevard Barbès. En bonne position, également, tout ce qui concerne la maçonnerie. C'est bien naturel.

vendredi 21 novembre 2008

Il fallait bien essayer...

Point de résidence au 104 l'an prochain, l'e-mail vient de tomber : je n'avais que 10 % de chances, remarquez, la nouvelle va dans le sens des statistiques...








Pour me remonter le moral et parce que la réponse à ce genre de choses est toujours, à mon avis, dans le déplacement (ce déplacement qui recentre), une photo de la maison de Janet Frame à Oamaru, en Nouvelle-Zélande. C'est là qu'elle vivait avec sa famille, époque évoquée dans Un ange à ma table.

jeudi 13 novembre 2008

Nouvelle-Zélande : ça se croise

Justement, à propos de Nouvelle-Zélande, cet article très récent à découvrir sur le blog de Chantal Serrière, Ecritures du monde. Quant au lien Janet Frame que vous y trouverez, il mène sur mon petit texte Wikipedia, c'est drôle...

mercredi 12 novembre 2008

Fenêtres de Nouvelle-Zélande

A Dunedin :

"Plus tard, je m'assis sur mon lit dans ma petite chambre qui donnait sur des murs de briques, des kilomètres d'immeubles avec de hautes cheminées. En me penchant par la fenêtre, je voyais, juste derrière la grille qui ouvrait sur la ruelle, le petit jardin tout fleuri de géraniums ; auparavant, je n'avais jamais pensé qu'il pût en pousser dans une ville, mais leur velours feu était sali d'une couche de suie. Je pris conscience que j'étais seule pour la première fois dans une ville grise, et un sentiment d'attente et d'excitation s'empara de moi ; puis, peu à peu, l'exaltation fit place à l'angoisse. Et voilà, c'était le face-à-face avec l'Avenir - la solitude, personne à qui parler, la peur de la ville, de l'Ecole Normale, de l'enseignement ; et il me faudrait nier ma solitude, faire comme si j'avais un grand nombre de gens à qui parler, comme si je me sentais bien à Dunedin, et comme si enseigner était depuis toujours mon désir le plus cher."

A Wellington :

"Et alors, les bruits parurent se rapprocher tellement que je retournai à la chambre, et me penchai à la fenêtre, dans l'obscurité. Elle dormait paisiblement. Je ne parvenais pas à la réveiller ; j'essayais, mais sans résultat. De moment en moment, mon sentiment d'horreur se faisait plus vif. Dans la cour, la palissade devenait effrayante. Comme je la regardais, je vis les piquets se métamorphoser en Chinois, abominables. Je les voyais très bien, appuyés contre rien, les jambes croisées, la tête agitée de mouvements saccadés. Il faisait un froid affreux."

A Seacliff :

"Comme le train approchait de Seacliff, les arbres devenaient plus nombreux, et une fois encore, il se faisait un mouvement dans le wagon lorsque les voyageurs se rendaient compte que le train arrivait à la gare de Seacliff ; et l'hôpital, l'asile, apparaissaient furtivement entre les collines, comme un château de pierre sombre.
Le train pénétrait dans la gare. Oui, c'était là qu'étaient les fous, et tout le monde se mettait aux fenêtres pour voir ; à Oamaru, on disait d'eux qu'ils étaient "là-bas" à Seacliff, et à Dunedin qu'ils étaient "là-haut". Souvent, c'était bien difficile de dire qui était fou."

De la vitre du train, dans la plaine de Kaingaroa :

"Partout, sur les collines, on aperçoit de grands troncs carbonisés, on jurerait des animaux fantastiques, crocodile bâillant, cheval sans tête, oison géant, chien de garde. En plein jour, on sourit de ces imaginations, mais dans l'obscurité, quel cauchemar ! De temps à autre, les troncs argentés, comme une armée de squelettes envahit les collines."



A Seacliff à nouveau :

"Lorsque le train s'arrêta à la gare de Seacliff, je vis les quelques patients en permission de sortie qui attendaient sur le quai pour voir passer le train. Je savais, n'est-ce pas ? En moi-même, je me décrivais toujours avec les mots que j'avais entendu les parents et les amis employer maintenant pour parler de moi : "Elle a été à Seacliff. Il a fallu la mettre à Seacliff."

De retour après sept ans d'absence :

Enfin nous entrâmes dans le golfe de Haukari, naviguant lentement devant les baies bordées de maisons de couleurs étonnamment vives (...). J'avais tout oublié des maisons bariolées comme des confiseries et des profondeurs vertigineuses du ciel, qui n'était pas lointain mais à portée de main, à portée de regard, un ciel partagé."









Dunedin, Seacliff : Janet Frame, Parmi les buissons de Matagouri (Un ange à ma table, tome II), Hommes et groupes éditeurs. Traduction de Françoise Robert.

Wellington, plaine de Kaingaroa : Katherine Mansfied, Journal, Gallimard, collection Folio. Traduction de Marthe Duproix, Anne Marcel et André Bay.

Golfe de Haukari : Janet Frame, Le Messager (Un ange à ma table, tome III), Editions Joelle Losfeld. Traduction de Dominique Mainard.

mardi 20 mai 2008

ronde

Vous prenez le métro chaque matin pour vous rendre au travail - enfin un emploi pas trop mal payé, un contrat honorable, une bonne ambiance, de jolis locaux, même si la tâche en elle-même n'a aucun intérêt.

Vous travaillez, vous voudriez autre chose : écrire. Mais il y a l'argent, et il en faut.

Vous écrivez donc dans le métro, sur le métro, par le métro. Notes qui deviennent un livre. Vous perdez votre emploi (voilà le livre terminé), vous travaillez à domicile.

Quelques années plus tard le livre est publié.

Quelques mois après la publication on vous invite à parler du livre, dans une ville du sud de la France. On vous offre l'hôtel, vous paie le TGV.

Dans le TGV face à vous s'installe une dame, cheveux blancs et canne, pull à col roulé. Souriante, aimable, un peu lointaine. Lire vous occupe (vous révisez), vous ne la regardez pas, jusqu'au moment où elle aussi pose sa pile de livres sur la tablette, oeuvres que vous ne connaissez pas mais. Puis elle consulte le dépliant de Lire en fête (vous vous dites oui, elle écrit, nous nous rendons au même endroit), elle lève la tête, sourit encore. En miroir vous sortez le vôtre et l'identifiez tout de suite : les auteurs invités sont tous en photo (sauf vous). La discussion s'engage.

Plus tard vous comprenez qu'elle vous a pris, au tout début, pour quelqu'un d'autre, une autre femme qui écrit (en photo, elle, sur le dépliant), rencontrée dans le hall d'hôtel, à laquelle vous ne ressemblez pas. Mais peu importe.

Durant deux jours vous la revoyez. Chaque fois elle vous fait une place : au restaurant où vous ne connaissez personne, dans la rue, dans les discussions. Au retour, vous êtes encore dans le même wagon.

Quelques mois plus tard un livre d'elle paraît, visible de loin à la bibliothèque. Vous l'empruntez bien sûr, dans le souvenir du TGV.

Dans les premières pages, elle remercie très vivement ceux et celles qui m'ont offert cette belle résidence au Randell College, à Wellington (Nouvelle-Zélande).

Dans votre tête, ces phrases de longtemps :
je ne voudrais pas mourir avant d'avoir fini d'écrire ce livre
je ne voudrais pas mourir avant d'être allée en Nouvelle-Zélande

Vous rouvrez son livre à elle, plus cruel que son titre : Les Croissants du dimanche. Elle c'est Annie Saumont.