Ile ronde, déchirure / tempête

Ile ronde, déchirure / tempête
couverture de Mathilde Roux

mardi 29 janvier 2013

entre le monde et moi une vitre















ni sauvagerie ni impudeur ni corps de pierre ni marques sales ni déchirures ni peau de marbre ni plis ni poils dans le grand magasin


















ni décisions ni déceptions ni gains ni pertes ni rien qui dure aucun danger nul problème pas de pulsion autre que celle de détecter et d'arracher, de rattraper, de caresser, de replier, de fourrer dans un sac, de partir en courant


















aucune femme jamais aucune rien que des corps qui s'aimeraient
en étoile 
à la proue 
au sommet
ou plus simplement loin d'eux-mêmes


*
le titre de ce billet est une phrase de Christine Jeanney (et une citation de Christian Bobin)

samedi 26 janvier 2013

en face















Finalement, il n'y a pas vraiment de jour J. Le livre, qui a pris un peu de retard, sera là demain, ou lundi, ou mardi. Là, c'est-à-dire : en librairie.
Ici c'est ailleurs.

Qu'est-ce que je peux faire pour lui, le livre ? Et lui pour moi ? Qui porte qui ?
Il y a ce moment, 04:33, où l'on entend distinctement : Je m'en vais














Ici, 04:40, ou 43, ou 44, voici ce qui demeure : l'indication Tremblay-en-France, jeudi 24 janvier, canal de l'Ourcq, 11h15 environ.

mercredi 23 janvier 2013

J-1



















Au bord du grand bassin, ils sont tout un groupe, CE1 CE2 je dirais, venus prendre une leçon. Lui, je ne le vois pas, mais je l'entends très bien : Il est hors de question que je saute, prévient-il d'une voix claire. Hors-de-ques-tion répète-t-il tandis que je commence à nager. En voilà un qui a saisi la portée du langage !
(j'imagine ses parents : Il-est-hors-de-question que tu manges ces gâteaux / que tu te couches à cette heure / que tu n'ailles pas te laver...). 
Je le comprends très bien : moi aussi, il est hors de question que je saute. 
Il est hors de question que je ne saute pas, également.

J-1 et plus rien de solide en tête. Pour ne pas oublier le numéro de casier, j'associe 362 à la mort de Marilyn Monroe. Et qui dit Marilyn dit Gainsbourg et qui dit Gainsbourg dit
Norma Jean Baker
nue en diagonale
cinquante nembutal
on l'emmène sans délai
à la morgue d' L.A
chantonnement de la ligne d'eau.

Pas de Marilyn dans les grands magasins. Par contre, Anita Ekberg en géante joyeuse, oui (de temps à autres, le Décor Lafayette est à l'heure italienne). La voici, donc, dans une Tentation du docteur Antonio en V.O sans sous-titres mais aussi en entier, soit 52 minutes. Rome en place d' L.A : bonne séance à vous, et à demain peut-être...




*
(demain, Tremblay, une classe une ville cette semaine, alors nager, pas sûr)

mardi 22 janvier 2013

J-2

J-2 c'est le jour de l'acte manqué, oubli de la moitié des affaires découvert dans la cabine, carte valable une fois par jour et retour à la case départ en rageant de n'aller nager que le lendemain.
Tant pis, à la place ce sera L'une chante l'autre pas
(le matin, écrit sur Le Bonheur, un peu trop vite, un peu trop lentement) 













Hier soir, appris que je passerai à la radio en février. Ce matin, de long en large, il a fallu se débarrasser de l'émission, de ce que je pourrais dire, les grands magasins, lalala, avant de commencer à écrire. 
C'est le jour de la lenteur, de l'impatience rentrée. Luxe de regarder un long film en journée, de ne pas ranger, de ne pas répondre au courrier, de ne pas préparer les ateliers. Savoir que ça décante, Varda, que tout est en train de servir. Mais la lumière décroit et le plafond de verre de la piscine me manque.

lundi 21 janvier 2013

J-3




Sur le chemin de la piscine, le troisième jour, que se passe-t-il ? L'impression de plus être qu'épaules, bras : un petit (très petit !) côté déménageur en porte à faux avec le jour (solitude et silence, pas de haut Montreuil ce lundi). Aussi, pendant quelques longueurs, je ne fais fonctionner que les jambes. Non pas pour les prendre ensuite à mon cou (quoique). Non, ce que j'aimerais, c'est ne plus avoir de corps, du tout, rêve de transparence, d'invisibilité venu de la petite enfance, infinie légèreté - planer comme Dita Kepler et être passe-muraille, libre comme le vent entendais-je alors - oui mais dans ce cas-là tu serais morte - ok, va pour les bras et les jambes.

(je me demande ce qui se passerait si je nageais vraiment tous les jours - tous les jours de l'année, s'entend)

Corps réduit aux bras, aux épaules et dans la tête Varda, dont les films me traversent. Ci-dessus, 28 secondes de Bonheur où le morcellement réunit. 

