l'horloge de la gare de Chartres

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lundi 26 octobre 2015

De la ville au Loing #3






































Il est des jours où l'on sait pourquoi on est là, pourquoi l'écriture vous a emporté là, au-delà des dossiers à monter, des réunions, des oui et des non en tous genres. Au bon endroit pour les bonnes raisons, soudain. 










































Vendredi dernier, je me suis rendue à Saint-Mammès, gare de la ligne R qui suit celle de Veneux-Moret, entendre parler batellerie, péniches, vie de marinier. J'y reviendrai certainement, dans les deux sens du terme, en dirai plus long sur ce que j'ai appris dans la cale de la péniche Jonor durant une bonne heure.











































Apprendre et rêver à mille choses, entamer peut-être une fiction - cette ville au Loing n'est pas seulement un journal que je poste ici, je vais également tenter autre chose, mais c'est trop tôt pour en parler.



































En attendant, ces quelques photos et tous mes remerciements à monsieur Mariage, ancien marinier passionné dont il est fort possible qu'un jour ou l'autre, on entende la voix sur L'aiR Nu.

mardi 13 octobre 2015

Que lire en public (réflexions à voix haute)



















Je parle beaucoup ici, ces derniers temps, de lectures en public : l'intérêt porté au son (le projet Bruits, L'aiR Nu) et ces lectures elles-mêmes, qui se succèdent depuis quelques jours, me poussent à y réfléchir, c'est vrai. Ce à quoi je pense, ce matin, c'est au système de montage d'extraits que j'ai mis en place depuis le début : je crois n'avoir jamais lu un de mes textes de la façon dont il apparaît au lecteur lorsqu'il est publié. Parfois, j'incorpore un second texte à celui que je suis censée lire (Fenêtres / texte sur Claire Dolan paru dans Le Ciel vu de la terre, par exemple, autrement dit croisement Paris / New York) ; parfois je modifie l'ordre dans lequel les extraits sont lus pour créer un sens nouveau (ce que j'ai fait avec Ile ronde à Nantes la semaine dernière) ; j'ajoute de nouvelles phrases ; je mixe de trois à sept textes différents (nuit remue.net, festival Hors Limites à Montreuil...). Et pourquoi donc ? 

(ici, une parenthèse pour dire que mon blog, depuis quelques temps, est moins lieu d'écriture qu'espace où je voudrais déposer des éléments hors champ, liés à ce qu'on ne peut ni voir ni lire immédiatement, pièce chorégraphique dont la première n'a pas encore eu lieu, livre inédit... Ce n'est pas par sadisme ou indifférence envers ceux qui me suivent. Simplement, il arrive que les choses avancent dans l'invisible. J'espère que tout cela n'apparaît pas sans intérêt, ni trop abstrait)

Pourquoi ces montages, donc ? Pourquoi ne pas se contenter de lire le texte dans l'ordre ? D'une part, il y a le désir de ne pas se répéter, de créer quelque chose de neuf à partir d'une base existante. C'est ce qui me guide quand j'écris, c'est aussi le cas lors des lectures : il faut que j'aille trouver ce m'amuse et me fait un peu peur (ce que j'ai peur de rater, de ne pas savoir faire) ; ce qui crée une tension, une attention, installe un équilibre fragile. Pour autant, je ne prends pas le risque de l'improvisation. Au contraire, au moment de lire, j'ai réfléchi je ne sais combien de fois à la construction, répété le montage ad nauseam. Façon de se protéger sans aucun doute mais pas seulement, je crois. Façon d'incorporer les silences, les variations de ton, etc.

Et donc, ce matin, c'est de Décor Daguerre qu'il s'agit. Un livre que personne n'a lu, ou presque, et qui risque de rester confiné dans le dossier "décors" de mon ordinateur encore longtemps : ayant besoin d'énergie pour autre chose, je n'ai plus celle, pour le moment, de lui trouver un éditeur. Les gens dans la salle, ceux qui viendront voir le film de Varda jeudi soir, m'écouteront ensuite, n'auront pas la moindre idée de la construction du texte qui, s'il prend pour point de départ Daguerréotypes, fonctionne par embranchements, reprises, retours : son centre de gravité, en réalité, est ailleurs. Alors, que faire ? Pour ne pas les perdre, je décide de ne lire que des extraits liés au film. Nous passerons ainsi de la rue Daguerre filmée en 75 à la rue Daguerre décrite en 2013 sans hiatus, sans dérive. Pour autant, quelque chose me gêne. Si je me contente de ça, je risque l'illustration pure et simple, la réduction à l'anecdote. Ce sera gentil, se suivra bien, mais quel intérêt ?

