l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres
Affichage des articles dont le libellé est Marcel Proust. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marcel Proust. Afficher tous les articles

mercredi 8 décembre 2010

Fenêtres de Maryse Hache, écume de Marcel Proust

Une photographie, que je garde précieusement, un twit rappelant que je les aime, les fenêtres, et voilà que Maryse Hache m'offre une collection de lucarnes, de croisées, de marquises. Merci beaucoup, Maryse.

En retour, cet extrait des Jeunes filles, peut-être ?

"J'entrai dans ma chambre. Au fur et à mesure que la saison s'avança, changea le tableau que j'y trouvais dans la fenêtre. D'abord il faisait grand jour, et sombre seulement s'il faisait mauvais temps ; alors, dans le verre glauque et qu'elle boursouflait de ses vagues rondes, la mer, sertie entre les montants de fer de ma croisée comme dans les plombs d'un vitrail, effilochait sur toute la profonde bordure rocheuse de la baie des triangles empennés d'une immobile écume linéamentée avec la délicatesse d'une plume ou d'un duvet dessinés par Pisanello, et fixés par cet émail blanc, inaltérable et crémeux qui figure une couche de neige dans les verreries de Gallé."

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

vendredi 10 octobre 2008

Je vous jure que je n'ai jamais rien fait avec Albertine !

Me rapprochant malgré moi du monstre qui m'attirait je répondis : «Comment ! vous n'allez pas me faire croire que de toute votre bande il n'y avait qu'Albertine avec qui vous fissiez cela ! — Mais je ne l'ai jamais fait avec Albertine. — Voyons, ma petite Andrée, pourquoi nier des choses que je sais depuis au moins trois ans ? Je n'y trouve rien de mal, au contraire. Justement à propos du soir où elle voulait tant aller le lendemain avec vous chez Mme Verdurin, vous vous souvenez peut-être...» Avant que j'eusse combiné ma phrase, je vis dans les yeux d'Andrée, qu'il faisait pointus comme ces pierres qu'à cause de cela les joailliers ont de la peine à employer, passer un regard préoccupé, comme ces têtes de privilégiés qui soulèvent un coin du rideau avant qu'une pièce soit commencée et qui se sauvent aussitôt pour ne pas être aperçus. Ce regard inquiet disparut, tout était rentré dans l'ordre, mais je sentais que tout ce que je verrais maintenant ne serait plus qu'arrangé facticement pour moi.
À ce moment je m'aperçus dans la glace ; je fus frappé d'une certaine ressemblance entre moi et Andrée. Si je n'avais pas cessé depuis longtemps de raser ma moustache et si je n'en avais eu qu'une ombre, cette ressemblance eût été presque complète. C'était peut-être en regardant, à Balbec, ma moustache qui repoussait à peine qu'Albertine avait subitement eu ce désir impatient, furieux, de revenir à Paris. «Mais je ne peux pourtant pas dire ce qui n'est pas vrai pour la simple raison que vous ne le trouvez pas mal. Je vous jure que je n'ai jamais rien fait avec Albertine et j'ai la conviction qu'elle détestait ces choses-là. Les gens qui vous ont dit cela vous ont menti, peut-être dans un but intéressé», me dit-elle d'un air interrogateur et méfiant. «Enfin soit, puisque vous ne voulez pas me le dire», répondis-je, préférant avoir l'air de ne pas vouloir donner une preuve que je ne possédais pas. Pourtant je prononçai vaguement et à tout hasard le nom des Buttes-Chaumont. «J'ai pu aller aux Buttes-Chaumont avec Albertine, mais est-ce un endroit qui a quelque chose de particulièrement mal ?»

Marcel Proust, Albertine disparue, page 2863

(ma page lue pour le Baiser de la matrice : drôle que ça se termine par les Buttes Chaumont, tout de même !)

mercredi 14 mai 2008

13. Et ne pas oublier Proust













Lui aussi, ma mère l'a lu dans le RER A entre Saint-Germain et Vincennes, adolescente je la voyais partir le matin avec l'un des volumes.
J'ai lu La Recherche d'une traite, à 24 ans, en trois mois, en ne faisant que ça de mes journées grâce à une bourse de DEA et le luxe d'avoir suivi, l'année précédente, les cours de Jean-Yves Tadié. J'ai très longtemps pensé qu'il était impossible de faire moins, jusqu'à ce que je découvre qu'un certain fb avait mis trois semaines...












A ceux que La Recherche effraie, dire juste :

que si l'on commence par le Contre Sainte-Beuve, on découvre une ébauche de Du Côté de chez Swann qui contient, surprise, une scène de masturbation quasi disparue par la suite
(et je ne dis pas ce qu'étaient les madeleines au départ...)

que Proust est le roi du suspense : un élément qui, ailleurs, vous aurait paru insignifiant, vous tient en haleine deux cents pages, sans problème !

que j'ai souvent éclaté de rire en le lisant

qu'il hypnotise : vous vous laissez couler dans la phrase, vous y êtes encore mille pages plus loin

que tout y est, qu'une fois lu on s'y réfère sans cesse, de soi à soi (toute méfiance - qu'est-ce que c'est que ces histoires de duchesses qui ne me concernent pas ? - se dissipe et ne revient plus)

Des raisons futiles ? Oui, non, peu importe.

Voilà, c'était mon dernier de la liste. Il en manque évidemment des tonnes, mais enfin...