Et donc, revenons-y, l'enfance : celle sur laquelle je ne veux pas écrire dans le Décor Daguerre à peine commencé. Celle évoquée dans une nouvelle, Mes Demoiselles, qu'un éditeur vient de refuser (lorsqu'un livre paraît, est-ce le bon moment pour s'entendre dire non ? peut-être). Celle sujet d'un film, enfin, dont j'ai reçu ce matin le DVD. Un vrai film-miroir : qui veut comprendre mon enfance n'a qu'à le voir, m'étais-je dit en sortant de la salle.

*

(il est étrange de tenir un journal ici. Heureusement que j'en écris un autre)
(et puis ça ne va pas durer)

dimanche 20 janvier 2013

J-4















Tout le bruit qui, grâce à la neige, n'y est miraculeusement plus, sur l'avenue, chaussées et trottoirs évanouis, langueur, prudence des piétons, est allé s'engouffrer à l'intérieur du corps, fait corps, et bien centré encore : dans l'estomac, pleine cible. Nager ce sera donc cette fois dénouer les nerfs et les phrases, en allant vite et sans tenir longtemps. Dehors, à la piscine, derrière la baie vitrée, le paysage a perdu de son influence. Dedans, les moi, les toi de Nathalie Sarraute s'agglutinent et s'affrontent. Fermer les écoutilles, pour l'instant, il n'y a que cela à faire.

samedi 19 janvier 2013

J-5















L'idée du compte à rebours avant parution m'est revenue hier. Poster chaque jour jusqu'à ce que le dernier livre en date soit disponible en librairie (pour se souvenir, garder de la distance, comprendre ce qui se joue...), je l'avais déjà fait en 2008 au moment de Cowboy Junkies. Mais ça avait duré trois semaines, et je voulais cette fois opérer autrement : m'orienter vers un journal de la nage, comme j'en tiens un épisodiquement dans le petit journal du Tiers Livre, puisque j'ai décidé d'aller nager quotidiennement jusqu'à jeudi.
(restons zen)
Il n'y aurait eu aucune photographie. Quelques lignes, seulement, de retour de la piscine.
Et puis, voilà déjà une photo qui s'invite : le compte à rebours sera bien ce qu'on voudra, finalement !

*

J-5. Nage de fin de matinée et la neige a effrayé la foule : peu de monde dans le bassin. Dehors, à gauche (la piscine est entièrement vitrée), ce qui s'appelle solarium, petit parc attenant, est devenu féerique. Lignes épurées des buissons, paysage noir et blanc déroulé devant soi dès qu'on brasse la tête tournée. De l'autre côté, des enfants cachés jouent  : gerbes de boules de neige qui fusent sans émissaire ni destinataire apparent.

Je n'ai pas pensé à la parution de mon livre en nageant. 

vendredi 18 janvier 2013

93, trois classes, trois villes #5









































Semaine un peu particulière (même s'il n'y aura pas de semaine type, l'agenda l'assure), puisqu'avec la classe de Tremblay, nous avons visité les Galeries Lafayette tandis qu'à Montreuil et à Epinay, nous sommes partis d'un texte de Remy de Gourmont, La Petite ville, pour tenter de miniaturiser l'espace, d'en rassembler différents points : comme si le quartier où l'on vit pouvait être observé sous cloche, tenir dans la main.













































Les Galeries nous ont fort mal reçus, jeudi, ou plutôt ne nous ont pas reçus du tout, malgré une visite prévue depuis trois mois. Une jeune femme de la galerie des galeries, au débotté, nous a présenté l'histoire du magasin (belle exposition sur les cent ans de la coupole) mais la motivation n'y était guère.














(aïe, la coupole, on a marché dessus)
(serait-ce que nous ne sommes pas sortables ?)
(c'est surtout que nous n'achetons rien)














Moi, je leur dis à chaque fois, en atelier, que ce soit à Montreuil, à Tremblay ou à Epinay, que l'on peut chercher la beauté partout.







































Mais il y a aussi la beauté du geste. Cette élégance-là n'y est pas toujours.

vendredi 11 janvier 2013

93, trois classes, trois villes #4









































Elles sont bien différentes, ces trois classes, ces trois villes, et me voici de bon matin à sillonner le département, arrivée en retard, en avance, dans le noir ou dans la pénombre, encore un peu désaccordée.



















Lundi c'est le jour du bus 127, bas Montreuil Fontenay haut Montreuil, descendre à la station La Paix. Le plus souvent, à l'arrivée, un homme est penché à la fenêtre au-dessus du café-tabac. Impossible de le photographier. Il est là, proche, fixant qui passe malgré le froid, le mauvais temps.















Jeudi c'est le RER B5, pour Tremblay, arrêt Vert Galant. Le café de la gare a contre lui télé hurlante et puanteur, un autre sera plus accueillant. Quartier de pavillons, ciel large, un quart d'heure de marche au calme avant de rejoindre le collège.



