(là, pendant que j'écris, je sens que le ton monte. Et en effet, je suis en train de m'énerver toute seule. C'est qu'en fait, voyez-vous, au moment où je tape ces mots, je n'ai pas résolu le problème. Je pensais qu'y réfléchir ici, dans l'interface, allait m'aider. Mais non. Je crois qu'il vaut mieux que j'aille me coltiner la difficulté directement. A tout à l'heure, donc) (j'enregistre, je mets en brouillon)



















J'ai écrit ces mots hier matin. Il m'a fallu tout ce temps pour tester, rapprocher, supprimer, inventer quelque chose. J'ai trouvé, je crois, et une fois encore, ce ne sera pas une lecture "dans l'ordre". Je ne juxtaposerai pas non plus tout à fait les extraits qui décrivent le film. Pourquoi, une fois de plus ? Pourquoi travailler tant, reconstruire, recréer ? Par manque de confiance envers le texte initial ? Pour garder la main jusqu'au bout ? Parce que chaque lecture est un moment unique ?
Parce que l'ordre de mes textes est un ordre mais pas l'ordre, peut-être ?

En effectuant ce travail de montage, et sans relire Décor Daguerre en entier, j'ai bien vu que le livre ne pouvait exister autrement que comme il se présente, en tout cas. Si je monte et démonte la structure de mes textes pour les lire en public, c'est aussi, paradoxe apparent, parce que cette structure ne bouge plus du tout. C'est comme ça...

(et comme dirait Mystag, merci de votre attention !)

lundi 5 octobre 2015

De la ville au Loing #2














C'était donc, vendredi soir, inauguration de la résidence à Ecuelles de L'aiR Nu, et départ pour nous bien avant de Paris - Piero en parle ici, déroule la journée. 
A l'horloge Victoria Station du restaurant alsacien de Moret (parfaitement) où nous venons de déjeuner, il est cinq heures trop tôt. Dehors, le temps est magnifique. Le trac monte un peu mais les rires également, surtout eux, tandis que nous partons pour Ecuelles en nous trompant, longeant la forêt sur la droite au lieu des champs à gauche, arrivons finalement 













(cette photo a été prise tout spécialement pour Christine Jeanney, qui a twitté l'adresse de la rencontre, merci Christine) 
dans la salle Jean Mermoz où il s'agit alors de transporter, d'installer, de brancher, de tester, d'accrocher des tableaux, des livres et des câbles.


















































(deux membres éminents du collectif, on le voit, surgissent de cette foule de carrés et rectangles que je saisis comme je peux)
(il manque le très beau livre d'artiste que Piero a co-réalisé, et les gants pour en tourner les pages)

Dix huit-heures. Il est encore, il est toujours trop tôt. Après une visite à la médiathèque juste en face, nous optons pour une balade le long du canal du Loing, durant laquelle je dis moult bêtises, comme d'habitude avant une lecture, ce qui ne se voit pas ici 


























mais risque d'avoir été enregistré ; paroles qui filent le long de l'eau, coureurs, cyclistes et marcheurs, nous croisons des mûres, un potager près d'un fossé, une citrouille-carrosse, une maison aux fenêtres sans rideaux (immense, on s'interroge), un banc (trop tard pour s'y asseoir), au retour une usine

























Voilà c'est presque l'heure. Les gens commencent à arriver. De mon côté, ce moment-là devient : s'isoler un peu derrière le rideau ; répéter une dernière fois (heureusement, j'avais inversé deux pages) ; attendre la fin des discours ; traverser la scène ; arriver au micro ; ne rien percevoir de la projection. Douze minutes d'écoute magnifique en salle, que j'entends, qui me porte. L'important : se concentrer sur le texte, le passage d'un extrait au suivant. 
Douze minutes de lévitation. Je ne sais pas ce que voient les gens, je n'ai pas le temps d'imaginer. Il faut se focaliser sur le ton, les silences, les accélérations. Je veux que le texte de Mathilde entraîne. Je veux rester le plus juste possible quand ce sont les voix écrites par Piero, par Joachim qui se présentent, reviennent (une vieille dame entre à nouveau dans sa maison d'enfance ; un garçon de dix ans rêve de quitter son village). Je veux qu'on ne décroche pas. Qu'on sente la chaleur, le froid, toute une palette d'émotions et que les auteurs, assis à ma droite (je ne les vois pas, me tourne une seconde vers Mathilde) s'y retrouvent, soient contents, même, disons-le.

