arbre de l'île (ronde)

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mercredi 30 avril 2008

1. Verlaine et Rimbaud chantés par Ferré









Le premier livre de cette liste n'est donc pas un livre, ni même un disque, mais une cassette. Mes parents ont eu Léo Ferré pour point commun et, lorsque ma mère et moi avons emménagé à Château-Rouge, dans une seule pièce, j'ai forcément entendu ce qu'elle passait en boucle dans son radio-cassettes. J'étais en maternelle, je ne savais pas lire. C'est donc sans les voir jamais écrits que j'ai découvert les poèmes de Rimbaud et Verlaine, mis en musique par Ferré. A cinq ans, je connaissais Les Poètes de sept ans quasiment par coeur et me sentais en phase avec cet enfant dont il était question, pourtant plus grand que moi (un vieux, quoi). Ma mère me disait qu'Arthur Rimbaud avait écrit toute son oeuvre à quinze ans et je ne partageais pas une seconde son admiration pour cette prétendue maturité : quand j'aurai quinze ans, je saurai sûrement écrire comme ce vieillard, me disais-je, sans pour autant le claironner (je devais bien sentir que cette phrase pourrait un jour se retourner contre moi). Les poèmes de Rimbaud me terrorisaient, surtout Les Assis (Puis ils ont une main invisible qui tue (...) Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir : allez dormir tranquille, après !), que j'adorais. Et il y avait la bible à la tranche vert chou du poète de sept ans, qui exerçait une double fascination : celle de la feuille de chou servant, à mon avis, de couverture (je l'imaginais très bosselée et grumeleuse, me demandais s'il finissait par la manger - et qu'est-ce que ça pouvait être que cette tranche ? une tranche de quoi ?) ; et aussi, qu'il soit question de la Bible, un livre assez diabolique sans doute, interdit à coup sûr (j'étais élevée par une athée farouche, il n'était pas question d'avoir la Bible à la maison).
Ca m'a saoulée comme on ne peut pas l'imaginer d'apprendre ensuite que tout Français normalement constitué se mettait à aimer Rimbaud à quinze ans et se lançait dans la rédaction de poèmes qu'il allait renier par la suite (ce qui lui conserverait néanmoins une aura romantique auprès des filles - car c'était les garçons qui écrivaient les poèmes, bien sûr). En première, pour le bac de français, nous avons étudié Rimbaud en cours, et les cours n'étaient pas très bons : je n'ai plus rien voulu savoir de lui, n'ai pas non plus écrit de poèmes. Mais La Chanson de la plus haute tour est inscrite, réinscrite en moi, le sera jusqu'au bout.

Puisqu'on me piquait Rimbaud, je me suis alors tournée vers mon autre vieux camarade : Verlaine, dont Ferré m'avait permis de découvrir Il patinait merveilleusement, Mon rêve familier ou Ô triste triste était mon âme (que je confondais tous les deux). Je me suis gavée de Verlaine à dix-huit ans, quand j'ai vécu seule la première fois, et n'ai repris Rimbaud que bien plus tard, et pas sans méfiance.

Dans mon tableau de lectures, en gros : une veine Rimbaud pour les abîmes, les chocs, les textes qui ont les yeux cerclés de bagues vertes ; une veine Verlaine pour les délicatesses, les nuances, les wagons roses avec des coussins bleus où l'on se cherche des poux (c'est ce que j'en avais déduit).

Quant à Ferré, il faut bien avouer qu'à part ce disque-là...

Les dix ou douze livres qui ont compté

Oui, oui, encore en train de parler du Petit journal, plus du tout de la ligne 2, mais ça n'a aucune importance : le principe des Fenêtres, c'était d'écrire quand le métro était aérien et d'ouvrir un livre dès qu'il entamait sa descente à Barbès. Donc, quand François Bon propose que nous indiquions tous quels sont les dix ou douze livres qui ont compté, j'y vois un prolongement évident.

C'est d'ailleurs un exercice que j'avais déjà fait, la première fois pour la sentimenthèque de remue.net et, quelques années plus tard de façon bien plus précise, pour moi, en utilisant la méthode suivante : sur une feuille de papier, on note sans réfléchir les livres qui nous ont vraiment marqué durant l'enfance sans exercer de censure (il ne s'agit pas de donner une bonne image de soi, évidemment, mais d'aller voir comment on est passé de l'un à l'autre, ce qui a conduit à lire tel ou tel). Puis on relie par des traits les différents titres selon des thématiques qui se découvrent petit à petit. Ce fut une expérience fascinante, même si je n'ai pas conservé le tableau que ça avait fini par produire et que je ne me souviens plus de toutes les conclusions auxquelles j'étais arrivée. Tout commençait à partir de deux "veines", Rimbaud et Verlaine. Ensuite, via les albums pour enfants, les recueils de poèmes, etc., ça se ramifiait de plus en plus jusqu'à l'âge adulte selon une logique interne insoupçonnable au départ, qui finissait par sauter aux yeux.

Cette fois, je vais faire plus simple : envoyer chaque jour, si je peux, un article sur l'un des dix ou douze titres choisis, avec la couverture si je la trouve. Le blog chassant au fur et à mesure les messages les plus anciens, à la fin, on se retrouvera avec les ouvrages les plus récents, ceux que j'ai découvert avant 25 ans. En route (avec Rimbaud et Verlaine, donc).

mardi 29 avril 2008

Strip-tease pour le centième message

(je sens que ce titre va m'attirer du spam à modérer dans les commentaires. Et attendez, il y a encore "fesses" dans le texte ci-dessous !)