Vendredi voilà Epinay, ligne H à la gare du Nord, train bonbonnière que j'aime bien, silencieux, rapide, peu de monde. Les trajets sont ce que je vole au temps, part personnelle d'atelier. Dans le carnet qu'on m'a offert, identique à celui des élèves, je n'écris qu'eux. Ce qui concerne le travail en classe n'est pas éloigné mais ailleurs (il faut bien détourner un peu).

















































Je me fixe des points d'ancrage, dialogue secret à la ville.















Puis c'est l'entrée en atelier - pourquoi pas en soucoupe volante ?































En quête d'un regard neuf, proposer, écouter, repartir.

vendredi 4 janvier 2013

93, trois classes, trois villes #3















Après avoir présenté un peu son travail, arpenté les alentours, pris des photos, s'être laissé guider, il est temps d'entrer dans le vif du sujet : écrire sur ce qui, physiquement, géographiquement, est au plus près, en prenant pour point de départ les 90 mètres de la rue Daguerre filmés par Agnès Varda en 1975.
Tourner retourner en tous sens ce qu'on a vu, pas vu, ce qu'on a oublié, ce dont on se souvient. Les vacances sont passées par là, le mauvais temps a parfois modifié la donne : que reste-t-il d'une première rencontre avec la ville, avec le groupe de collégiens ? Partir de leurs images, y confronter les siennes...














Aller chercher, avec le secours d'auteurs, de photographes, matière à voir surgir une ville nouvelle.















(ci-dessus, le mufle d'un hippopotame, pourquoi pas ?)














Sept ou huit séances pour se rencontrer, se familiariser, en apprendre un peu, proposer des pistes, transmettre quelque chose, se laisser surprendre















sans jamais savoir ce qui restera.


















Est-il temps, maintenant, d'aller chercher quelques informations sur les trois villes (Montreuil Epinay Tremblay) ? Sans doute, puisque l'envie se présente. Mais lesquelles ? Vrac de considérations historiques, économiques, géologiques, présence ou non du fleuve, étymologie et blason, personnages célèbres...















... faits divers, tensions, fantasmes, habitudes (ces lignes de désir que je ne connais pas).















(nous aurons chacun notre ville : telle est la phrase qui me vient)

jeudi 3 janvier 2013

DL à l'approche



















DL c'est son petit nom
des elles vont apparaître dans les grands magasins librairies et ce sera à la mi-temps des soldes
le 24 janvier me dit-on
un peu de retard mais il est quasi prêt
en attendant, ci-dessus la couverture concoctée par Yann Legendre
(et nous voilà hypnotisés)
ci-dessous la quatrième de couverture à laquelle vous avez échappé : 


Je vais aux grands magasins.
Une phrase, une seule, lancée par une femme qui marche s'inscrit dans la tête de celui qu'elle croise tandis qu'elle remonte la rue La Fayette, à Paris.
(enfin peut-être)
Une femme, mille femmes aux rayons parfums et chaussures, dans la librairie, sur le toit-terrasse, devant les vitrines : parmi elles des géantes, une voleuse, des actrices, des touristes, Casanova, un aviateur...
Une qui marche pour mille en attente, guidées par des désirs qui ne sont pas forcément les leurs.
Une à l'air libre tandis que les rayons permutent, que les époques se mêlent.
Y aurait-il du danger, du risque dans ces lieux ? Un érotisme distinct de celui qu'ils nous vendent ? De la vie quelque part ? De la douceur ou rien que le tumulte, grondement, s'évanouir de fatigue dans les escalators, trop de tout et d'ennui ?
Qui sait ?
Mais attention : le décor est hanté.


Vous voilà prévenus : rien que cette 4e est fantôme (il y en aura une autre, qu'on ne s'inquiète pas :)
Moi, ce que j'espère, c'est que le livre m'enverra le plus loin possible
dans les bacs rues et rêves 
hôtels librairies quais trottoirs trains avions gratte-ciel collines salles de bal et que sais-je encore ?













On trouvera aussi dans le livre de très beaux plans de Paris dessinés par Dominique Brenez : grand merci à lui.

et à bientôt dans le décor...
(j'espère)

mardi 1 janvier 2013

treize, version lente


la corolle dépliée soutenant l'arbre du grand magasin
(un sapin illusoire, à griffe)
le duvet de la grille
l'adresse au passant
le panneau sortie fermé comme un livre
l'arbre à briques, branches nues
le poisson vivant
(son bocal bijou au centre des lieux)
le mur du silence
les fleurs suspendues
la fenêtre rideau dans la rue active
les tasses sous le vent
les larmes et les billes dans les toilettes rouges
le pilier planté gouvernant la mer
le bonhomme qui danse à Tavistock Place

(et toujours ce voeu : essayer de tout essayer)

treize







































































































































































résolution treize :
essayer de tout essayer

(bonne année à tous !)