Rien de plus intense que ces moments-là. Impossible d'y ajouter encore un mot ou une image...

*

(pour donner tout de même une idée en attendant que cela soit en ligne, sachez que les extraits de textes des douze minutes sont tirés : 
d'un vase-communicant de Mathilde avec Anne-Charlotte Chéron
d'un vase-communicant de Piero avec moi
de Village, de Joachim
de Ile ronde, déchirure / tempête
du texte que j'ai écrit pour Elles en chambre de Juliette Mezenc
d'un vase-communicant entre Joachim et moi
de J'ai l'amour, de Mathilde)

mardi 29 septembre 2015

Lectures : de Moret à Nantes, les 2 et 3 octobre prochains














Vendredi soir, le 2 octobre, aura lieu l'inauguration de la résidence de L'aiR Nu dans la communauté de communes de Moret Seine et Loing. La soirée se déroulera plus précisément dans la ville d'Ecuelles, à la salle Jean Mermoz et débutera à 19h30. 
Ce que nous y ferons ? Je commencerai par lire un montage de textes d'une dizaine de minutes tandis que Mathilde Roux projettera.... quelque chose, je ne sais pas quoi ! Le principe est en effet le suivant : j'ai effectué ce montage en allant piocher chez chacun d'entre nous des extraits de livres, sites, blogs que j'ai juxtaposés et ce, sans en dévoiler le contenu à personne. De son côté, Mathilde est allée "piquer" des photos, dessins, images, cartes, que sais-je encore chez nous quatre sans rien nous montrer non plus. Le résultat, à la fois construit et aléatoire, se découvrira donc en direct vendredi soir, devant tout le monde sauf moi, puisque, le nez sur le texte à lire, je ne verrai pas ce qui se passe sur l'écran. Frustration assurée ? Peut-être. En tout cas, je me suis beaucoup amusée à passer d'un univers à l'autre, à suivre les pas de Piero, de Mathilde et de Joachim.



















Ensuite, nous présenterons le site au public présent. J'en profite pour dire que depuis hier, on peut y trouver une nouvelle page, celle qui est dédié Ricordi de Christophe Grossi. Si un voyage en Italie vous tente, passez voir : le livre se déploie et permet d'entendre quatre propositions sonores distinctes.
Après cette présentation collective, nous inviterons le public à venir nous poser des questions de façon plus individuelle. Des ordinateurs permettront de découvrir nos sites personnels. Nous pourrons parler de nos livres et les présenter. Un accrochage des collages de Mathilde est également prévu. 
Programme alléchant, n'est-ce pas ? Si vous ne pouvez pas vous rendre jusqu'à Ecuelles, 45 rue Georges Villette, sachez que cette lecture-projection fera l'objet d'une page sur L'aiR Nu un peu plus tard.
(mais venez !)















Le lendemain, hop, un peu de TGV puis le château des Ducs de Bretagne (mazette) pour une lecture de Ile ronde de 40 minutes, suivie d'un entretien avec Arnaud de la Cotte, dans le cadre du festival Echos. Là encore, je vais "incarner" plusieurs voix puisque j'ai choisi de lire un montage d'extraits dans lesquels on entendra la mienne (de voix), celle de Dita Kepler, celle de la jeune fille, celle du géant et celle de l'aviateur. Ile ronde étant - c'est mon avis du moins - un livre impossible à lire à haute voix dans l'ordre du texte, j'ai modifié l'ordre d'apparition de ces voix et, ce faisant, eu l'impression de créer parfois un sens nouveau. Est-ce que ce sera le cas ? Nous verrons bien.

Week-end sonore qui correspond, c'est un hasard, à la fin de ma première phase de travail sur les Bruits. Et dire que sur ce blog, tout est silencieux !

mercredi 23 septembre 2015

hautes voix (questions qui se posent)

Parce que Bobler fermera le 30 septembre et que j'y ai posté une soixantaine de sons. Parce que L'aiR Nu me force à me poser de nouvelles questions (techniques, pour commencer). Parce que j'écris à l'oreille, pour me rassurer peut-être mais surtout parce que c'est le rythme qui porte. Parce que je suis sensible aux voix quand je suis sensible aux visages. Parce que j'aime lire à voix haute, chez moi, pour moi, en public, avec Jean-Marc, avec les danseurs, en m'enregistrant. Lire mes textes et lire ceux des autres. Parce que sur Bobler j'ai lu des extraits de romans, essais, poèmes, tout cela mêlé, et une citation trouvée dans un catalogue d'exposition. Parce qu'au fond Dita Kepler est un travail sur le silence. 
Je ne sais pas de ce que deviendra la rubrique 36 secondes venue de Bobler mais nous trouverons une solution, je pense. En attendant, pourquoi ne pas se poser dix minutes de questions, celles de François Bon, vidéo qui s'écoute et se lit (remarquez comme sa voix change quand c'est Baudelaire qui parle).