Autrement dit : du journal, intime ou non, et collectif, sur Internet

Il se trouve que je continue à inscrire, quand ça me prend, ma vie en deux lignes dans le Petit journal de François Bon et au fil du temps je réalise que si on le souhaite, on peut finir par collecter pas mal d'éléments (des lieux, des images, des colères, des joies...) sur qui participe.
Pourtant (et je perçois souvent les textes des autres bien plus elliptiques, encore) j'ai la sensation d'écrire de côté, de ne presque rien révéler de ma journée, même si ce que je choisis de dire est pour moi en évidente corrélation avec ce qui me préoccupe sur le moment.
Ainsi, même si ce n'est vraiment pas grand chose : rien qu'en regroupant certaines phrases et/ou en suivant leurs liens, on peut en déduire que je passe ma vie à la piscine Pailleron, suis en train de lire le roman d'Yves Pagès situé en face dans le collège du même nom, et que par conséquent, je ne bouge jamais mes fesses (les voilà !) de ce coin du dix-neuvième arrondissement. Espace physique et mental en parfaite adéquation, restreint à une rue ou presque. Alors ? Puzzle ou strip-tease ? Pipeau, ou non ? Maîtrise-t-on ce qui surgit de cette juxtaposition de nos phrases ? Parfois nous rebondissons sur son texte à lui (François Bon), attendant qu'il le mette en ligne pour cliquer et écrire. D'autres s'engueulent, se font des clins d'oeil, s'envoient des citations... Souvent, je m'étonne des échos multiples, me freine pour ne pas engager un parallèle de plus. De l'intérêt du collectif, en l'occurrence...

lundi 28 avril 2008

Nous n'avons fait que














Ils sont deux, jeunes, en noir, à dire le texte dans la très petite salle du théâtre de l'Epouvantail, rue de la Folie Méricourt à Paris. Ils n'utilisent pas beaucoup d'accessoires : un escabeau, un drap, un porte-voix, une corde. Grâce à eux, Nous n'avons fait que fuir résonne, autrement ou pareil, que ce qui s'entend sur le disque, se détache, s'éclaircit.
On peut aller les voir jusqu'au 25 mai.

vendredi 25 avril 2008

à Paris en mai 68

Remue.net consacre un dossier à mai 68 et, allez, je fais ma pub : on peut y trouver depuis ce matin un texte qui évoque la vie de mes parents à l'époque. Il s'intitule Eux deux, nous trois.
Je n'aurais jamais eu l'idée de l'écrire si je n'avais pas lu, d'abord, celui de Dominique Dussidour qui comme eux avait vingt ans ou presque et vivait à Paris. J'aime bien l'idée qu'ils aient pu se croiser sur le boulevard Haussmann ou ailleurs, dans la foule...
Evidemment, c'est le titre du texte de Dominique (Je n'entre jamais dans un grand magasin) qui m'a d'abord frappé (mais si je me mets à parler ici de ma fascination/répulsion pour les Galeries Lafayette et le Printemps, on n'en sortira pas !). Surtout, elle commence par Je ne sais pas bien si j'ai envie d'écrire ce texte. Vous verrez, il vous reste longtemps.

Eux deux, nous trois a été écrit très vite, en pyjama, en une matinée, et proposé le soir à remue.net. Il fallait que ce soit comme ça.

lundi 21 avril 2008

Bruits du bocal

Parmi les 1000 sons d'Arte radio il y a le Bocal, chronique d'une jeune femme embauchée en CDD par une institution prestigieuse qu'elle ne nomme jamais (mais on imagine assez bien). Bienvenue chez les précaires, bruitages, rires et grincements de dents compris...
La saison 2 a débuté il y a quelques semaines. A écouter, par exemple, le cinquième épisode, intitulé Le bus de banlieue est une divinité hindoue, qui évoque les trajets quotidiens (bus - RER - métro) de Mariannick Bellot. Le suivant, Vous n'échapperez pas à Externalisator, est aussi très édifiant sur les pratiques d'externalisation des services de l'institution en question...

dimanche 20 avril 2008

private joke




















Là, pour trouver le lien entre Magic et Jaurès, bon courage ! (mais c'est quand même possible)
Si la photo est prise de biais c'est simplement qu'en face on tombe sur les rails.

mardi 15 avril 2008

Doc(k)s

La revue de poésie expérimentale contemporaine Doc(k)s vient de faire paraître un nouveau numéro avec DVD et CD-Rom, sur le double thème Le son d'amour /Leçons d'amour. Un thème proposé par le musicien (et directeur du Grim, à Marseille) Jean-Marc Montera, interviewé ici à ce propos. Jean-Marc m'avait proposé d'écrire un texte pour la revue, voilà pourquoi j'en parle sur ce blog (il s'agit d'un texte sans titre - ou alors il s'appelle Viens - qui lie l'écriture en cours d'un poème, disons, à la voix d'un homme qui chante). Texte que j'ai voulu enlever, que j'ai laissé, sur lequel j'ai décidé, finalement, de ne pas avoir d'avis : qu'il se débrouille ! (je parle du texte, bien sûr : il y a tout de même des fois où il faut les écrire vite et les lâcher dans la nature...)

Jean-Marc et moi proposerons ensemble une lecture des Fenêtres à Marseille le 7 juin prochain, lors du salon de la petite édition. A suivre : je n'en sais pas plus pour le moment.

Une autre fenêtre

celle du petit journal de François Bon, où tout le monde (et ce sont souvent les mêmes) peut noter sa journée en deux lignes. Viens de m'apercevoir que j'avais décrit un dimanche, un mardi avec les mêmes mots alors que ces deux jours n'ont en apparence rien de commun : l'un avec, l'autre sans écriture, relecture. Mais la simple suppression d'un paragraphe dans un texte de plus de 300 pages obsède...