mercredi 26 août 2015

Diptyque : écrire pour la danse, une histoire particulière














C'était en novembre 2013, à Besançon. Invitée au festival Les Petites fugues, le dernier ou l'avant-dernier jour, lors de ce qu'on appelle un temps fort (je me demande si je n'ai pas appris l'expression à ce moment-là), je devais parler de Décor Lafayette sur la scène de la Rodia.
Dans la salle se trouvait Caroline Grosjean, danseuse et chorégraphe, créatrice de la compagnie Pièces détachées. Elle n'était pas venue pour m'écouter, ne me connaissait pas. Mais elle avait le projet de Diptyque en tête, et l'idée de travailler avec un écrivain. Nous ne nous sommes pas rencontrées à ce moment-là.
Quelques mois plus tard, Caroline m'a contactée. J'animais des ateliers d'écriture à la Gaité Lyrique, à Paris, elle est passée en fin de séance. Nous avons pris un café à côté de la Gaité et commencé à discuter. Je me souviens que j'avais la sensation de voir trouble et je pense que c'était dû à l'impression trouble, en effet, de me lancer dans l'inconnu  - parce que bien sûr, je venais de dire oui. J'en ai déjà parlé, je crois : j'aime beaucoup, j'aime énormément tenter de faire ce que je ne sais pas faire (c'était également le cas quand j'étais journaliste, ou travaillais dans la communication). Bien sûr, il ne s'agit pas d'aller improviser une conférence sur la physique nucléaire, on en reste à des domaines proches. N'empêche : j'aime savoir que je ne sais pas à l'avance, qu'il va falloir bricoler, trouver des solutions ou peut-être, plus exactement, une clé pour que la serrure tourne, que la porte s'ouvre - tout cela alors que les autres s'imaginent que vous savez faire... J'aime ce vertige, cette inquiétude qui n'est pas de l'angoisse, ne paralyse pas mais au contraire aiguillonne, donne envie d'avancer.
Ce que me disait Caroline, j'avais la sensation de le comprendre tout de suite, aussi.

Je ne vais pas voir un spectacle de danse tous les quinze jours. Je ne sais pas comment "écrire pour la danse", ne suis ni danseuse ni chorégraphe. La danse contemporaine ? Pour moi, tout commence par ce souvenir : la découverte de Carolyn Carlson à seize ans, et plus particulièrement de Chalk Work, il me semble.



Je me suis d'abord concentrée sur ce qu'il y avait de plus évident : qu'il s'agirait d'une commande de deux textes distincts. J'ai lu le projet de Caroline, ai commencé à réfléchir. Elle a travaillé de son côté, en particulier sur Cowboy Junkies (puisque je n'avais encore rien écrit pour Diptyque), maquette qui a été présentée à l'abbaye de Royaumont en août 2014 et que je n'ai pas vu, si ce n'est en vidéo.


(On ne s'en rend pas compte ici mais elle a utilisé les premières pages de mon livre, qui évoquent un pique-nique sur les pelouses de la Villette et une séance de cinéma en plein air)

Un an après les Petites fugues, en hiver, donc, retour à Besançon. Caroline avait décidé que la première chose à faire, pour engager vraiment ce diptyque, c'était de m'intégrer du mieux possible à l'équipe. C'est pourquoi durant plusieurs jours nous avons lu, écrit, mangé, parlé, dormi, ri, nagé (eh oui) et marché sous la pluie.


































Les gens qui me connaissent le savent déjà, j'en ai parlé à plusieurs reprises : ça a très bien fonctionné. Tout de suite, quelque chose de particulier s'est tissé avec chaque personne de l'équipe - à Besançon, les danseurs Magali Albespi, Vidal Bini et Mathieu Heyraud et le guitariste Rémi Aurine-Belloc, plus tard le concepteur lumière Benoît Colardelle et le créateur sonore Zidane Boussouf.



















(ici, Vidal incarne Dita Kepler dans Ile ronde)
Je me souviens de Magali dansant dans et avec un grand cadre jaune tandis que je lisais un passage de Franck situé à la mer ; d'avoir, comme les danseurs, écrit allongée sur le tapis noir du studio ; d'avoir lu un texte paru dans la revue d'ici là accompagnée par Rémi à la guitare ; du bruit des gouttes de pluie sur le toit ; de notre sortie commune à la piscine ; de notre marche dans Besançon, le dernier jour, un baladeur sur les oreilles, suivant les instructions de Caroline, mélange de gestes à effectuer, d'extraits de textes enregistrés et de musique qui m'ont immédiatement donné l'impression de faire partie du groupe, de cette chorégraphie

(à de nombreuses reprises, en travaillant avec eux, j'ai eu la sensation d'avoir une chance inouïe)
tandis que la pluie tombait de plus en plus dru et que j'ai dû me précipiter pour prendre le train du retour sans avoir le temps de dire au revoir à tout le monde. Comme si grimper à bord était le dernier mouvement de cette danse-là.
(chacun ou presque, dans la troupe, vit dans une ville différente)



















Un mois plus tard, en janvier 2015, nous nous sommes retrouvés à Paris, au théâtre de l'Etoile du Nord, pour une toute première présentation du travail. Je devais lire ce texte écrit pour la revue d'ici là (intitulé maintenant ce corps-ci ce corps-là) avec Rémi, m'y étais préparée. Nous devions intervenir durant deux jours : les 7 et 8. J'ai déjà raconté ici ces journées, et comment j'ai lu également autre chose...

Puis ce fut la résidence à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, sans rapport avec Diptyque puisqu'il s'agissait à la fois pour la compagnie de réinvestir la pièce précédente, P/A/R/T/I/T/I/O/N/S, et pour moi de travailler avec Zidane, écrivant du texte directement sur place en "intégrant" Dita Kepler au musée, utilisant au fur et à mesure les éléments que j'y trouvais. 














Ce travail-là, je l'avais déjà effectué au Cent Quatre, d'une certaine façon. Il se fait dans une tension particulière, née de plusieurs contraintes : trouver rapidement quoi écrire et comment, le restituer au bout de quelques jours à peine alors que c'est encore tout frais et qu'une publication, plus tard, n'est pas envisagée. 
Je me souviens de Zidane nous demandant de lui proposer des refrains entêtants, dont il réutiliserait ensuite quelques notes sifflées (ce fut le générique de La petite maison dans la prairie qui gagna !) ; de la façon dont il disposa de petites enceintes dans le musée, créant, avec toute l'équipe, un parcours que les visiteurs étaient invités à suivre ; d'un papier peint à feuilles vertes ; de confiture à la cerise noire ; du crash de l'avion au stewart fou dont on suivait l'histoire, le soir, à la télé ; de Magali et Caroline vêtues de bleu dans le champ vert. 



















Lorsque nous nous sommes retrouvés en avril, en résidence à la Fraternelle de Saint-Claude, j'avais avancé : je savais ce que je voulais faire pour chacun des textes, avais écrit une bonne partie du premier (ou peut-être même tout, je ne sais plus) et commençais à mettre en place le second, intitulé L, projet que j'avais en tête depuis plusieurs années, lié à une série de portraits photo à modèle féminin unique. Cette fois, cependant, j'avais besoin de me mettre à l'écart, de ne pas passer tout mon temps avec les danseurs pour tester ce second texte, le mettre à l'épreuve. 
Tous les jours, je leur disais : je vous rejoindrai quand j'aurai assez travaillé. Mais je ne le faisais pas, trop occupée par l'écriture. A un moment, une question précise s'est posée : fallait-il que je mentionne ou non les villes où les photos étaient prises ? C'était très important, a conditionné la suite de mon texte, je m'en suis rendue compte le mois suivant. Je me suis décidée en discutant avec un des danseurs (Mathieu, en l'occurrence), qui m'a simplement écoutée, je crois : moment précieux entre tous.



















Je me souviens des dîners dans la cour de la "frat'", de tout ce que les danseurs m'ont appris de l'histoire de la danse contemporaine, de l'émission de radio que nous avons faite avec Caroline, des enregistrements avec Rémi et Zidane, de la performance qui a eu lieu en sous-sol le dernier jour à partir du premier texte et dont il a conditionné la fin - tiens, preuve que je ne l'avais pas terminé en arrivant à Saint-Claude, en fait. Magali, Vidal et Mathieu allongés par terre, enroulés lentement les uns sur les autres, au centre dun cercle de spectateurs assis. De la vue sur le flanc de la montagne. De nos bagages empilés dans la cour. Des cartes postales envoyées.















Puis ce fut juin, à Belfort. Je commençais à prendre de petites habitudes : voyager en train avec Magali, parisienne elle aussi, par exemple. Ca n'allait pas durer puisque c'était la dernière de nos résidences ensemble. N'empêche...
A Belfort, grande maison, très beau studio de répétitions.















Je me souviens des gradins, desquels j'ai pris ces photos à l'ipad (les belles photos de cet article sont de Benoît, le plus souvent, et les granuleuses de moi. Cela fait longtemps que je ne me suis pas servie de mon appareil. Est-ce parce que j'écris sur la photo, précisément, en ce moment ?) et quelques enregistrements. Des danseurs qui, pendant mon absence, avaient traduit des phrases de mon texte en anglais et les chantaient dans le studio, au micro. De la longue cuisine sous les toits où aller écrire tranquille. D'avoir marché dans les rues, seule et heureuse. Cette fois, je "savais" que le texte, sauf catastrophe, allait aboutir, ce n'était plus qu'une question de persévérance et de minutie. D'ailleurs, je l'ai rendu à Caroline le mois suivant, en avance sur mon planning. 

Je n'étais plus là lorsque la compagnie a ouvert ses portes au public à la fin de la semaine. Pas plus que je n'étais présente, en août, au Luxembourg, lorsqu'à nouveau des passages de Diptyque ont été présentés. 



















J'ai appris dès le début à lâcher mon texte, à le confier aux danseurs qui n'en utilisent que des bribes. A Saint-Claude, ils se sont mis à rire quand je leur ai annoncé qu'il devrait faire une cinquantaine de pages (ce qui est le cas) : bien trop long pour qu'ils puissent le lire, le faire entendre en entier... De mon côté, par nécessité de créer un ensemble, je ne pouvais faire moins.
Je me suis servie d'éléments venus d'eux, ou de cette expérience : leur performance à Saint-Claude, le trajet Belfort-Paris, par exemple. On en trouve des bribes, pas davantage : comme je l'ai dit, au fond, je savais déjà où je voulais me rendre (en tout cas pour L) quand j'ai commencé. Mais j'ai intégré des choses, tenté d'introduire une certaine souplesse. Elle contraste, je l'espère, avec la description quasi abstraite des photos, dont le noir et blanc hiératique n'a pas toujours été simple à appréhender.

Voilà. Je n'ai plus qu'à me rendre, le 9 janvier prochain, à la première de Diptyque au théâtre de Bouxwiller, en Alsace, sans savoir exactement ce que j'y verrai. Le texte correspond aux attentes de Caroline, je crois : c'est tout ce que je sais, pour l'instant. Je m'imagine en janvier installée dans la salle, comme n'importe quelle spectatrice... 
Je me suis achetée un beau livre sur les relations entre danse et littérature contemporaine. Pour l'instant, je ne l'ai pas ouvert... Au moment où j'écris ces lignes, flotte simplement dans mon esprit l'idée de retravailler un jour avec certains de ceux que j'ai rencontrés (pourquoi pas tous, d'ailleurs ?). Il y a tant à faire.

dimanche 19 juillet 2015

Fenêtre ouverte, Bruits, suite



















Des voix, des bribes, des pas, des grincements, le passage d'un bus, des nappes indistinctes, un éclat, la friction des roues sur les rails. Des syllabes en boucles, des conseils, des ordres, ce qu'une masse déplace et un souvenir aussi. 
Ce que l'art fait comme bruit, ce qui gêne, ce qui interrompt, recouvre, révèle, apaise, la guerre, la politique, le frottement, l'orage, le chant, là ça va pas ça va pas constate une voix en bas qu'un moteur de scooter entraîne. 



















Quelque chose se dessine dans ce projet de Bruits. Encore deux mois et demi de notes avant d'y voir plus clair (peut-être) tandis que deux autres textes, dont Diptyque, tournés vers l'image, se battent contre lui, cherchent à l'écraser, on dirait. Ils semblent plus séduisants, offrent un cadre, des contrastes, des reflets tandis que le bruit, n'est-ce pas ? Comment le décrire, à quoi se raccrocher, la question se posera toujours.

Un roulement (skate ? panier pour le marché ? rollers fatigués ?) intervient, prend la suite de la phrase. Pour le reste, la réflexion sur ce que le texte sera, il y a un carnet papier qui fait bien son office : il s'ouvre et se ferme en silence sur les bribes, grincements, éclats.